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  • Pour les étudiants en droit de L1, il est intéressant d’étudier l’introduction au droit, ou le  Droit public et surtout une méthode pour réussir ses études de droit ou réussir, par exemple, la note de synthèse.

     Pour comprendre plus en détail les différents aspects du droit, il peut être aussi intéressant de consulter des livres rédigés récents dans la boutique du juriste. Vous aurez ainsi accès à une sélection de livre juridique et de contenus de qualité comme des cours récents, des explications ou des cas pratiques

    En licence 1 de droit, sont aussi abordées les  relations internationales ou l’Anglais juridique (English Law ). En ce qui concerne le droit public, vous étudiez notamment le Droit constitutionnel ou l’introduction au droit européen.  L’Histoire du droit est aussi étudié notamment l'histoire du droit privé ou les l’histoire des institutions publiques.

     Sont aussi étudiés les individus par le droit des personnes, de la famille et des biens.

     On distingue, vous le savez, le droit privé et le droit public. Les années suivantes (L2, L3) vous étudierez :

    -          Droit privé, Notamment le  Droit civil est abordé, ainsi que le droit des successions ou des suretés 

    -          Droit public ; Institutions Européennes  et le  droit administratif, les finances publiques  (étudié en Licence 2 droit).

    -          Le droit international, par exemple les relations internationales,  les Institutions Européennes

    Les étudiants de droit en L2  étudieront les Obligations c'est-à-dire le droit des contrats et la responsabilité civile et le droit des affaires et le Droit commercial et   la procédure civile.

     Les étudiants de Licence 3 suivent des cours concernant le droit du travail ou le Droit des sociétés , ainsi que le droit social, les Instruments de paiement et de crédit, les  relations collectives du travail, le Droit des entreprises en difficulté ou le droit des affaires

     Si voues êtes en M1 droit, vous serez amenés à étudier, le Droit international privé ou le mécanisme des   Institutions judiciaires et les Institutions Européennes. Le Master 1 droit affaires permet ainsi d’appréhender le droit immobilier, le droit des assurances, le droit bancaire, la propriété intellectuelle

     

     

     Ce site est aussi utiles pour les études de droit à distance (MOOC, études par correspondance, cours de droit online ou des études de droit à distance).

     

    Les étudiants préparant un DCG. (Diplôme de Comptabilité et de Gestion) et DSCG. (Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion) auront des cours de comptabilité, de finance, droit des affaires ou des sociétés.

     

    Les cours sont aussi utiles pour les étudiants en BTS assurance, BTS banque, BTS commerce international, BTS CI, BTS CGO, BTS MUC, BTS management, BTS Notariat, BTS professions immobilières, BTS technico-commerciales, BTC NRC, BTS négociation

     

    Avec le DUT Carrières Juridiques (IUT CJ). Avec ce  DUT CJ, vous aurez le choix entre plusieurs options :

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    -          Option « institutions financières » orientée Banque et Assurance, vous aborderez notamment le droit du crédit et des assurances, la gestion du patrimoine.

    -          Enfin, l’IUT Carrières juridiques a une option « administration publique » qui couvre le droit administratif et qui prépare aux concours administratifs.

     

    Titulaire d'un bac+2, vous pourrez intégrer La Licence Professionnelle Métiers du Notariat qui vous formera sur la rédaction d'actes, la nature des pièces administratives nécessaires à une opération, mais aussi la gestion de clientèle et la Licence Professionnelle Banque.

    Les études de droit par correspondance sont disponibles sur le CNED. Les cours de droit à distance peuvent être complétés par cours-de-droit.net.

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    Toutefois, l’avocat gratuit n’existe pas, tout travail mérite salaire (honoraire).

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Cours de droit

HISTOIRE DES RELATIONS INTERNATIONALES

Ce cours d'histoire du droit des relations internationales propose d'étudier la période allant de l'antiquité à la décolonisation (1950).

Le cours d'histoire des relations internationales permet d'appréhender les grands courants de la discipline de l’étude des relations internationales.

L’objectif est de comprendre les grands enjeux des débats dans la discipline et le lien qui peut exister entre l’histoire de l’objet et celle des théories.

 

  Chapitre 1. Les caractères de l’histoire des relations internationales  

  Section 1. Principes et méthodes  

  §I. Présent    ation du cours

A. Qu’est ce que l’histoire des relations internationales ?  

 

L’histoire des relations internationales s’est construite de manière autonome et récente. Elle a quelque chose à voir avec la guerre. L’histoire elle même a été enfanté par la guerre. Le premier historien est Hérodote, le second est Thucydide, au 5ème siècle. Thucydide est un athénien, il a eu des responsabilités politiques et s’est fait ostraciser. Il a rédigé La guerre du Péloponnèse, considérée comme le premier grand travail d’histoire. Hérodote avait écrit Historie.

L’histoire des relations internationales commence avec la Première Guerre Mondiale. La discipline apparaît sous la forme d’une chaire à la Sorbonne qui portait ce nom. Le premier titulaire était Pierre Renouvin (). En quoi la guerre a-t-elle été première ? La Première Guerre Mondiale est un phénomène extraordinaire. Il y a une école française d’histoire des relations internationales, qui s’intéresse non pas à la description des faits mais aux « forces profondes » qui les expliquent et se manifestent au travers de ceux-ci.

Ce qui est fondateur dans la matière : l’ouvrage de Renouvin lui-même, en 8 tome, publié en 1945.

  B.  Program   me  

De Gaulle : « chaque pays fait la politique de sa géographie », et il est évident que les différents Etats n’ont pas la même citation. Exemple, les Etats enclavés (sans fenêtre maritime), ou au contraire des pays à double façade maritime (Etats-Unis, France). Ces derniers pays sont en meilleure situation pour développer une politique internationale.

Il faudra réfléchir aussi à la question des frontières qui se constituent et se modifient, les géographes français jouent un rôle important dans la définition des frontières en particulier après la Première Guerre Mondiale. Les frontières sont refaites en 1871, 1919, et après 1990 par exemple.

Le cours proprement dit :

  • Analyse sur la longue durée ;
  • Etude du 19ème siècle (2 séances)
    • Formation des nations
    • Les nouveaux rapports de force qui se constituent dans le courant du siècle
  • Etude du 20ème siècle ;
    • La coupure de la Première Guerre Mondiale ;
    • La coupure de la Seconde Guerre Mondiale ;
    • étude jusqu’à nos jours, dont le tournant 1990 ;

 

Qu’est ce que l’histoire du temps présent ? C’est l’histoire dont les témoins sont toujours vivants. En général on a des difficultés à avoir les archives. Une loi sur les archives existe en France et fait que les archives ne sont pas ouvertes avant 30 ans.

§II. Qu’est ce que l’histoire des relations internationales

A. Concevoir l’histoire des relations internationales

Comment concevoir l’histoire des relations internationales ? Il faut la concevoir de manière très large, cela suppose des relations entre des nations, et plus particulièrement entre des Etats (qui ne se confondent pas). L’histoire des relations internationales est souvent l’histoire des relations entre les gouvernements. Plusieurs niveaux et plusieurs durées se croisent. Fernand Brodel a théorisé la question du temps et de la durée, il parle de temps « étagé » 3 temps :

-un temps géographique, très lent.

-un temps social, le temps des sociétés, plus rythmé mais toujours lent.

-un temps de l’événement, temps court, auquel on est le plus immédiatement sensible.

Dans chaque grand événement, tous les temps se croisent, il est imprévisible. La question des caricatures liées à l’Islam. Mêle beaucoup de choses en même temps, aboutit à une collision. On peut prévoir les événements mais pas leur ampleur.

1. La diplomatie, la dimension politique.

La diplomatique vient de « diplôme » qui est une pièce émanant de l’autorité légale, et à partir de là on appelle diplomatique l’étude scientifique de la variation des formes et des actes des documents officiels.

La diplomatie recouvre un peu le même champ avec une formulation différente. Traditionnellement, c’est la science des traités qui règle les relations internationales. En même temps bien sur, la diplomatie est la fonction même de régler les problèmes et, de préférence, de façon pacifique. Elle se différencie donc de la guerre, qui est bien sur un état fréquent, ce qui fait que la diplomatie fonctionne toujours en temps de guerre. Elle fonctionne parallèlement à la guerre.

Pendant la Première Guerre Mondiale, il y a eu un certain nombre d’initiatives et de négociations qui ont pu être menées, les unes venant de Vienne (Autriche), ou d’autres du Vatican, etc. Les communistes aussi se sont efforcés de créer, à Ziemmerwald (Suisse), des liens par delà la guerre.

Plus récemment, lors de la guerre du Vietnam (1965-1973) il y avait en permanence et en parallèle de la guerre des négociations à Paris entre 1968 et 1973. souvent elles se font dans le secret, en l’occurrence derrière ces négociations de Paris, des négociations dites « secrètes » étaient tenues entre Kissinger et Le Duc Tho, et elles jouaient le rôle principale. Elles aboutissent aux accords de Paris de janvier 1973.

2. Le rôle des hommes

L’histoire des relations internationales entre les gouvernements veut dire que le rôle des hommes est important.

On peut citer Aristide Briand, syndicaliste, avocat, et qui assez vite atteint un niveau de ministre et de Président du conseil. Il est longtemps ministre de Affaires étrangères entre 1925 et 1932, pendant une période de paix. Il se fait connaître sur ce plan comme étant « l’apôtre de la paix », il reçoit le Prix Nobel de la paix. Il est le premier à formuler un projet d’union européenne, au tournant des années 1930.

Henry Kissinger (d’origine allemande, réfugié aux Etats-Unis, naturalisé) joue un très grand rôle dans la politique extérieure des Etats-Unis à l’époque du président Nixon, entre 1969 et 1974. Il est d’abord conseiller à la sécurité de Nixon, puis devient secrétaire d’Etat (équivalent du ministre des Affaires étrangères). Il reçoit aussi le prix Nobel de la paix.

Il faut souligner l’importance du rôle des chefs d’Etat. De plus en plus aujourd’hui ce sont les chefs d’Etat qui jouent un rôle diplomatique important, les relations internationales sont souvent menées par les chefs d’Etat.

 

En France, c’est le Président de la République qui mène la politique étrangère. Jacques Chirac conduit directement la politique extérieure par exemple ; tout comme De Gaulle, il lance des piques à l’égard des Etats-Unis.

Cela dit, il faut considérer le rôle des machines diplomatiques, c’est-à-dire les gens, les administrations, qui s’en occupent au quotidien ensemble des institutions par lesquelles passent les relations internationales.

3. Les administrations centrales et les ambassades

Il y a d’une part les administrations centrales, et d’autre part les ambassades :

1. Les administrations centrales

les premières sont physiquement les ministères, les départements d’Etat. En France c’est le quai d’Orsay, construit au début du Second Empire. Il abrite des milliers de fonctionnaire. En 1945, il y avait 447 personnes y travaillant dans un certain nombre de départements, ou directions. Les directions politiques s’occupent à la fois des affaires générales tout comme des différentes parties du monde.

2. Les ambassades et consulats

Les ambassades, sur notre période, voient leur nombre augmenter de manière très impressionnante. Au 19ème siècle, les relations internationales étaient surtout des relations entre pays européens. La France avait une ambassade dans les grosses capitales européennes (Londres, Madrid, Vienne, Berlin, etc.). Avant 1914, les ambassades sont plutôt un club européen. Les ambassades ont toujours un statut d’exterritorialité, le territoire sur lequel elles sont établies est considéré comme étant souverain.

3. Les rapports entre administration centrale et ambassades

Cela fonctionne par une correspondance régulière entre les deux, toujours secrète. Les échanges de courriers se font chiffrés. L’essentiel de la production des relations internationales sont les télégrammes diplomatiques (TD). Quand l’ambassadeur estime qu’il a une information importante à transmettre à Paris, il le fait avec un TD. Toujours secret, système de chiffrage, pratique en temps de guerre.

Le nombre d’ambassade augmente avec le nombre d’Etat. Il y a beaucoup plus d’Etats constitués et reconnus internationalement aujourd’hui qu’au 19ème, moment de colonisation européenne. Dans les empires, il n’y a pas d’ambassades (résidents, gouverneurs).

Après 1945 et la décolonisation, des puissances extra-européennes se développent et tout récemment encore, après 1990, certains pays européens se sont craquelés, ce qui fait autant d’Etats avec qui avoir des relations (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, etc.). Pour chaque pays, cela suppose d’entretenir des ambassades.

B. La dimension sociale et culturelle de l’histoire des relations internationales

L’histoire des relations internationales, c’est largement l’histoire des relations entre gouvernements, mais plus seulement. Il y a une forte dimension sociale que l’on doit considérer aujourd’hui. Les relations entre les peuples, les nations, les idées, avec une grande importante à accorder à la psychologie collective et à la formation des opinions collectives.

1. Les composantes sociales
1. Les entités sociales

D’abord c’est la conscience d’être quelque chose (français, allemand, etc.) : un corpus national se constitue, formé sur l’histoire de chaque groupe, les cultures (en particulier la religion), les langues, etc. Il faut prendre en compte ces opinions collectives. Important dans le rôle de la création de l’opinion publique.

Egalement, il faut prendre en compte les représentations de l’autre : représentation que se fait un peu d’un autre peuple. Elles ont longtemps été une négation de l’autre. Il faut savoir que dans l’idée nationale (dans le nationalisme), il y a l’idée que le lieu dont on parle a les meilleures qualités. Ces conflits reposent sur l’idée que l’on est meilleur que les autres, et que les autres n’ont pas le droit d’exister. En France, les journaux agissent comme vecteurs à ce sujet. Il en reste des clichés. Dans le fond des consciences nationales, cela existe encore. France et Allemagne nombreuses tensions au 20ème siècle.

2. La mémoire et le souvenir

Il y a un gros travail, au-delà des représentations, de travailler sur la mémoire et le souvenir que les nations se font de ce qui s’est passé précédemment, et de savoir comment on sort des conflits. Comment sortir d’une période où non seulement no s’est battu à mort mais où aussi on s’est détesté ? C’est-à-dire une période pendant laquelle la haine est présente.

Pour construire l’Union Européenne, il a fallu une réconciliation franco-allemande, indispensable à la construction du marché commun. Mitterrand et Kohl se sont retrouvés à Berlin pour commémorer cet épisode tragique.

Autre tandem tragique : Chine/Japon, qui perdure encore. Il n’y a pas eu de vraie réconciliation sino-japonaise, mais il y a eu des excuses, des mots aimables.

3. Le rôle des commémorations

Cela passe par la création de lieu dits (gare d’Austerlitz, etc.), et par des commémorations. Le 25 mars 2007 : commémoration des traités de Rome. Ces commémorations ont deux fonctions :

  1. enraciner dans la mémoire nationale un certain nombre d’éléments jugés positifs
  2. elles sont un lieu actif des relations internationales.

Exemple, on commémore chaque année le débarquement en Normandie. Pour la première fois le chef du gouvernement allemand était présent.

Quand on choisit un lieu pour faire une conférence internationale, on ne choisit pas ce lieu par hasard.

2. L’existence d’une opinion internationale

Y a-t-il une opinion internationale ? Il y a des opinions nationales, qui se constituent progressivement. Elles n’existent pas ou peu au début du 19ème et se constituent au tournant du 20ème. Elles existent évidemment aujourd’hui, l’espace public étant alimenté par les médias. Il faut préciser par ailleurs que l’anglais n’est pas la langue internationale unique. On peut parler d’une opinion arabe.

Elle peut être hostileèsentiment anti-américain commun à beaucoup de nation européennes 60’s.

Les décideurs font l’opinion nationale et agissent dans la mentalité du pays.

C. La dimension économique de l’histoire des relations internationales

1. Apparition de l’économie dans les relations internationales

C’est la nouveauté du 20ème siècle : l’irruption de l’économie dans les relations internationales, et donc dans l’histoire des relations internationales. Traditionnellement les diplomates ne connaissent pas grand-chose de l’économie au début du 20ème siècle, mais maintenant ça change. Les Etats ont pourtant une action en matière douanière. Les marchandises et les hommes qui passent les frontières sont arrêtés ou non à cette frontière, les marchandises doivent payer ou non un droit de douane. Deux politique douanières traditionnellement :

  1. une politique dite « protectionniste », aujourd’hui révolue.
  2. l’autre politique est le « libre échange » (modèle britannique), longtemps la règle, puis abandonné.

 

On considère que le protectionnisme en Europe a été un mécanisme de défense contre l’économie britannique. L’économie fait irruption avec la crise de 1929 aux Etats-Unis dont personne n’avait imaginé l’importance. Première conférence à Londres. Ainsi le rôle des monnaies est rentré dans la vie internationale. Une des justifications de l’euro a été de dire qu’au moins entre les monnaies européennes il n’y aura plus de spéculation, ce qui est entièrement vrai.

Les échanges dans les relations internationales : il y a des enjeux stratégiques basés sur l’énergie, qui permet la croissance. C’est plus que le nerf de la guerre. Energie et matières premières ont toujours constitués des enjeux importants en relations internationales.

Exemple : nervosité entre Chine et Japon à ce sujet.

Comment est-ce que la réconciliation européenne s’est faite ? Essentiellement en mettant ensemble les ressources en charbon et en acier (CECA). Quelle était la justification ? Si on met en commun les ressources stratégiques et les moyens de fabriquer des armes, on ne se fera plus la guerre.

Egalement : la mondialisation croissante. Ou encore, le GPS : l’Europe essaye de constituer son propre système (Galileo).

2. Les réponses contemporaines à cette évolution

La machine diplomatique évoquée tout à l’heure s’est adaptée, bien sur, à cette évolution, à la fois dans les administrations centrales et dans les ambassades :

  1. Dans les administrations centrales, il y a des directions politiques. Il y a maintenant en plus des directions économiques et financières. En France il y a la direction de la coopération économique.
  2. Il y a d’abord eu des attachés militaires, puis commerciaux, puis financiers, mais aussi des attachés culturels.

 

Enfin il faut mentionner la multiplication des acteurs de la vie internationale. Pendant longtemps les seuls acteurs qui comptaient étaient les Etats. Et puis il y a les opinions, dont la presse qui joue un rôle important, un rôle d’acteur.

Les entreprises sont de nouveaux acteurs de la vie internationale.

D. Conclusion : la notion d’événement

L’événement est ce qui rythme les relations entre les peuples, ce ne sont pas les forces profondes. Ces événements, révélateurs des forces profondes, sont le rythme et donne l’importance de ces différents temps qui se croisent. Le grand événement est pratiquement imprévisible, c’est-à-dire que l’on sait qu’il va se produire. Exemple la crise de 1929 : personne n’en avait pourtant imaginé l’ampleur. Le 11 septembre 2001 : c’est l’effondrement des tours qui n’était pas prévu.

 Section 2. Les relations internationales dans la longue durée 

 

§I. Les acteurs des relations internationales

Ces acteurs sont donc des entités politiques qui souvent ont une histoire très ancienne. Il est important d’avoir une idée aussi précise que possible de l’enracinement historique de ces entités historiques.

A. Les empires de l’antiquité

Il faut revenir aux grands empires de l’antiquité pour y voir plus clair dans le maquis des Etats actuels. On laisse de coté les Etats d’Amérique Latine, brisés par la conquête espagnole au 16ème siècle. Deux empires, parce qu’ils sont fondateurs, nous intéressent :

  1. l’Empire romain
  2. l’Empire chinois

 

Chacun se prenait pour des empires universels. Rome était une urb, c’est-à-dire « la ville ». la chine a prit très tôt ce nom qu’on lui connaît toujours : « le pays du milieu ». ils se considéraient comme uniques. Intéressons-nous aux territoires de ces deux empires.

  1. Pour l’empire Romain, la dimension est considérable : on va de l’Angleterre d’une part à la Syrie d’autre part.
  2. En Chine, on a un petit peu le même phénomène. C’est un empire gigantesque, évidemment en construction.
1. L’empire romain et l’empire chinois

Quelle est la réalité effective de ces cartes ? On ignore en fait si le contrôle territorial effectif que Rome pouvait exercer aux extrémités était réel : ce contrôle reste théorique. On sait quelles étaient les méthodes de l’empire romain pour marquer le territoire. Les routes pavées romaines étaient un moyen de contrôle du territoire, et certains ont servi de tracer aux routes actuelles. On estime que tous les citoyens dans ce territoire se considéraient comme membres de l’empire de Rome.

Ces deux grands empires ont connu des destins différents. Alors que l’empire chinois s’est disloqué puis s’est reconstitué, on peut avoir le sentiment d’une vraie continuité territoriale. L’empire romain s’est assez rapidement disloqué pour des raisons multiples, en particulier culturelles, politiques. Il est dans un premier temps séparé en deux : empire d’Occident, empire d’Orient.

Entre ces deux moitiés de l’empire romain, qui sont à l’origine d’une partie de la configuration de l’Europe actuelle, il y a des différences importantes notamment au niveau culturel. Langue à l’ouest, le latin ; à l’est, le grec. A l’ouest, le grec est considéré comme une langue de culture, et le latin comme une langue d’administration. La séparation aussi s’effectue sur le plan religieux. L’éloignement fait que chaque partie de cet empire développe des rites différents ; l’ensemble est dominé par le christianisme.

Le christianisme est d’abord une religion clandestine puis adoptée par l’empire romain. cette religion connaît des évolutions entre d’une part le catholicisme à l’ouest et la religion orthodoxe à l’est. Les dogmes et les rites diffèrent entre les deux religions.

L’évolution suivante, c’est que l’empire d’occident s’est à son tour disloqué, en particulier sous le coup des grandes invasions barbares (Francs, Burgondes, Goths, Vandales, etc.). la situation est floue et peu structurée à partir du 5ème siècle. A l’est, les choses sont restées relativement stables et l’empire romain d’orient prend un nom : l’empire byzantin. Il reste un empire extrêmement prestigieux pendant plusieurs siècles à son tour, essentiellement jusqu’au 14ème siècle. Byzance est une ville intéressante puisqu’elle accumule des strates de civilisations différentes, et continue à représenter la puissance dans cette période du début du Moyen-âge. C’est l’époque où les croisades occidentales partent vers les lieux saints pour, pense-t-on, les délivrer.

2. Les empires d’Orient

Ensuite apparaît l’Islam, et les premiers empires musulmans : les Omeyyades (661-750, capitale Damas), les Abbassides (750-1253, capitale Bagdad). L’empire abbasside est prestigieux, et couvre toute la méditerranée et le moyen orient. Ces villes étaient des lieux de civilisations importantes alors que l’Europe représentait un endroit d’obscurantisme à bien des égards ; c’était un peu le monde à l’envers. C’est ce qui fonde un certain nationalisme musulman depuis.

Le dernier héritier est l’empire Ottoman, dont il ne reste aujourd’hui que la Turquie, qui couvrait aussi le territoire des Habsbourg. L’empire installe sa capitale à Constantinople, prise en 1453. Les califes de Constantinople étaient des gens puissants dont les adversaires les plus proches étaient les empereurs de Vienne, et aussi dont les alliés étaient notamment les français (qui avaient comme adversaires les autrichiens).

Les évolutions sont lentes, les grands ensembles changent progressivement, et sont à l’origine des territoires actuels.

3. Les empires d’Occident

A l’ouest, sur le territoire qui est actuellement celui de la France, entre le 5ème et le 10ème siècle ils se passent des choses lentes et progressives. L’empire romain proprement dit, l’empire romain d’occident, disparaît formellement en 476. Reste une Gaule, l’ancienne gaule romaine, avec une population mélangée de barbares et de gaulois, et de romains. Les francs s’installent et commencent à construire des territoires nouveaux. Ils n’arrivent pas à faire un Etat constitué et durable. Pourquoi ? Les rois faisaient des conquêtes, et considéraient leur royaume comme une propriété personnelle. A leur mort, le royaume est partagé entre tous les descendants. Il n’est pas possible avant le 9ème siècle de constituer des Etats qui soient durables. On était dans une situation très peu étatique, très peu politique.

Il faut attendre l’empire de Charlemagne pour trouver quelque chose d’un peu imposant : au 8ème siècle, l’empire dit « des carolingiens ». Il est le premier à reconstituer un territoire assez vaste sur ce qu’était l’ancien territoire romain d’occident. Cet empire carolingien est à l’origine directe des Etats européens actuels. Pour rompre avec cette tradition qui consistait à partager le royaume entre les héritiers, on a inventé autre chose, et à la troisième génération les petits fils de Charlemagne ont été amenés à se partager par la négociation ce territoire de l’empereur : c’est le traité de Verdun en 843. Il divise l’empire en trois :

  1. à l’ouest, la Francia, avec un certain Charles à sa tête ;
  2. à l’est, la Germanie, avec Louis à sa tête ;
  3. entre les deux, la Lotharingie dirigée par Lothaire.

 

Ce qui nous intéresse d’un point de vue géohistorique, géopolitique, c’est que cette structure en trois parties sépare une France d’une Allemagne, et entre les deux ce qui va devenir des petits Etats, des enjeux entre la France et l’Allemagne : pays d’Europe du nord, et la Suisse. Le partage de Verdun est intéressant, il fonde (refonde) un espace politique dans cette partie de l’Europe. Le dernier carolingien disparaît en 996, et est remplacé par Hugues Capet. Les capétiens restent sur le trône pendant 800 ans. Ces Etats connaissent des destins tragiques, difficiles.

4. Les empires d’Asie

En Asie, le phénomène est assez comparable. Dans la périphérie de cet empire chinois, des royaumes se constituent à peu près au même moment que les royaumes européens (aux alentours du 10ème ou 11ème siècle). C’est le cas de l’actuel Vietnam qui après avoir été à peu près 1000 ans dans l’empire chinois s’en rend indépendant ; c’est le cas de l’actuelle Thaïlande.

B. La persistance de l’idée impériale

En Europe, ce qui est intéressant du point de vue des relations internationales est la persistance de l’idée impériale :

  • Charlemagne tient à se faire sacrer empereur à Rome. L’idée d’empire s’est maintenue dans l’actuelle Autriche, où pareil au 10ème siècle se constitue le Saint Empire Romain Germanique, qui va exister entre 962 et 1806 : c’est Napoléon 1er qui y met fin.
  • L’empire Russe. Quand en 1453 les ottomans prennent Constantinople, à Moscou on se considère comme étant la troisième Rome, après Rome et constantinople. Elle considère qu’elle était l’héritière du vieil empire romain : le mot « tsar » est un dérivé de « César ».
  • Enfin, l’empire napoléonien, lui aussi rêvait de reconstituer quelque chose de la même taille que l’empire romain, mais ne durera que quelques années autour de 1810.

 

Ce rêve de domination est resté intact. Par parenthèse, on peut dire que dans l’Allemagne nazie on avait une grande admiration pour l’antiquité et Hitler lui-même avait voulu faire à Berlin un certain nombre de choses qui rappelaient l’antiquité.

La future Amérique Latine avait aussi connu de grands empires.

En Afrique, il ne faut pas oublier non plus qu’elle a eu des Etats importants (surtout en Afrique noire). Le nom de « Ghana » peut être retenu, mais il y a eu à l’époque de notre Moyen-âge un royaume assez prestigieux et qui n’avait pas grand-chose à envier à ce qu’on faisait à la même époque en Europe. Le problème était juste l’absence d’écriture. Très tôt, ils ont été dominés par l’islam, arrivé par le Sahara, qui était moins désertique qu’il ne l’est aujourd’hui.

 §II. Les front ières 

On trouve également des choses intéressantes si on considère les frontières. Depuis toujours, la frontière est une limite, et c’est la limite que se reconnaît un groupe humain : il considère qu’il exerce son pouvoir, son action, jusqu’à cette limite. Avant, c’était la limite des terrains de chasse, limite par delà laquelle on risquait d’affronter d’autres groupes.

Il faut distinguer l’évolution historique des frontières :

  • les frontières antiques, qui ont leurs particularités
  • les frontières du Moyen-âge, floues
  • les frontières linéaires actuelles

A. Les frontières antiques

Pour ce qui est des frontières antiques, les frontières des grands antiques étaient des frontières matérialisées. Curieusement on ne sait pas forcément très bien s’il y avait un contrôle partout sur l’ensemble de ces gigantesques espaces.

1. Le limes

L’exemple le plus connu est le mur en chine, la grande muraille. C’est une ligne de plusieurs milliers de kilomètres, 5 à 6000 km, aujourd’hui en ruine. La construction de cette grande muraille commence partiellement au 2ème siècle avant J.-C. par le premier empereur chinois. La suite est construite par la dynastie des Ming entre le 14ème et le 16ème siècle : ce sont eux qui font de cette frontière un ensemble colossal, ensemble qui part du nord de la péninsule coréenne, vers l’ouest vers les zones steppiques de Mongolie et au sud vers l’espace de l’empire chinois. Il se poursuit aussi vers l’est dans ce couloir de pénétration commerciale et militaire, province actuelle du Gansu (gg). Il mène pratiquement jusqu’à l’Asie centrale.

On ne sait pas vraiment pourquoi on a construit cette muraille. Elle avait probablement une double fonction (hypothèse du prof) :

Une fonction sécuritaire : maintenir au-delà un certain nombre de peuples barbares, nomades, dangereux pour la stabilité de l’empire et sa stabilisation. Cette muraille n’a pas empêché les invasions mongoles au 13ème siècle.

Une manière de gérer l’empire. Pour construire l’empire, il fallait beaucoup de monde, beaucoup de ressources, et ce pouvoir impérial était obligatoire. Si l’Etat chinois était aussi puissant et l’est toujours, c’est en raison des grands travaux, souvent indispensables (dont les travaux d’irrigation). C’est une forme de manifestation de la puissance. Par exemple aujourd’hui on construit le barrage des trois gorges, gigantesque ouvrage.

Ce penchant pour les murs est appelé le limes, mur qui fermait l’empire.

Il y avait un limes en Afrique du nord qui courait le long de la partie habitée. Le mur est sensé marquer la limite et contenir les nomades qui vivaient dans la zone désertique du sud.

Il y avait aussi un limes entre Rhin et Danube : toute l’Europe n’était pas intégrée dans l’empire romain, en partie les pays d’Allemagne. Les frontières sont matérialisées par les grands fleuves, qui se trouvent être les frontières nord de l’empire Romain. Le Danube garde aujourd’hui cette fonction.

Dans l’espace entre le Rhin et le Danube, on a fait un limes, le limes rhénan. C’était une route fortifiée qui liait le haut Rhin et le Danube, et fut édifiée sur plusieurs générations. Concrètement c’était une route avec des tours de gardes en bois, et des remparts en argile. Cela donnait des positions pour défendre le territoire, autour de petits châteaux ou castella de 3m de haut environ. Cela donne 550km de routes fortifiées, 1000 tours de gardes pour surveiller et 100 castella.

Un peu plus au nord et à l’ouest de l’empire romain, quand l’empereur Hadrien fait la campagne, il bute sur les écossais et refais un mur. Cela donne un petit ensemble monumental dont on garde des traces aujourd’hui.

2. Conséquences sur les mentalités

Ces séparations physiques, ces séparations nettes quasi murales, laissent un certain nombre de traces dans les mentalités.

Entre anglais et écossais, on est rarement tendre envers les uns et le autres.

Le nationalisme allemand s’est longtemps fondé sur le fait que les germains, eux, n’avaient pas été dominés par Rome. La Germanie, de l’autre coté de ce limes rhénan, a prospéré sur cette idée. Quand en 1800 sont formulées les premières doctrines du nationalisme allemand (philosophe Fichte), il développe l’argument suivant : la qualité propre des allemands est née de leur capacité de résistance à l’empire romain et du fait qu’ils sont restés en dehors.

Une autre trace forte se trouve dans les zones de contact. Aujourd’hui, les principaux lieux de conflits étaient ces zones de contact :

Yougoslavie. Cette séparation Est-ouest passait exactement au milieu de l’ancienne yougoslavie. D’une part et d’autre de cette limite, il y avait des peuples qui parlaient la même langue (le serbo-croate). A l’ouest, on l’écrit en caractère latin à l’ouest (Croatie), et en grec à l’est (Serbie). Les croates sont plutôt catho et les serbes plutôt orthodoxes. C’est l’origine de zone de frictions très actuelles, qui reposent sur des oppositions culturelles et géopolitiques très anciennes

L’Espagne. Cas particulier de contact entre christianisme et islam, et aussi judaïsme. L’Andalousie était un royaume arabe pour l’essentiel, musulman en tout ca, quand Isabelle de Castille a décidé qu’ils devaient quitter la péninsule. Les musulmans avaient rejeté la minorité juive à la mer, et les espagnols ont gardé cette culture de négociation entre le monde juif d’une part et le monde musulman d’autre part.

B. Les frontières floues au Moyen-âge

Au Moyen-âge, les frontières sont différentes et sont beaucoup plus floues (partage de Verdun en 843). L’espace frontalier était l’espace occupé par le fief d’un vassal qui avait été donné par le roi, charge au vassal de protéger le territoire. Cela définissait ainsi une zone de frontière. Là où on était à proximité d’un territoire ennemi, on appelait ces territoires les marches : territoire susceptible d’être sur une vraie frontière politico culturelle. Le marquis, au départ, est celui à qui l’on confie une marche. Ces frontières sont mouvantes, ce qui fait que les cartes d’Atlas historiques sont à la fois vraies et fausses. A l’évidence, la limite n’était pas aussi nette.

Ces frontières étaient floues parce qu’à l’intérieur même des grandes royaumes, il y avait des petits espaces qui échappaient totalement aux lois de ce grand royaume.

Exemple : Avignon (le Comtat Venaissin), était une enclave de juridiction papale et le royaume de France n’avait rien à y faire. Jusqu’à la révolution française, le comtat était un royaume extra territorial : Par referendum, la souveraineté d’Avignon a changé.

C. Les frontières linéaires

1. Les frontières terrestres

Le mot frontière apparaît à peu près au 14ème siècle en France, à la suite de la guerre de 100 ans. Il faut attendre la révolution française pour que la notion même de frontière linéaire, comme une ligne transcendante, applicable sur une carte, soit reconnue comme un nouveau modèle. Depuis, ce modèle géopolitique de la frontière linéaire s’est imposé progressivement au reste de l’Europe voire au monde entier. Quand les français, dont les deux Napoléon développaient une doctrine des nationalités en Europe, elle était simple : chaque nation devait avoir son territoire, donc ses propres frontières.

Ces frontières se sont imposées au monde en particulier par le biais de la colonisation.

En Asie, il faut considérer les relations entre la chine et le Vietnam : les frontières étaient floues et le reste jusqu’à la colo française du 19ème. Le Vietnam était un Etat vassal. A partir du moment où les français s’y installent c’était une sorte d’exigence que de tracer une frontière qui délimitait vraiment les souverainetés. Les frontières sont négociées pied à pied avec l’administration chinoise. On plantait des bornes pour être sûr que la frontière passait par là et pas ailleurs.

2. Les frontières maritimes

Il y a des frontières qui n’ont pas été délimitées pendant longtemps : les frontières maritimes. On considérait que la mer appartenait à tout le monde, et que la limite était la cote. Byzance a eu une politique définissant à qui appartenait les zones maritimes : il fallait contrôler les routes maritimes, les eaux dites « territoriales » (les plus proches) et Byzance a imposé sa souveraineté sur les zones proches.

Deux villes, deux ports, qui ont joué un rôle important dans l’histoire du Moyen-âge : Venise, et Gênes. C’était 2 grandes villes commerçantes, avec une forte souveraineté et des contacts dans le monde entier. Elles ont établi des zones d’autorité, par exemple une autorité sur ce qu’elles appelaient la « mer voisine », que l’on comptait en journée de navigation : jusqu’à deux jours de navigation, c’était considéré comme étant chez eux.

La notion de frontière a rapidement dépassé les mers et aujourd’hui encore cela fait partie des questions en discussions.

3. Les autres lignes

On peut aussi parler de lignes d’armistice (la Corée coupée en deux, et la ligne d’armistice est plus étanche que la frontière elle même).

Les frontières sont importantes car elles limitent les lieux d’action, de souveraineté, des grands acteurs.

§III. La négociation

La négociation est la pratique la plus ancienne des relations internationales. Pourquoi négocier ? Et quoi négocier ? Pendant longtemps, la négociation était inséparable de la guerre elle même. La négociation est nécessaire parce que les Etats changent, et dans une formule particulière on pourrait dire que les Etats ne sont pas des corps chimiquement stables : ils évoluent, change, etc. Quoiqu’on veuille, le rapport des forces en ces Etats change, et ce rapport des forces impose aux plus faibles de s’en prendre avec le plus fort, donc de négocier.

A. Pourquoi négocier ?

1. Le partage de richesse

Il faut négocier aussi pour se partager des richesses. Par exemple, pourquoi a-t-on séparé d’une telle façon au traité de Verdun ? Là encore cela a été fait après négociation. Une thèse s’est intéressée à cette question, et a montré que le partage s’est fait en fonction du vignoble. Le vin était une ressource considérable, et le partage est un partage méridien (nord sud). Il y a un partage quasi équitable des vignobles.

Les grands empires évoqués tout à l’heure conduisaient à des frottements qui nécessitaient de s’entendre ou de se battre. Entre l’Autriche et l’empire ottoman, la « sublime porte » (Constantinople), il y avait des pratiques de négociation, il s’agissait de définir des aires de domination respectives. De temps en temps ça devient brutal. En général on négocie en terrain frontalier neutre, mais on pouvait se fâcher.

Le 8 juillet 1683, les ottomans font le siège de vienne, et cherchent à décourager les habitants de la capitale autrichienne. Ils tirent des flèches avec des messages écrit en latin et en turc : « vous vous rendez et vous vous convertissez à l’islam, si vous ne voulez pas rester vous pouvez partir ». Effet d’intimidation.

On a des pratiques comparables entre la Russie et la chine qui se touchaient dans toute l’Asie orientale et l’Asie centrale.

2. Régler des problèmes dynastiques

On peut négocier aussi pour gérer des problèmes dynastiques, dans un pays tiers. Les familles royales ont souvent été de la même famille, proche, et il y a souvent eu des gestions familiales de savoir qui allait régner dans tel pays. On échangeait des mariages, et en France on prenait l’habitude d’épouser une héritière d’Autriche : cela se faisait, car c’était les deux grandes puissances d’Europe. Ainsi, on garantissait d’une certaine manière la paix. La pesanteur géopolitique voulait ça, d’une certaine manière.

3. Régler des litiges commerciaux

Négocier aussi pour régler des litiges commerciaux, c’était en particulier important pour Venise, Gênes, mais aussi pour une ligue de villes commerçantes d’Europe du nord : la Hanse. C’était une alliance de quelques grands ports d’Europe du nord qui s’entendaient pour avoir les mêmes règles de commerce et qui, le cas échéant, tapait du point sur la table pour imposer les règles aux autres pays.

Le cas du mouvement colonial : négocier en position de force ; le mouvement colonial n’et pas seulement un mouvement de conquête. A coté des conquêtes il y a eu l’établissement des protectorats. Etablir un protectorat sur un pays d’Afrique ou d’Asie supposait de négocier avec le pays concerné, comme par exemple avec la Tunisie et le traité du Bardo qui impose le protectorat dans les années 1880. Cela dit, il a fallu négocier avec d’autres pays européens : d’autre pays étaient intéressés par ce protectorat, en particulier il a fallu négocier avec l’Italie.

Dans toutes ces opérations d’extension européenne, on s’appuyait sur le droit tout en faisant des démonstrations de force.

En chine, par le traité de Nankin en 1842, les premières concessions étrangères sont autorisées en chine. L’île de Hong-Kong devient anglaise. Ce traité a été négocié après la guerre de l’opium.

Mélange dans la négociation de coups de force et de l’utilisation du droit.

B. Comment négocier ?

Comment se fait la négociation ? Quelle est la pratique de la négociation ?

1. Entre chefs d’Etat

Avant l’ère industrielle, les négociations se faisaient de chef d’Etat à chef d’Etat, de roi à roi, d’empereur à empereur. Au Moyen-âge en particulier l’exercice du pouvoir était un exercice relativement solitaire. Mais ces pratiques de négociation de chef à chef se retrouvent par exemple dans l’empire napoléonien et ses conquêtes.

Exemple fameux en 1807 à Tilsit où sur un radeau planté sur le Niémen, un fleuve, se rencontrent deux hommes : Napoléon 1er et Alexandre 1er, entourés de très peu d’hommes de chaque coté.

2. Les ambassades
1. Les premières ambassades

Les ambassades se sont développées d’abord comme des activités ponctuelles, aujourd’hui c’est une activité permanente : c’était une expédition, on envoyait une expédition dans un pays voisin. En général c’était une expédition nombreuse, contraire d’une expédition guerrière. Il s’agissait d’en imposer au voisin : on part avec richesses, protections, interprètes, et on partait plusieurs semaines voire plusieurs mois. Le personnel permanent des ambassades n’est intervenu que très progressivement.

Un des premiers ambassadeurs français s’est justement installé à Constantinople ce qui lui permettait de jouer un rôle important dans les conflits opposant la Russie et l’empire ottoman et les médiations françaises dans cette partie du monde ont longtemps été importantes.

2. Les lettres de créance

Aujourd’hui quand un ambassadeur est envoyé dans un pays il embarque avec lui une mettre de créance, c’est-à-dire un doc qui certifie qu’il représente bien le chef de l’Etat qui l’envoi. Selon la tradition, l’ambassadeur présente ses lettres de créance au chef de l’Etat. Cette pratique des lettres de créance remonte au moins au Moyen-âge. L’ambassade qui partait pour une expédition amenait une lettre de créance qu’il présentait au souverain et là commençait la négociation car il y avait une confiance de souveraineté réciproque.

3. Le développement du secret

L’activité d’ambassade s’est développée et technicisée et développe une forte activité de secret : les échanges entre administration centrales et ambassades sont chiffrées. Là aussi c’est ancien, on raconte que dans l’empire perse (gigantesque, origine de l’Iran actuel) il fallait des semaines et des mois pour le traverser. Quand l’empereur avait quelque chose à dire à un de ses subordonnés à la frontière, une technique consistait à raser un esclave, écrire le message sur sa tête, et le laisser partir.

Dans l’histoire récente on a beaucoup de piratages de chiffres qui se sont produits :

Exemple le télégramme Zimmermann pendant la Première Guerre Mondiale. Il est envoyé en principe théoriquement par le ministère allemand des Affaires étrangères, envoyé à son ambassade au Mexique. Il se trouve que les anglais étaient pointus et la grande activité était de casser le chiffre des autres pays. Chaque pays a son chiffre et les autres s’efforcent de le casser. Les câbles sous marins passaient par l’Angleterre donc les anglais ont annoncé qu’ils avaient cassé le chiffre d’un télégramme allemand qui demandait au Mexique d’entrer en guerre contre les Etats-Unis. C’est un élément retenu par Wilson en 1917 pour rentrer en guerre contre l’Allemagne.

La négociation ne suffit pas :

§IV. L’Etat entre paix et guerre

A. La guerre

La guerre est longtemps apparue comme le prolongement naturel de la négociation, c’est un élément un peu conclusif. L’Etat des relations internationales est le suivant : la guerre ou la paix.

L’idée est que la culture de la guerre change radicalement au 20ème siècle. Jusqu’au 20ème siècle, la guerre est une activité qui peut avoir deux formes en quelque sorte mais qui est toujours codifiée ou partielle :

  1. soit la guerre est un moment, dur forcément (choc, violence), comme par exemple la guerre franco allemande de 1870. elle ne dure que quelques semaines, on sait quand ça commence, et on voit arriver la fin.
  2. soit la guerre est un état, c’est-à-dire qu’il y a une période de l’histoire où la guerre est une situation permanente.

C’était le cas de la guerre de 100 ans, mais il y avait toujours cette situation de guerre structurante des relations entre les groupes sociaux.

C’est aussi l’état normal de fonctionnement de l’Europe entre 1792 et 1815 : sur plus de 20 ans, la guerre est une situation quasi normale, permanente.

La guerre redevient un état entre 1914 et 1918 et c’est ce qui fait le tournant du 20ème siècle. On était parti sur un moment court et c’est devenu un état : il a fallut vivre avec.

La guerre, pratique ancienne, est très codifiée. Il y a un mode traditionnel de déclaration de guerre, et un autre de règlement de guerre.

1. La déclaration de guerre

Pour l’entrée en guerre, on considère normal d’avoir une déclaration de guerre, c’est-à-dire une sorte de forme de politesse qui dit à l’adversaire que l’on rentre en guerre contre lui.

C’est par exemple dans la guerre de 1870 Napoléon III qui déclare la guerre à la Prusse.

Dans l’été 1914, les guerres sont déclarées. Dans l’ordre : Autriche vs Serbie, Allemagne vs Russie puis France, Angleterre à l’Allemagne, etc.

Pendant longtemps ces codifications fonctionnaient. Idem pour les sorties de guerre, on avait des méthodes rodées, traditionnelles, bien encadrées. Il existe trois niveaux de sortie de guerre, avec un contenu juridique :

  1. Le cessez-le-feu. C’est une action commune d’arrêter la guerre où l’on en est sans autre discussion. Toutes les fins de guerre connaissent des cessez le feu plus ou moins respecté
  2. L’armistice. Elle est négociée car c’est une paix provisoire en quelque sorte, en attendant des règlements plus importants. On s’entend sur des positions, des terrains où l’on continue à stationner les troupes, des échanges de ressources, de prisonniers, etc. Il peut y avoir des armistices durables (cf. Corée du nord/sud et l’armistice de 1953)
  3. La paix. C’est un traité, quelque chose de beaucoup plus important, suppose une négociation plus longue et une négociation qui n’est pas toujours possible. Japon-Etats-Unis.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, il y a un cessez-le-feu, une armistice décrétée très vite (11 novembre 1918) et une paix longuement négociée à la conférence de Versailles qui abouti à plusieurs traités (traités bilatéraux) entre les différents pays concernés.

2. Le règlement de guerre

Il y a donc eu pendant longtemps un droit de la guerre qui fait parti du droit international par la force des choses. Il y a des conventions internationales qui limitent le type de violence que l’on est autorisé à commettre en temps de guerre : cela évolue avec la technique.

Pendant la Première Guerre Mondiale, la longueur du conflit aidant, les recherches aidant, on a inventé la guerre chimique. On a trouvé que la guerre chimique avait un caractère odieux et une convention internationale interdit la guerre chimique.

Dès qu’il y a la menace de la de guerre chimique, on rentre dans le domaine de l’interdit. Il y a aussi une convention internationale aussi sur le traitement des prisonniers : cela fait partie du droit de la guerre.

Il y a eu une évolution courant 20ème. Les violences du siècle ont été telles que toutes ces pratiques anciennes, que l’on voit encore fonctionner dans l’énorme boucherie de la Première Guerre Mondiale, ne fonctionne plus pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il y a très peu de déclarations de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Quand Hitler le 22 juin 1914 rentre en URRS (opération Barberousse), il ne déclare pas la guerre et rompt un PNA afin d’avoir un avantage stratégique. A l’inverse, en 1939 la France déclare la guerre à l’Allemagne mais ne le fait pas. En revanche en 1940 quand l’armée allemande rentre en France il n’y a pas de déclaration de guerre.

Idem sur le front pacifique. Quand le japon veut briser la force militaire, il attaque par surprise à Pearl Harbor et très vite après l’ambassadeur du japon se précipite pour donner la déclaration de guerre. Roosevelt profite de cette situation pour déclarer la guerre en bonne et due forme à l’Allemagne, au japon, à l’Italie, et à tous leurs alliés.

Parenthèse : à partir du moment où on déclare une guerre, cela veut dire que l’on reconnaît l’état de guerre ; or, dans bien des situations aujourd’hui (guerre coloniale, Irak, etc.) il a fallait du temps pour accepter que l’état reconnaisse qu’on était dans une situation de guerre : cela ne vient pas tout de suite, la guerre est un état qui se reconnaît très progressivement.

Avec la Seconde Guerre Mondiale : très peu de traités de paix. Le seul traité de paix signé est entre les Etats-Unis et le Japon en 1951. Il n’y a pas de traité qui terminé la Seconde Guerre Mondiale en Europe. Il faut attendre la réunification allemande (1990) pour avoir des dispositions légales.

Le 20ème siècle a vue la pratique, la culture de la guerre, se modifier.

3. Les nouveaux concepts de guerre

De nouveaux concepts de guerre apparaissent :

  • Le mot guerre froide appartient à tous les moyens : c’est la guerre par tous les moyens, sauf militaire.
  • Le 20ème siècle découvre aussi les guerres de libération nationale. C’est par exemple la guerre d’Espagne contre les troupes de Napoléon début 19ème siècle.
  • Les guerres civiles, beaucoup au 20ème siècle.
  • La corrélation entre guerre et révolution, on le sait depuis 1917. C’est l’exemple de la révolution russe qui enfante la Russie bolchevique et l’URSS, ainsi que le communisme.

B. La paix

C’est quand on n’est pas en guerre. C’est une question importante pour le 20ème siècle et une question qui n’a pas été suffisamment pensée.

1. Construire la paix

Une paix, cela se construit : il y a des traités de paix qui doivent être acceptés par les Etats, c’est-à-dire par les assemblées nationales (par les « représentations nationales ») : le mot qui convient est ratifier.

Construire la paix suppose en général de longues nationales, des conférences de paix (Versailles après la Première Guerre Mondiale, Paris sur le Vietnam, etc.). Cela suppose aussi des organisations internationales pour garantir la paix. Ces organisation internationales ont le même but : c’est la SDN dans l’entre-deux-guerres, et l’ONU après 1945. L’objectif premier est de « garantir la paix » (Article premier des deux chartes).

2. Assurer la paix

La paix est également une idée qui est à l’origine de certains regroupements régionaux comme l’Europe ; la construction européenne, l’idée est au début de faire la paix durablement entre les acteurs européens et en particulier la France et l’Allemagne. La formule « l’Europe, c’est la paix » a une réalité très forte. Il y a des conférences internationales qui garantissent des traités eux même souvent imparfaits, il y a des organisations internationales qui n’ont pas forcément les moyens suffisants et dont l’action est incertaine. Il y a des organisations régionales parfois plus à même de garantir la paix : l’Europe construite par Monnet au début des années 1950 a effectivement cette fonction.

Chapitre 2. L’affirmation des nations (XIXe siècle)

Section 1. L’héritage de la révolution française

§I. Guerre et révolution

A. Une explication d’origine pour 1789

Le déclenchement de 1789 est partiellement lié à des événements internationaux qu’il nous faut préciser. L’événement principal, et que l’on a tendance à avoir oublié aujourd’hui, mis en avant dès l’époque par Barnave, avocat, député aux futurs Etats généraux ; celui-ci déclare : « ce que la nature des choses avait préparé, ce que la conduite du gouvernement avait mûri, la guerre d’Amérique le détermina ». La guerre d’Amérique n’est pas une cause, mais un environnement.

D’un mot, la révolution française est déclenchée par des questions financières, plus particulièrement par une crise financière qui est largement liée à l’endettement de l’Etat, et à l’endettement de la maison du roi. Les raisons de cette endettement sont multiples et pour résoudre cette crise Louis XVI réuni les Etats généraux, c’est-à-dire une assemblée des représentants de tout le pays (divisés en représentants de la noblesse, du clergé, du Tiers état). En vérité, ils n’ont jamais pu se réunir car les trois composantes ne se sont pas entendues pour déterminer quelles étaient leurs représentativités respectives. Cet élément déclenche la révolution politique.

Sur la crise financière, à l’origine de tout ça, celle-ci est assez largement liée aux dépenses que la France a fait pour soutenir la guerre d’Amérique, guerre que les colons américains (les « insurgents »), guerre de libération, qu’ils menaient contre l’Angleterre, vieil adversaire à l’époque pour la France. La France n’est pas fâchée d’aider une insurrection qui très loin est en mesure d’affaiblir l’Angleterre. Quarante ans auparavant, la France avait été obligée de céder le Canada à l’Angleterre. L’homme que le roi envoie en Amérique est La Fayette qui s’embarque dans les années 1770 pour l’Amérique. Il y combat et revient quelques semaines plus tard et réapparaît dans la France d’avant 1789. Il établi le lien physique entre cette guerre et la révolution de 1789. La France a dépensé beaucoup pour soutenir militairement ces insurgents d’Amérique et La Fayette et les hommes avec qui il était parti. Cette conséquence de la guerre d’Amérique est ce point sur lequel Barnave a mis le doigt.

Il y a des conditions internationales à la crise politique/financière qui déclenche ce qu’on appellera 1789. 1789 n’est pas en soi une révolution terrible, le roi perd son régime absolu et le régime politique français devient non plus une monarchie absolue mais une monarchie constitutionnelle, comme c’est déjà le cas en Angleterre. Finalement, c’est paradoxalement un régime de type anglais qui se met en place.

B. L’abolition de la monarchie

La situation extérieure est une condition intéressante à considérer pour expliquer l’abolition de la monarchie. Cette condition extérieure est la guerre, et la voilà à l’œuvre en 1792 puisque la France se trouve en état de guerre : c’est elle, en effet, qui la déclare. Après une nouvelle organisation et une constitution en 1791, l’insécurité aux frontières est croissante et notamment à l’égard de l’Autriche, principale puissance continentale en Europe. Un certains nombres de nobles, les « émigrés », entretiennent une certaine insécurité à l’égard du pouvoir français. L’idée d’une guerre à l’époque, c’est-à-dire une expédition qui met fin à une certaine menace, est présente.

Dans ces conditions, le 20 avril 1792, l’assemblée législative (c’est-à-dire la représentation nationale composée de députés qui viennent d’être élus en application de la constitution de 1791) vote la guerre (sa prérogative) à l’unanimité moins sept voix, contre l’Autriche. En gros, le calcul intérieur des uns et des autres est de se dire qu’en faisant la guerre à l’Autriche ça allait arranger tout le monde, mais pour des motifs différents.

La situation assez vite devient difficile, les troupes autrichiennes se rapprochent des frontières françaises, c’est à ce moment là que le gouvernement français décrète « la patrie en danger ». Nous sommes le 11 juillet 1792. Comme le rapport des forces est en faveur des adversaires (constitués de troupes autrichiennes pour l’essentiel), ces dernières essayent d’en tirer un avantage. Le général en chef des armées qui ont répondues à l’entrée en guerre, Brunswick, se croit autorisé à adresser un ultimatum le 1er août 1792. En substance, il dit : « ou bien vous rétablissez le roi dans ses fonctions, sinon nous ne répondons plus de rien et on arrive à paris ». La réponse de Paris, de l’assemblée, est très simple, et fait l’inverse de ce que Brunswick propose et déclenche une nouvelle insurrection et prend les tuileries. Le roi est déposé, arrêté, et la réponse de l’insurrection parisienne est à l’inverse de ce que Brunswick demandait. Ce rapport des forces croissant, cette radicalisation, a conduit au renversement de Louis XVI. Cette guerre se retourne heureusement pour le gouvernement français en sa faveur, Louis XVI étant en prison. Pour bien marquer le coup, les parisiens élisent une nouvelle assemblée : la Convention. Le 21 septembre 1792, cette convention abolit la monarchie. Le 22 septembre 1792, on décrète l’an I de la République.

La radicalisation de la situation à la fois intérieure et extérieure fait qu’après avoir hésité, Louis Capet (Louis XVI) et son entourage commettent quelques erreurs, et finalement la question du jugement du roi se pose. Qui va le juger ? Finalement on décide qu’il va passer en jugement devant l’assemblée du peuple, donc devant la Convention. A l’issu d’une longue procédure, le roi est finalement condamné à mort à une très courte majorité. Le 21 janvier 1793, le roi est guillotiné.

Importance sur le plan intérieur et international : en Europe, il n’y a que des monarchies. Quand la tête d’un roi tombe, ils se sentent tous menacés. Le roi d’Angleterre le prend mal, comme une déclaration de guerre, expulse l’ambassadeur de France et prend un certain nombre de mesures pour entrer en conflit contre la France. Le dernier élément qui montre le lien entre l’intérieur et l’extérieur est celui de la terreur.

C. Le rapport constant : la Terreur

C’est une radicalisation de la révolution, à un moment où elle se sentait en péril. L’Angleterre entre en guerre, l’ennemi par excellence, mais aussi l’Autriche. Dans les jours qui suivent l’exécution de Louis XVI, l’Angleterre déclare la guerre et une coalition se groupe contre la France, et anime des pays en nombre impressionnant : Angleterre, Autriche, Prusse, Russie, Espagne, le Portugal et le royaume de Naples. Cette première guerre est aux dimensions de l’Europe et dans cette situation extrêmement périlleuse, le choix du gouvernement en place à Paris (la convention) est de tout faire pour l’emporter, résister. Il ne s’agit pas de baisser les bras mais d’imposer aux français tous les efforts. Le 5 septembre 1793, la convention place « la terreur à l’ordre du jour ».

Il y a des mesures militaires, c’est-à-dire ce qu’on appellerait aujourd’hui une mobilisation générale, et des mesures économiques qui sont de l’ordre des nationalisations, du blocage des prix et des salaires que l’on connaît à notre époque. Il y a des mesures répressives avec une loi des suspects qui permet d’arrêter des gens dont on se soupçonne. Il y a enfin des mesures religieuses, car le clergé étant considéré comme un ordre privilégié fait partie des suspects. On institue le calendrier révolutionnaire dont les semaines sont remplacées par des périodes de 10 jours (les décalies gg) : cela fait parti de la réorganisation du pays dans le contexte de résistance à l’extérieur.

Ca marche, et la France retrouve de succès militaires autour de Robespierre, « l’incorruptible », homme fort pendant la première moitié de 1794. Ces succès militaires vont avec de nouvelles mesures de répression, appela la « deuxième terreur » et les décapitations extrêmement nombreuses : « les têtes tombaient comme des ardoises » (Fouquier-Tinville). Robespierre sera mis en minorité, arrêté et décapité le 26 juillet 1794 (9 thermidor an II).

Ce rapport constant entre les questions intérieures et internationales va rester comme un modèle dans toute l’Europe jusqu’à la révolution russe mais se prolonge dans la période de l’empire.

§II. Révolution et Empire

A. Continuité convention – consulat

Est-ce que l’empire qui commence avec le général Bonaparte en 1799 s’inscrit en continuité ou en opposition avec la république et notamment l’assemblée de la convention ?

Il faut regarder quels sont les principes et l’histoire de Napoléon Bonaparte. Il a grandi dans le contexte de la révolution, il était proche du frère de Robespierre et était dans les réseaux qui ont conduit la révolution. C’était un militaire pas très obéissant à l’égard de sa hiérarchie, et il a mené sa propre politique et remporté des succès très importants contre l’Autriche, en Italie et en Egypte. Il est un général produit de la Révolution française. Quand il prend le pouvoir, il le fait non pas pour revenir sur la révolution française, mais pour mettre de l’ordre et consolider ce qui est acquis : « Je suis national, j’aime les honnêtes gens de toutes les couleurs [politiques] » (Napoléon Bonaparte). Il s’inscrit dans le camp de la nation, du rassemblement, et non pas dans un camp ou dans l’autre. Il s’inscrit dans la continuité de la révolution ; ce modèle (le bonapartisme) sera un modèle pour le gaullisme.

Napoléon Bonaparte devient premier consul en 1799 et sera empereur en 1804. Il fait aboutir un certain nombre de réformes entreprises par la révolution et dont certaines sont extrêmement durables : la banque de France (1800), la création du franc (1803, jusqu’en 2002) germinal (du nom de la date du calendrier, vaut 322mg d’or, garde la valeur constamment jusqu’en 1914). Volonté d’affirmation nationale (la monnaie porte le même nom que le pays). Il crée aussi le code civil, qui est une action tout à fait essentielle pour consolider la situation de l’époque révolutionnaire et même pour diffuser une certaine idée des nouvelles libertés en Europe.

Enfin, précisons que napoléon reste très sensible à l’idée d’empire, qui reste un modèle pour l’Europe entière. L’idée de Napoléon Bonaparte est de créer quelque chose qui évoquerait l’empire romain par sa dimension et son caractère autoritaire. Le 2 décembre 1804, il se fait couronner empereur dans un décorum assez proche de l’empire romain.

B. Bonaparte, « Robespierre à cheval »

A l’extérieur, Metternich (« Robespierre à cheval ») joue un rôle très important pendant le premier XIXe siècle. Pour lui, les actions de Bonaparte était celle d’un empereur passant les frontières de l’Europe à cheval. La logique des guerres napoléonienne, c’est le conflit avec l’Angleterre. Celle-ci a commencé une révolution industrielle, est en avance sur la France, a des colonies, et est un vieil adversaire de la France. Napoléon Bonaparte décrète ce qu’il appelle le « blocus continental ». C’est une interdiction (assez ambitieuse il faut le dire) faite à tous les bateaux anglais de toucher un port du continent, que ce soit Lisbonne au Portugal ou Copenhague au Danemark.

Quels sont les moyens d’une telle politique ? C’est toute la logique de la conquête de l’Europe. Il y avait un outil militaire pour se faire, « la grande armée » ou « l’armée des vingt nations ». Elle était constituée par la conscription, mais aussi de contingents étrangers intégrés au fur et à mesure des conquêtes. Par exemple, il y avait à peu près 125 000 allemands membres de la confédération du Rhin, 60 000 polonais. C’était une armée, au sens premier du terme, européenne, constituée d’environ 600 000 hommes organisés en dix corps d’armée dirigé par dix maréchaux. Ils pratiquaient une guerre à laquelle l’Europe n’était pas très habituée, une guerre très offensive, et qui était remportée de succès. La logique de la guerre est (1) de faire appliquer le blocus et (2) d’intégrer les européens dans un outil militaire pour le faire.

Au passage, Napoléon Bonaparte, le révolutionnaire qu’il était, procède à un remodelage politique de l’Europe, avec une France agrandie de 120 départements. C’est ainsi la fin du Saint Empire Romain Germanique, qui prend ce nom en 962 ; Napoléon y met fin en 1806.

Entre l’Autriche et la France, il y a les pays allemands, donc, Napoléon y organise une confédération du Rhin. L’Allemagne était excessivement morcelée en petits Etats : il réduit le nombre de ces Etats, mais il en reste 36 qui préfigurent l’Allemagne actuelle (à l’époque sous domination de vienne). C’est lui aussi qui réorganise la confédération Suisse, lui aussi qui reconstitue une Pologne (qui n’existait plus à l’époque) entre la Prusse et la Russie : c’est ce qu’il fallait appeler le « grand duché de Varsovie ». En Italie enfin il y avait alors jusqu’à 10 Etats différents, et est regroupée en trois Etats suivants. Les Etats du pape et de la cote ouest sont intégrés aux départements français. Le reste de l’Europe (c’est-à-dire la Prusse autour de Berlin, l’Autriche autour de vienne, la Russie plus loin), napoléon s’en fait des alliés (mariages, rencontres personnelles : le tsar Alexandre Ier)

Enfin, dans ses relations avec l’Europe, Napoléon Bonaparte doit composer avec l’Eglise. D’une part parce que l’Eglise a des territoires et il reste une autorité temporelle, et d’autre part elle est à la tête du clergé (et une majorité de la France est encadrée par un clergé). Le pouvoir français a négocié avec l’Eglise, le pape, et un accord est trouvé après un an (traité avec le pape s’appelle un concordat). Il est signé en 1801, et trouve un compromis. Le pape renonçait à ce qu’on appelait les biens nationaux, moyennant quoi la France reconnaissait la religion catholique non pas comme religion d’Etat (la France s’y refusait) mais comme « la religion de tous les français ». Là-dessus, Napoléon Bonaparte se fait sacrer par le pape (1804).

Les relations se sont envenimées, de nouveaux incidents opposent Napoléon au pape, et Napoléon fait même incarcérer le pape dans une prison. Un nouveau concordat est signé en 1813, pratiquement sous la contrainte pour le pape, les relations avec l’Eglise restant toujours compliquées. Que retenir de cette période de 25 ans ?

 C. Une période de 25 ans 

La France finalement a subi un échec militaire. L’aventure napoléonienne n’a pas réussi, et la guerre déclarée par la France en 1792 et qui est restée comme une toile de fond, comme un état des relations avec le reste de l’Europe, a conduit in fine à un échec militaire français. On peut en comprendre relativement facilement la logique. En gros l’Europe était assez mécontente de la domination française, et les nationalités (c’est-à-dire ceux que la France encourageait à se penser comme allemand, italien, polonais, etc.) se sont réveillées contre les français. Accessoirement la situation économique était très mauvaise, et comme le disait Jérôme Bonaparte (frère de Bonaparte, roi de Westphalie) : « le désespoir des peuples, parce qu’on leur a tout enlevé, est à redouter » (google check.). Sauf les italiens et les polonais dans une certaine mesure, tous les autres se retournent contre la domination française.

  1. cela commence avec l’Espagne, et les espagnols parfois avec leur curé en tête ont mené une véritable guérilla contre les troupes françaises.
  2. la Russie avec laquelle napoléon s’était entendu et avait changé d’avis et accepté que des bateaux anglais viennent à Saint-Pétersbourg. Il déclenche la campagne de Russie pour contraindre le tsar à accomplir le blocus continental. L’armée française incendie Moscou notamment. La retraite se fait dans des conditions tragiques (dans l’hiver, etc.) : cf. le passage de la fameuse Berezina. La retraite de Russie, dramatique, encourage tous les pays à se ranger derrière elle contre la France

 

Une nouvelle coalition se forme et emporte une série de victoires. La défaite principale est enregistrée à Waterloo près de Bruxelles, le 18 juin 1815. Cette une issue tout a fait tragique, car après avoir lancé la guerre contre l’Europe et l’avoir gagné dans un premier temps, et profité pour renverser le roi, la France se retrouve dans une situation exactement inverse, puisqu’elle est occupée par 1,2 millions de soldats. Les rois reviennent, les Bourbons remontent sur le trône et le propre frère de Louis XVI remonte sur le trône (Louis XVIII). C’est un effondrement durable absolument pour la France qui enregistre en 1815 un échec considérable face à l’Angleterre. Tout cela va rester et se répandre dans le reste de l’Europe.

 §III. Les principes fondateurs

A. Droits de l’homme, droit de la nation 

Rappelons ici que la formulation des droits de l’homme apparaît dès l’été 1789, en particulier au cours de deux séances de l’Assemblée Nationale d’août (20 et 26 août 1789). Ces droits de l’homme ont été formulés trois semaines après que les droits féodaux (nuit du 4 août), qui étaient la structure même de l’Ancien Régime, aient été abolis. On officialisait les droits de l’homme. L’idée est française mais intéresse évidemment beaucoup de monde. La Fayette, dès 1789, homme fort des deux ou trois premières années de la révolution, propose dès 1789 une déclaration européenne des droits de l’homme.

L’intégrité du territoire. Cela veut dire les frontières, c’est-à-dire que les frontières s’imposent à tous, qu’elles sont les frontières de la nation, et que la nation a les mêmes règles. L’idée de nation, qui bien sûr estime avoir des droits, est bien concrète.

 B. Des principes élargis à l’Europe et durables 

Quelques éléments sur l’idée de guerre sur cette période. Au début de la période révolutionnaire, on se refuse à faire la guerre. Un décret de 22 mai 1790 stipule : « la nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et n’emploiera jamais sa force contre la liberté d’aucun peuple ». La doctrine a évolué, et le décret 9 de novembre 1792 (après la déclaration de guerre) par lequel la convention déclare selon la même logique mais de manière plus militante : qu’elle « apportera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ». On passe d’une espèce de pacifisme affiché à une démarche beaucoup plus militante en faveur de la liberté, et l’empire va finalement se fonder assez largement sur cette démarche.

Le Code Civil, à la faveur des conquêtes napoléoniennes, s’impose pratiquement à toute l’Europe. C’est important sur le plan des principes et du fonctionnement des institutions. Depuis 1789, toutes les assemblées travaillent à la rédaction de ce code unique. Le Code Civil est terminé en 1804, par le régime, un peu autoritaire en la matière, de Napoléon. Comment peut-on qualifier ce texte ? Il emprunte à tous les systèmes juridiques antérieurs, et c’est-à-dire partiellement le système romain. Il y avait aussi des droits coutumiers, et il sera la synthèse de tout cela. Le Code Civil est le triomphe de la synthèse. On y trouve a priori tout ou son contraire : l’esprit d’autorité, et d’une certaine matière de conservatisme social (droit de propriété). On y trouve aussi maintenu toutes les conquêtes sociales de la révolution. On y trouve enfin l’idée nationale. Ce Code Civil s’impose pratiquement à la fois par la force des armes et par la force des idées et des choses à toute l’Europe, c’est un peu la revanche de l’échec de l’empire napoléonien.

Et enfin, l’intangibilité des frontières, c’est-à-dire qu’elles sont reconnues comme des lignes juridiques qui délimitent l’existence d’une nation. Dans emps on les reconnaît sans les reconnaître. Les rois et empereurs européens sont regroupés dans un congrès, le congrès de Vienne. Il s’assoit un peu sur ces principes hérités de la révolution. Talleyrand y est présent, et dans une certaine mesure il sauve certaines choses pour la France. Le congrès de Vienne rétabli dans leurs pouvoirs les empereurs, et n’est pas l’application des principes de la révolution. Le congrès de Vienne ignore l’idée de nation et re-découpe l’Europe en fonction, en particulier, de 3 pouvoirs dominants, qui sont : celui de vienne, empereur d’Autriche, du roi de Prusse à Berlin, et de la star à Saint-Pétersbourg. Désormais toute l’Europe se retrouve contrôlée par ce club des rois et empereurs.

Mais les idées des droits de l’homme, droit de la nation, Code Civil, fermentent dans le 19e et resurgissent pour redessiner la carte du continent

 C. Nation et nationalité 

Toutes ces idées sont donc reprises, déployées, tout au long du 19e siècle. A cet égard, un moment important est le second empire de Napoléon III. Il mène une politique des nationalités qui va aller dans le sens d’une destruction du système du congrès de Vienne établi en 1815. Napoléon III était très sensible à l’idée que ces épisodes révolutionnaires et bonapartistes étaient tout a fait de nature à inquiéter l’Europe. Dans tout ce 19e siècle, la France est un pays qui fait peur aux différents souverains européens. Une bonne partie des politiques européennes est inspirée assez largement par la peur qu’inspire la menace française. C’est une des raisons pour lesquelles Napoléon III aura cette formule pour calmer le jeu : « l’empire, c’est la paix, car si la France est satisfaite, l’Europe est tranquille ».

 Section 2. Empires et nations 

Pour François Furet la révolution française dure 100 ans en ce sens que ce qui a été expérimenté, fait, proposé, pendant Révolution française ne réussi pas sur le moment et se déroule tout au long du 19e. Ce qui est vrai pour la France l’est aussi pour le reste de l’Europe dans une certaine mesure.

 §I. Les empires contre les nations (1815-1848)

A. Le congrès de Vienne et la nouvelle carte de l’Europe 

Vienne, capitale autrichienne. Congrès qui débouche sur la mise en place d’une nouvelle carte de l’Europe mais d’une complexité apparente assez rare. Ce congrès de vienne se déroule pendant plusieurs mois entre novembre 1814 et juin 1815. Le principe même de ce congrès de Vienne est de trouver une sortie de guerre qui durait depuis 1792 et qui avait pas mal ravagé l’Europe. Une modalité traditionnelle pour sortir d’une guerre est précisément une grande conférence entre les belligérants.

Quinze souverains en personne sont présents la plupart du temps et donc négocient pendant ces différents mois le retour de leurs intérêts en séances plénières. Au congrès, une série de petites conférences secrètes sur différents points permettaient à la négociation de se faire et de se développer dans la discrétion et, présumait on, avec le maximum d’efficacité. Dans ce genre de conférence en général les grandes puissances arrivent à s’entendre mais les petites (Pologne, Saxe) ont posé pas mal de problème aux grands. Finalement le 9 juin 1815 les congressistes ont réussi à mettre au point un acte final. A cette date là, on est d’une certaine manière toujours en guerre. Le 9 juin 1815, c’est 9 jours avant la défaite napoléonienne de Waterloo (18 juin 1815).

Le plus compliqué, c’est au milieu de l’Europe. Les pays qui tirent leur épingle du jeu sont :

  • La Russie, qui gagne quelques territoires dont la Finlande, une large partie de la Pologne, les polonais sont catholiques, entre une Allemagne protestante et une Russie plutôt orthodoxe.
  • L’Angleterre, ennemi traditionnel de la France, qui n’avait pas apprécié l’arrestation et l’exécution de Louis XVI et qui entre en guerre assez rapidement. Ses intérêts sont surtout maritimes : elle est déjà une grande puissance coloniale, marchande. Le port de Londres est sans doute le premier port mondial et ce qui intéresse les anglais est de contrôler les routes maritimes. Très concrètement l’Angleterre gagne l’île de Malte, entre la Sicile et la Tunisie, territoire stratégique sur le plan maritime. Il contrôle les relations entre la méditerranée orientale et la méditerranée occidentale. Elle gagne la colonie du Cap au sud de l’Afrique. En Asie, en plein océan indien, les anglais gagnent l’île de Ceylan. Avec ces différents points d’appuie, l’Angleterre apparaît comme le principal bénéficiaire des guerres de révolution
  • La Prusse est le nom ancien du plus grand des Etats allemands, elle est en deux morceaux discontinus et c’est sa particularité. Le cœur de la Prusse est autour de la ville de Berlin, et une Prusse (future Ruhr) du coté du Rhin, future région industrielle. les autres Etats allemands apparaissent néanmoins dans un ensemble : le congrès de vienne modifie la donne et crée la confédération germanique. Celle-ci a pour particularité d’englober une partie de l’Autriche, pays qui parle allemand. Ainsi l’Autriche fait partie de la confédération germanique. L’Autriche a un pouvoir double dans le centre de l’Europe : (1) sur un territoire propre (l’empire d’Autriche) et (2) par sa partie allemande, sur la confédération germanique. Vienne domine très largement cette Europe du milieu. L’Autriche est le plus grand vainqueur continental du congrès de Vienne : elle étend sa souveraineté directe ou indirecte sur une partie de l’Europe continentale

 

C’est une carte nouvelle qui a pour particularité de ne pas tenir compte des fameuses nations qui avaient été choyées d’une certaine manière par l’empire napoléonien, dont l’existence même était due à une idée qui avait germé pendant la Révolution française. La Pologne ainsi se trouve partagée entre trois empires : Prusse à l’ouest, Russie à l’est, et Autriche au sud.

 B. L’alliance des vainqueurs 

Ils s’entendent pour que cette domination sur l’Europe ne soit pas contestée, ils veulent éviter que la puissance française ressurgissent et vienne menacer leur domination. En effet, la France a fait très peur à ces monarchies européennes, et bien qu’effondrée elle continue de faire peur. Ses idées sont toujours combattues, jugées menaçantes. Les trois grands vainqueurs du continent, c’est-à-dire la Russie, la Prusse et l’Autriche où règnent trois empereurs qui se dénomment comme ça eux même concluent dès le 26 septembre 1815 ce qu’ils vont appeler eux même la « Sainte alliance ». C’est un traité entre les trois empereurs qui se fait sous le signe divin : ce qui est invoqué est « la très sainte et indivisible trinité ». Ils s’estiment membres de la même famille chrétienne malgré les différences (orthodoxes, protestants : Prusse, catholiques : Autriche). C’est plutôt une alliance symbolique entre les trois empereurs qui se jurent assistance en cas du retour du péril révolutionnaire.

Dans cette circonstance, les anglais ne sont pas très intéressés, mais signent pour avoir la paix sur le continent. Cette quadruple alliance est signée le 20 novembre 1815. L’objectif est largement de surveiller la France. Il s’agit de surveiller la France « au cas ou les principes révolutionnaires pourraient encore déchirer la France et menacer ainsi le repos des autres Etats ». Le traité de la sainte alliance prévoit donc de réunir d’autres congrès dès qu’on sentirait une menace. Le champion de la réaction s’appelle Metternich, présentement chancelier d’Autriche entre 1815 et 1848, c’est-à-dire que la personne même de Metternich domine toute la période. « L’intérieur de tous les pays européens sans en excepter aucun est travaillé par une fièvre ardente, la guerre à mort entre les anciens et les nouveaux principes » (Metternich), nouveaux principes de la révolution et de l’empire. Les anciens principes sont ceux sur lesquels repose l’ordre traditionnel, monarchique, chrétien, en Europe.

Les congrès prévus par la Sainte alliance sont l’outil conçu contre l’agitation révolutionnaire au cas où elle reviendrait. Il y aura 6 congrès et aucun ne jouera un rôle important, il s’agissait de calmer l’agitation libérale.

En effet les nouveaux principes sont les principes libéraux, le libéralisme politique qui demande des libertés à la fois individuelles mais aussi pour les nations. Le libéralisme a une formule politique disponible pour régler le problème, ce que nous appelons la représentation nationale. Les théoriciens libéraux estiment qu’il faut que le plus grand nombre ait la parole, que le plus grand nombre puisse décider, et donc pour cela il faut se faire représenter par des députés et que ces députés prennent des décisions collectives. C’est le principe contraire de la monarchie absolue. L’agitation que l’on va observer dans le reste de l’Europe est surtout une agitation libérale.

 C. Les craquements de 1830 

Ce 19e siècle est marqué par une série de révolutions qui touche la France mais aussi une partie de l’Europe.

C’est d’abord l’indépendance de la Grèce. C’était en 1830 une province de l’empire ottoman. Il y a eu une première proclamation d’indépendance en 1822 puis des divisions entre les insurgés grecs pour éviter d’aller plus loin. Les facteurs qui poussent la Grèce à aller l’indépendance :

  • des éléments actifs à l’intérieur du territoire.
    • Ce sont d’abord les membres du clergé (territoire de religion chrétienne orthodoxe) alors que l’empire ottoman est plutôt dominé par l’islam. Il y a donc une résistance culturelle presque logique dans cette partie du monde.
    • Les commerçants actifs, au courant des autres activités de l’Europe, sont intéressé pour participer à ce mouvement.
    • Des insurgés plus populaires, des paysans, que l’on va appeler les « bandits patriotes ». ils sont prêts à prendre les armes pour l’idée d’une Grèce indépendante
  • Des facteurs externes,
    • c’est-à-dire que cette « cause grec » comme on l’a appelé à l’époque intéresse beaucoup en France, en Angleterre, où se développe ce qu’on appellera un « philhellénisme ».
    • c’est également une grande cause du mouvement romantique, et les romantiques s’enflamment pour la cause de l’indépendance grecque. Exemple, le poète britannique Byron combat en Grèce en 1824 contre les turcs. Le peintre français Delacroix peint un tableau qui va beaucoup contribuer à la popularisation de la cause grecque : Le massacre de Chio.
    • Les anglais contrôlent la méditerranée et veulent en garder le contrôle. A l’issu d’une conférence, en 1830 la Grèce moderne devient indépendante

 

La révolution de 1830 en France marque de manière sensible l’évolution politique du pays. C’est la première fois qu’elle enregistre une révolution depuis les années de 1789. La révolution se fait contre Charles X, frère de Louis 18. Il est un roi ultra, nostalgique de l’Ancien Régime, sur le trône français depuis 6 ans. Il ne peut pas empêcher une certaine évolution libérale. La chambre est plutôt dominée par des libéraux. Charles X se heurte à l’opposition de cette chambre libérale et essaye de s’en débarrasser, mais c’est lui qui va devoir partir.

C’est le début de la conquête de l’Algérie, pays qui relevait de l’empire ottoman. En 1825 un représentant français s’accroche avec le dey d’Alger et qui, excédé par son comportement, lui a donné un coup d’éventail. Ca sert de prétexte à Charles X pour déclencher la c7onquête. Une petite conquête coloniale renforcerait son prestige. En juillet 1830, le 26 précisément, Charles X dissout la chambre et fait publier un certain nombre d’ordonnances notamment concernant la presse. Une insurrection dure trois jours, « les trois glorieuses » 27, 28 et 29 juillet 1830. Le 9 août 1830 doit abdiquer. C’est l’autre famille, les Orléans, qui accède au pouvoir, avec Louis Philippe D’Orléans, bcp plus libéraux. C’est la monarchie de Juillet, en place jusqu’en 1848.

La révolution de 1830 fait l’effet d’un choc dans le reste de l’Europe, et on pourrait se croire à nouveau dans la période 1789-1792. L’indépendance de la Grèce précède la révolution de juillet 1830 mais cette dernière à des effets dans un certain nombre de pays voisins. La Belgique n’existait pas, mais les belges relevaient du royaume des Pays-Bas. Les belges francophones, (aujourd’hui les wallons) sont à l’écoute de ce qui se passait à Paris. D’une certaine manière par mimétisme cette minorité déclenche une insurrection à Bruxelles le 25 août 1830. Cette insurrection est très violente : quatre journées d’émeutes dans Bruxelles qui se terminent par une négociation contrainte avec le roi de Hollande. Le 4 octobre 1830, la Belgique devient indépendante avec une constitution qui garantie cette indépendance.

D’autres pays sont secoués par les effets de cette révolution de 1830 à Paris, surtout la Pologne. Elle est depuis le grand duché de Varsovie très à l’écoute de ce qui se passe en France. Elle se révolte le 29 novembre 1830 contre les russes.

Il faut noter enfin quelques troubles en Allemagne, en septembre 1830, et quelques troubles en Italie centrale et aussi quelques mouvements dans les Balkans du coté de la Serbie.

 §II. La recomposition (1848-1871)

A. L’onde de choc de 1848 

Il y a une deuxième grande révolution en France en 1848. L’Europe est verrouillée par de vieilles monarchies (Berlin, Rome, Saint-Pétersbourg) alors que les revendications nationales et libérales sont de plus en plus fortes (et ça va ensemble). Une nation ne peut s’exprimer dans un empire essentiellement qu’en se dotant de principes libéraux. Le renouveau national est ainsi assez fort en Hongrie, qui est essentiellement la partie est de l’empire autrichien. Les hongrois sont un peuple très différent des allemands, leur langue est différente, la plaine hongroise est distincte du reste du territoire, et ils ont une forte tradition nationale avant d’avoir été dominé par les autrichiens. C’est 11 millions de hongrois aspirent à ce qu’on les reconnaisse comme hongrois. La noblesse hongroise s’appelle les Boyards.

D’autre part en Europe un certain développement économique est en train de se faire, c’est-à-dire les premiers changements et les premières crises liées à la révolution industrielle. Dans la crise on cherche toujours de nouvelles solutions et justement de nouvelles solutions libérales et nationales. De plus en plus d’exemples montrent que c’est possible :

  • la France, même si elle reste une monarchie
  • la Grèce
  • la Belgique

 

Un certain vent de libéralisme tend à encadrer l’Europe souterraine sous les vieilles monarchies. Les italiens sont particulièrement agités et ce qui met le feu aux poudres en Europe est la révolution de 1848 en France à nouveau. En 1848 en France, comme en 1830 de violentes manifestations, de barricades, des répressions, de la confrontation entre les ouvriers en arme et les soldats. Les plus grandes manifestations interviennent les 22 et 23 février 1848. Qu’est-ce qui motive cette insurrection ? Le raidissement du pouvoir de Louis Philippe de moins en moins libéral sur le plan politique et ne tolérant presque plus l’opposition libérale qui est en train de se développer.

La méthode à l’époque, puisqu’il y avait interdiction de réunion, était, pour les leaders libéraux, de se réunir autour de banquets ; le banquet est ainsi un prétexte à réunion. Une campagne des banquets se développe en France et sont autant de réunions politique cachées. Louis Philippe prend peur et interdit ces banquets. Il renvoie le chef du gouvernement, Guizot, qui avait autorisé ces banquets, et c’est cette interdiction qui met le feu aux poudres et déclenche l’émeute républicaine du 24 février. 52 morts à Paris. Lamartine est parmi ceux qui proclament la république et un gouvernement provisoire. La seconde république française est proclamée, et son écho est très fort en Europe.

Les répercussions de cette proclamation de la république en Europe vont être décisives. L’information circule à sa propre vitesse, c’est-à-dire celle des courriers à cheval. A peu près 2 ou 3 semaines plus tard, c’est la capitale de Vienne qui est en émeute le 13 mars. Le vieux Metternich qui dominait de sa personnalité est obligé de démissionner. La révolution de février en France a pour conséquence la révolution de mars en Autriche et la domination de Metternich elle même, personnage important dans le paysage allemand entraîne une série de révolution et touche la Hongrie, la Prusse avec Berlin et une semaine après Vienne bientôt l’Italie.

En Allemagne, les libéraux sont quasiment au pouvoir, ils font élire un parlement au suffrage universel au printemps et qui se réuni le 18 mai à Francfort, prend des initiatives aux conséquence importantes pour la suite. 580 députés sont réunis autour d’une question qui est précisément celle de l’Allemagne et de la nation allemande. Le débat qui hante l’Allemagne jusqu’à aujourd’hui est de savoir quel peut être le format de l’Allemagne, où il y a une population assez nombreuse qui parle allemand. Quelle est l’Allemagne que l’on peut faire ? Deux écoles discutent :

  • celle dite de la « petite Allemagne » qui prévoit ou qui aimerait réunir sous le même drapeau le pays allemand, Autriche non comprise
  • ceux qui estiment qu’il faut réunir tous les gens de langue allemande sous le même drapeau, ils sont partisans de la « grande Allemagne »

 

Le roi de Prusse s’engage en faveur d’une petite Allemagne par les recommandations des députés.

 B. Les pressions nationales et les nouveaux enjeux 

La pression des nations ou de l’idée de nation est en effet extrêmement vive dans toute l’Europe, et cela ne se fait que s’amplifier à l’intérieur et à l’extérieur des empires.

A l’intérieur des empires autrichiens, Vienne est de plus en plus confrontée à la diversité nationale, et il faut préciser que l’empire d’Autriche est un empire pluri national. Beaucoup des peuples se satisfont de moins en moins de la tutelle autrichienne, dont l’empire rassemble près de 35M habitants. Des histoires différentes se croisent, ainsi que des religions différentes. Le gouvernement de l’empire est une opération complexe et compliquée et malgré une certaine égalité des langues le compte n’est pas là entre les différentes composantes de l’empire.

L’ensemble de la péninsule balkanique est dominé par l’empire ottoman sauf la Grèce depuis 1830. L’empire ottoman, il y a beaucoup de peuples non turcs, non allemands, qui veulent relâcher la pression sur eux : slaves, bulgares, serbes. Cette pression des nations dans les Balkans crée des difficultés croissantes entre l’empire ottoman à l’est et l’empire autrichien au nord-ouest. Ces petites nations sont en gros prises en sandwich.

D’autre part, les aspirations de la Russie et des peuples qui sont autour de la Russie. D’une part la Russie est confrontée au réveil des nations qui sont à l’intérieur de l’empire (on dira par la suite que la Russie était « la prison des peuples »). Aspiration d’un certain nombre de nations dans la périphérie à l’indépendance. La Russie a ses intérêts stratégiques en particulier dans les Balkans : en effet la Russie n’a que peu de fenêtres maritimes : au nord la mer baltique et au sud la mer noire, mais toutes deux sont verrouillées par des détroits (Copenhague au nord, Constantinople au sud), et donc la politique extérieure de la Russie a toujours été de veiller à ce que ces fenêtres vers l’extérieur restent constamment ouverte et que personne ne puisse les fermer, ce qui veut dire une politique très actives dans les détroits. Le consul russe à Constantinople est très actif par exemple. Les ambitions russes également concernent en Palestine les fameux lieux saints.

Pas mal de nations aimeraient se voir indépendantes et croisent les intérêts des empires de façon contradictoires.

A cela il faut ajouter la politique française et en particulier la politique de l’empereur Napoléon III qui vient au pouvoir après 1848. Il est dans la droite ligne de Napoléon Ier et il encourage autant qu’il peut les nations. Napoléon III est l’amis des nations, et donc l’ennemi des têtes couronnées. C’est dans ce contexte qu’est créée la Roumanie, dont on a dit qu’il était partiellement dans l’empire d’Autriche. La Roumanie est une ancienne marche de l’empire romain. Napoléon III s’engage en faveur de la Roumanie jusqu’à conduire une guerre contre la Russie (guerre de Crimée), avec en particulier la ville de Sébastopol. On retrouve les ambitions françaises. La guerre[1] dure 2 ans pratiquement entre 1854 et 1856, les enjeux sont régionaux et concernent la Roumanie. La guerre de Crimée se termine par un congrès international à Paris, sorte de revanche du congrès de vienne.

---[ mercredi 21 février 2007 ]---

Dans la partie centrale, c’est l’Autriche qui domine l’ensemble de ces territoires. Les autrichiens possèdent l’énorme empire d’Autriche, les pays allemand au nord et dominent aussi la péninsule italienne. Il y a eu des craquements en 1830 et d’autres plus importants en 1848. Lorsque le verrou Metternich saute, tout le monde se réjouit et l’ensemble de l’Europe centrale en vit les conséquences.

Structure plurinationale (à défaut d’être multinationale), les 35 millions d’habitants parlent des langues différentes. L’administration de l’empire d’Autriche se veut relativement égalitaire sur le plan culturel. Une partie est allemande, il y a des tchèques, des slovaques.

Il faut noter aussi le déclin de l’empire ottoman. C’est précisément par les Balkans que l’empire ottoman va reculer et bientôt d’une certaine manière disparaître.

Les ambitions russes sont à la fois des ambitions sur les populations slaves mais dans les Balkans et au sud est, les bulgares sont aussi des slaves. Mouvement trans-slaviste, idée assez forte, dans les Balkans.

Napoléon III, neveu du précédent, entretien la flamme bonapartiste en France et lors de la révolution de 1848 il se présente aux élections prévues pour élire un Président de la République. La République se dote d’une constitution et pour la première fois on élit le président au suffrage universel. Louis-Napoléon Bonaparte se présente et c’est lui qui est élu à une large majorité (en effet la France est rural et le courant républicain s’était développé dans les villes). Les campagnes ont voté pour le nom de Bonaparte. Bonaparte avait un mandat de 4 ans non renouvelable. Il a tout fait une fois président pour modifier la constitution, et il a fait un coup d’Etat en 1851 et en 1852 il s’est fait sacrer empereur à son tour, reprenant la tradition bonapartiste.

Napoléon III se veut fidèle à l’héritage de l’empire donc à l’idéal de Révolution française, et il développe une politique intéressante/audacieuse dans pas mal de domaine et aussi dans les relations internationales. Il se fait le défenseur des nationalités en Europe. Deuxième cas qui explique l’apparition de cette Europe des nations.

La Roumanie à l’époque. Il existait deux principautés : la Moldavie, et la Valachie. Les deux étaient assez vulnérables face aux grandes puissances qui étaient à côté.Napoléon II va les aider. L’empire romain n’avait jamais été au-delà du Danube, et le mot « Roumanie » avait disparu. Quelques autres roumains sont en Transylvanie, c’est-à-dire à l’intérieur de la Hongrie. Ces principautés de Moldavie et Valachie sont au milieu et une guerre franco-russe se développe : la guerre de Crimée. Les russes avaient un gros problème avec les lieux saints (Jérusalem) et à l’origine c’était les français qui en avaient la protection. La guerre de Crimée est restée célèbre pour plusieurs raisons (Sébastopol, Alma). La France s’impose dans cette guerre entre 1854 et 1856, non sans difficulté. Pour en sortir et régler le problème des provinces danubiennes, Napoléon III convoque le congrès de Paris.

C’est le premier grand congrès depuis le congrès de Vienne de 1815, el Congrès de Paris,  et il marque un retour visible, appuyé, de la France sur la scène internationale ; il se déroule du 23 février au 16 avril 1856, dans la foulée de la guerre de Crimée. Napoléon III vient de faire aménager le Quai d’Orsay, en 1856 le congrès de Paris se tient au quai d’Orsay. Participent à ce congrès : Angleterre, Russie, Autriche, Turquie, et aussi le royaume de Piémont Sardaigne.

Le traité de Paris, signé le 30 mars 1856, qui conclu ce congrès débouche sur des résultats à premières vue pas aussi spectaculaire que le congrès de vienne. L’empire ottoman voit son intégrité territoriale garantie, car l’Autriche ne voulait pas se mettre mal avec son voisin ottoman. Les provinces danubiennes sont autonomes et on parle pour la première fois d’une Roumanie. Elle réunit les deux principautés de Moldavie et Valachie sur la rive Nord du Danube. C’est à ce congrès de Paris également que Cabour, premier ministre de Sardaigne, parle pour la première fois aussi de l’unité italienne.

 C. La puissance autrichienne en question 

Elle est en question à la fois dehors et dedans.

Dehors, à la fois au nord (coté allemand) et au sud (coté italien). A l’intérieur même de l’empire, du coté en particulier de la hongrie.

On est dans la période de l’empire de Napoléon III et apparaissent l’unification italienne et l’unification allemande. Ces deux unifications ont des points communs : on a le sentiment national très fort dans les deux cas, et dans les deux cas un Etat (piémont en Italie, Prusse en Allemagne) qui est leader dans cette unification. On a aussi des acteurs extérieurs, comme l’Autriche contre qui se fait cette unification, et aussi comme la France qui éventuellement soutiennent cette unification (plutôt vers l’Italie que l’Allemagne).

Avec l’Italie, elle avait de nouvelles frontières au congrès de vienne mais cela ne satisfaisait pas les italiens du nord, plus dynamique, où se développent une bourgeoisie industrielle et une aristocratie foncière qui n’aime pas beaucoup les autrichiens. Il y a de quoi fonder une fierté nationale. Tous les italiens parlent la même langue essentiellement, même s’il y a des différences entre nord, centre, et sud. on partage la même antipathie pour l’autrichien, en particulier au nord. Du coup on va avoir un mouvement progressif d’éveil national en Italie qui passe d’ailleurs par un certain nombre d’opération culturelle, voire artistique : utilisation de l’opéra (Verdi est l’exemple même de cette dimension culturelle du nationalisme italien). D’ailleurs, les lettres VERDI = Victor Emmanuel Roi d’Italie.

Le pays candidat à l’unification de l’Italie est le royaume de Piémont Sardaigne. C’est un Etat qui d’une part à l’ouest touche aux alpes (Turin est la capitale du Piémont), c’est une région active et dynamique sur le plan économique : elle touche la France, et elle a des relations commerciales privilégiées avec l’Europe rhénane. Le Piémont affiche des idées très libérales : c’est une monarchie constitutionnelle. Sur le plan économique, libérale aussi : les premières initiatives commencent à apparaître et feront de l’Italie un pays industriel par la suite. A coté de ce territoire, la présence de la Sardaigne.

Cabour, premier ministre de ce royaume de Piémont, du roi Victor Emmanuel II. Cabour est né en 1810 et meurt en 1861. Le piémont est proche de la France et a comme adversaire potentiel l’Autriche. C’est donc presque naturellement que le piémont se tourne envers la France pour l’aider à réaliser des ambitions nationales, c’est-à-dire propulser à la fois l’idée et la matérialité d’une unité italienne. Ce soutien français contre les autrichiens est négocié par Napoléon III, c’est ce qui se passe à l’entrevue de Plombières (1858) (ville d’eau des Vosges) : Cabour y rencontre Napoléon III. On échange le soutien militaire français dans un conflit possible contre l’Autriche et en échange la France obtient des territoires que va lui laisser le Piémont. C’est pour cette raison que la Savoie devient française et que le comté de Nice devient également français. Napoléon III va entrer en campagne en Italie du nord, en 1859.

Dès 1859 Napoléon III, comme son oncle, engage une campagne d’Italie. Il se déplace avec ses troupes en Italie du nord où naturellement l’armée autrichienne s’interpose au bout d’un certain temps. Une bataille s’annonce, la bataille de Solferino, et cette bataille est gagnée par Napoléon III et les troupes piémontaises. Apparition de la Croix Rouge pour soigner les blessés de guerre. La bataille donne la possibilité au Piémont de se débarrasser de la tutelle autrichienne qui de ce fait ne peut que renoncer à une partie de son influence en Italie. La France est d’accord avec Cabour et Victor Emmanuel II pour que Turin entreprenne l’annexion de l’Italie centrale.

Napoléon III a pourtant un petit souci avec le pape, lequel a ses propres Etats. La France étant catholique, on ne gouverne pas la France sans un minimum de bénédiction du pape. Napoléon III dit d’accord au Piémont mais s’empresse d’envoyer une division militaire à Rome pour protéger le pape d’éventuels débordements. Là-dessus l’unification italienne se complique un peu en ce sens qu’à côté de ces forces traditionnelles que sont le Piémont, Cabour etc., un groupe de révolutionnaire mené par Garibaldi lance lui même une expédition vers l’Italie avec le même objectif : libération, révolution. Les deux finissent par s’entendre, c’est fait dans une entrevue le 4 mars 1861 dans le centre de l’Italie après que Victor Emmanuel II a rencontré Garibaldi : un royaume d’Italie est proclamé. Celui-ci ne comprend pas les Etats du pape mais toute l’Italie du nord et ce qu’était l’ancien royaume de Naples (c’est-à-dire les deux Siciles). Neuf ans plus tard, l’Italie annexe Rome (vers 1870-1871).un enouvelle bataille en venecie contre les autrichiens (sadova)pour nles posuser na lacher prise.

En Allemagne au même moment. Le contexte est à la fois le même et différent. On parle allemand, on est dans l’Europe du nord. Une autre particularité c’est que l’Etat qui est candidat à faire l’unité allemande apparaît plus puissant que l’Etat piémontais : c’est la Prusse. Elle apparaît en deux ensembles territoriaux au nord de la Prusse (dont la Ruhr). En 1815 s’était constitué dans le nord de cette Autriche une confédération germanique qui était conjointement dominé par Berlin et par Vienne (Prusse et Autriche donc). Les allemands, à qui l’empire napoléonien avait donné quelques idées, mettent un premier pas dans l’unification de l’Allemagne. L’idée est de créer une zone de libre échange entre les Etats allemands (Zollverein) qui regroupe 25 Etats à partir de 1835 et environ 26 millions d’habitants. L’Allemagne du sud n’adhère pas à cette idée de Zollverein et à une possible unification de l’Allemagne, en particulier la Bavière (catholique) se sent plus proche de l’Autriche. En 1848 se pose la question de faire un Etat allemand avec cette ligne de fracture entre nord et sud (opposition entre grande Allemagne et petite Allemagne, voire plus haut).

L’homme qu’il faut connaître pour l’Allemagne est Otto von Bismarck, né en 1815 et meurt en 1898. Il est très pro prussien, fils de militaire, gentilhomme campagnard. Aristocrate, il est aussi – comme c’est souvent le cas à l’époque – diplomate : ambassadeur à Saint-Pétersbourg, et un peu après ambassadeur à Paris. Il est ensuite le chef du gouvernement (le chancelier) prussien sous un empereur : Guillaume Ier, lequel règne entre 1862 et 1888. L’homme de l’unification allemande est Bismarck. Il passe là aussi par un conflit avec l’Autriche. Cette Allemagne du nord déjà organisée par le Zollverein entre en guerre contre l’Autriche en 1866, cette fois les français ne sont pas dans le coup. Les prussiens gagnent une victoire décisive, rapide (bataille de Sadowa). En 1866, l’unité allemande fait un premier pas avec la création de la confédération d’Allemagne du nord et sans le sud toujours et en particulier sans la Bavière.

Non seulement la France ne participe pas mais elle va servir d’épouvantail pour parracher l’unité allemande. Après une sombre histoire de succession en Espagne, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse et perd à Sedan : les troupes françaises se trouvent encerclées et l’empereur doit se rendre à l’armée prussienne. Le prestige que Napoléon III avait voulu donner à la France du second empire tombe d’un coup. La France du nord est occupée militairement, Paris est encerclé (naissance de la commune de Paris, 3eme épisode révolutionnaire du 19e siècle). L’empire disparaît, la troisième République va être construite, mais en attendant l’unification allemande se fait car dans cette adversité qui oppose l’Allemagne et la France construite par Bismarck, les Etats du sud enfin se rangent sous la bannière de Berlin. Deux territoires français sont annexés (Alsace Lorraine) et ces deux territoires ne vont pas être intégré allemand où à un autre mais vont être déclaré « terre d’empire », c’est-à-dire qu’ils appartiennent à tout le monde. La proclamation de l’empire allemand se fait à Versailles par Guillaume 1er et Bismarck. La paix de Francfort établi la suite des relations entre la France et l’Allemagne unifiée.

L’Allemagne et l’Italie se débarrassent du joug autrichien en s’unifiant. Quid de l’Autriche ? elle est minée aussi par des problème de ce type et en particulier entre la partie ouest dominée par l’Autriche proprement dite et la partie est dominée par la hongrie. Les hongrois se sentent poussé par ce que font les italiens et les allemands. C’est ce qui se fait partiellement avec l’établissement d’une « double monarchie » austro-hongroise après 1867 (naissance de l’empire d’Autriche-hongrie), la coupure se fait autour d’un cours d’eau : Leithanie. On distingue donc une Cisleithanie à l’ouest et de l’autre côté une transleithanie. En gros la Cisleithanie est la partie autrichienne, la Transleithanie est la partie hongroise. Les deux se partagent les autres minorités. En Cisleithanie : 33% d’autrichiens, 22% de tchèques, 15% de polonais, 12% d’ukrainien, etc. Ensemble plurinational donc. En Transleithanie, nette majorité de hongrois : 54%, 17% de roumains, et notamment des slovaques qui sont 11%, etc.

L’empire austro-hongrois est une sorte de fédération. Les hongrois comme les autrichiens ont une sorte d’autonomie interne, c’est-à-dire un parlement. Ils élisent les députés et tout ce qui relève de l’intérieur dépend de ce parlement. La Cisleithanie et la Transleithanie partagent le même pouvoir central qui est entre les mains de l’empereur François-Joseph. La politique extérieure en particulier et la conduite générale de l’Etat reste entre les mains de vienne, c’est-à-dire aux mains de la dynastie des Habsbourg.

Cette partie centrale de l’Europe dominée par l’Autriche ne l’est plus et même l’empire d’Autriche à du se scinder en deux.

 §III. Le nouvel équilibre européen (1871-1914)

A. Les facteurs de tension et d’équilibre 

C’est d’abord l’apparition de nouveaux Etats en particulier dans les Balkans. 1877 : reconnaissance d’une indépendance totale de la Serbie. C’est une vieille principauté médiévale longtemps ballottée entre l’Autriche, la Turquie, et qui en particulier garde intacte dans sa mémoire collective la bataille du Kosovo que les serbes perdent en 1389. La Serbie doit prêter allégeance à des nations plus puissantes, elle est également secouée par d’importantes querelles dynastiques : deux familles régnantes qui ne s’apprécient pas beaucoup – c’est peu dire – alternent au pouvoir. La première constitution est rédigée en 1839. A partir de là il y aura plusieurs autres constitutions jusqu’à celle de 1901 qui apparaîtra comme plus définitive. La Serbie suit de très près ce qui se passe en Europe occidentale et en particulier en France. En 1844 la Serbie adopte le Code Civil. La Serbie tente de se rapprocher de la France (Napoléon III, l’homme des nationalités), qui effectivement compte pas mal d’amis dans cette partie de l’Europe : Roumains, Serbes. La Serbie a des ambitions irrédentistes (rassembler des territoires proches qu’il estime être sien).

Un petit Etat apparaît aussi : la Bosnie-Herzégovine. C’est un lieu important dans la mesure où c’est en partie autour de ce territoire que la Première Guerre Mondiale va se dérouler. Sa capitale est Sarajevo, et est turc jusqu’en 1878. Ce tournant de 1878 marque le congrès de Berlin. En particulier les serbes se soulèvent contre les turcs en 1875 et se prépare une nouvelle Europe des Balkans, une nouvelle redistribution politique dans cette partie de l’Europe.

Le grand moment diplomatique sera le congrès de Berlin qui se réunit en 1878. Le congrès de Berlin dure un mois entre le 13 juin et le 13 juillet 1878, sous la présidence de Bismarck. Pourquoi est ce que le congrès de Berlin avait été convoqué ? pour mettre de l’ordre dans un certain nombre d’arrangements, petits traités, qui avaient été conclus dans la région entre la Turquie et la Russie en particulier, lesquels avaient donné un certain nombre d’avantages aux slaves des Balkans et qui avait donné l’île de chypre à l’Angleterre. On retrouve les mêmes grands pays du précédent congrès : Angleterre, Empire Ottoman, Italie, Allemagne, Russie, etc. L’indépendance de quelques pays est reconnue officiellement : la Roumanie, la Serbie, le Monténégro, la Bulgarie et Bosnie Herzegovine. L’Autriche-Hongrie obtient d’occuper à titre provisoire un petit passage qui relie la Bosnie Herzégovine aux territoires de l’est. Ce petit territoire est appelé le Novibazar, qui s’intercale entre Serbie et monténégro. L’Autriche l’occupe jusqu’en 1908 date à laquelle elle décide de l’annexer. C’est un des éléments qui fait monter les tensions dans cette partie des Balkans. Accessoirement le congrès de Berlin reconnaît toujours à la France la protection des lieux saints et à l’Angleterre l’île de Chypre qui devient officiellement britannique le 4 juin 1878.

Ce nouvel équilibre européen est accepté.

 B. Les lézardes de l’empire austro hongrois 

En 1848 l’empereur François-Joseph monte sur le trône jusqu’en 1907. 1897 : assassinat de sa femme. François-Joseph apparaît comme un frein à l’évolution de l’empire austro-hongrois. Il doit faire face à la montée du nationalisme. Deux questions se pose à l’Autriche et à FJ :

  • la question tchécoslovaque
  • la question yougoslave.

Les yougoslaves, se développe une idée yougoslave, idée particulièrement développée en serbie, menaçant l’Autriche. Si la Croatie rejoint la Serbie dans la Yougoslavie, cela veut dire qu’elle se détache de l’Autriche.

La question tchécoslovaque ce sont les pays au nord de l’Autriche-Hongrie : les tchèques relevant de l’Autriche et les slovaques relevant de la partie hongroise. Il y a certaines similitudes entre eux sauf que les tchèques sont en pleine modernisation. Les tchèques autour de Prague : l’industrialisation commence ; la Slovaquie reste beaucoup plus rurale. Les slovaques autour de gens comme Masaryk et plus tard Benes (qui a vécu de 1884 à 1948).

Quel est le problème entre tchèque, hongrois, slovaques et yougoslave ? Ils veulent un empire. On étudie l’idée d’un empire à trois. La question yougoslave sera au cœur même du déclenchement de la guerre : réunir tous les slaves du sud dans un même Etat, or il y en a dans l’empire (les croates, les serbes qui sont un Etat indépendant). Si on fait une Yougoslavie c’est donc un démembrement de l’empire. Il y a donc l’idée d’une fédération à 3 ou à 4.

 C. Les nations périphériques 

Idée nationale se développe. Elle se développe en Pologne, elle ne cherche qu’à s’exprimer.

Il faut signaler le cas de quelques pays de cette zone externe à l’Europe et qui sont sensibles à ces évolutions nationales libérales décrites.

C’est d’une part en scandinavie. La Norvège, c’est-à-dire la partie ouest de la péninsule, qui devient petit à petit autonome et même indépendante en 1905 a l’amiable.

L’Irlande traverse autour de 1846-1848 une très grave crise économique et une famine terrible qui pousse une partie des irlandais à l’immigration (vers les Etats-Unis). Cette crise économique qui casse le développement irlandais va entraîner en Irlande la revendication d’une autonomie interne vis-à-vis de Londres. Il faudra longtemps pour que celle-ci soit reconnue et qu’un Etat irlandais existe.

La question de la Pologne, est toujours partagée en trois domination : les autrichiens au sud (Cracovie), à l’est (Varsovie) et au nord (Dantzig).

 

Conclusion

 

Cette confrontation a laquelle on assiste tout au long du siècle entre les anciens principes et les nouveaux principes est en faveur des nouveaux principes.

 Chapitre 3. Les nouveaux rapports de force (XIXe siècle) 

 Section 1. L’expansion européen ne 

---[ mercredi 28 février : prof absent ]---

---[ jeudi 1er mars 2007 ]---

Se déroule en même temps que les événements précédents

§I. Les conditions

A. Les facteurs techniques et économiques

Ce sont les plus familiers sans doute. Il y a d’abord les révolutions industrielles au 19e et qui pour dire les choses simplement correspondent à la naissance de la grande industrie. Rappelons à cet égard qu’on distingue deux révolutions industrielles :

  1. une première fondée sur l’industrie textile, la machine à vapeur, l’usage du charbon comme source d’énergie, la production de l’acier, le chemin de fer, etc. Témoin de cette révolution industrielle : la tour Eiffel construite en 1889
  2. c’est celle du pétrole qui apparaît à l’extrême fin du 19e siècle, de l’automobile qui utilise bien sur le pétrole comme carburant avec l’invention du moteur à explosion, et bien sur l’avion. Tout cela est au tournant du siècle donc un peu tardif par rapport aux éléments

 

Ces révolutions entretiennent une dynamique interne et aussi une dynamique externe, car pour faire tourner une grande industrie il faut des matières premières (coton pour le textile), il faut des marchés, c’est-à-dire des lieux des populations susceptibles d’acquérir les produits que l’on fabrique. Tout cela se fait dans une dynamique cohérente, dans une logique que l’on retrouve dans le chemin de fer. Il est peut être l’élément qui est central dans cette révolution industrielle, en ce sens qu’il nécessite beaucoup d’acier pour les rails et les produits et que son existence même entraîne des conséquence tout a fait importante dans la géographie des pays industriels.

Révolution des transports donc accompagnant les révolutions industrielles. Ça touche aussi les transports maritimes : en gros jusqu’aux années 1860, la navigation à voile domine mais demeure très aléatoire. Les choses vont changer avec l’invention de la machine à vapeur et l’invention de l’hélice, ce qui fait que les communications sont infiniment plus rapides, plus sures, notamment en terme de calendrier. Un courrier entre le Royaume-Uni et l’inde qui pouvait prendre jusqu’à 2 ou 3 ans aller/retour ne prend plus que 2 ou 3 mois.

Ce faisant ces nouveaux moyens de transports nécessitent une source d’énergie qui est le charbon et nécessite des ports un peu partout dans le monde. C’est cette recherche de ports qui va conduire aux premières implantations coloniales. Pour l’Asie on pense à Hong-Kong en 1842 ou à Saigon en 1858. On ajoute à cela l’ouverture de canaux internationaux qui accélèrent encore la circulation : 1869, ouverture du canal de suez. Précisons qu’aux Etats-Unis le premier chemin de fer transcontinental New York – San Francisco est également ouvert en 1869. Nous sommes à un tournant dans une première mondialisation qui va permettre cette expansion européenne.

Le décollage en terme économique des pays européens alimente bien sur cette extension européenne : accumulation de richesse, augmentation du niveau de vie. Par exemple entre les années 1850 et la veille de la Première Guerre Mondiale, l’indice du salaire réel sur une base 100 passe de 59 à 105. Il y a donc une différence très sensible, presque vertigineuse, entre l’évolution de la situation en Europe et le reste du monde. Bien sur le décollage est inégal, c’est l’Europe du nord ouest qui est la plus dynamique, la plus avantagée : Angleterre, Benelux, France du nord.

B. Le facteur démographique

L’Europe est en pleine transition démographique. L’ancien régime démographique se caractérise par une forte mortalité mais aussi une très forte natalité : beaucoup de naissance et beaucoup de décès en particulier en bas age. Le nouveau régime démographique se caractérise lui par un taux de mortalité beaucoup plus faible et une natalité également plus faible. Entre ces deux régimes démographiques, il y a la transition démographique, un moment qui pour la plupart des pays européens se situe dans la seconde moitié du 19e et qui est caractérisée à la fois par une baisse de la mortalité et par un maintien assez durable des fortes natalités, c’est-à-dire qu’il y a toujours beaucoup d’enfants par famille mais ces enfants vivent. C’est la grande différence avec avant. En conséquence, la population augmente de manière très spectaculaire. Quelques chiffres. Dans la France de 1789, il y a environ 936 000 décès dans l’année. Aujourd’hui avec une population trois fois plus nombreuse nous n’avons plus que 500 000 décès. Dans la France de 1789 on connaissait environ 1 million de naissance. Aujourd’hui pour une population trois fois plus nombreuse, on en enregistre à peu près 700 000. La population européenne pèse de plus en plus dans la population mondiale. Elle passe d’environ 20,6% en 1800 à 24,9% en 1900. On a donc une croissance relative importante de la population européenne.

Transition démographique

Les rythmes ne sont pas les mêmes selon les population européennes concernées. Ceux qui entrent les premiers dans la transition démographique sont les pays d’Europe du nord. L’Angleterre au XIXe siècle voit sa population multipliée par de 2,5, c’est-à-dire qu’elle a fait plus que doubler. L’Allemagne également est dans la même dynamique. Ensuite dans un deuxième temps l’Europe du sud, c’est-à-dire l’Italie, l’Espagne, dont la croissance est également réelle mais plus tardive. Entre les deux il y a la France qui, s’est un problème historique, connaît une croissance relativement faible comme si son élan démographique avait été brisé au début du XIXe siècle. La population se multiplie par 1,5 dans la même période.

Ce surcroît de population entraîne des déplacements de population, qui se combinent avec la croissance économique. A l’intérieur du pays, cela signifie exode rural, départ de jeunes paysans sans emploi vers des régions minières, industrielle ; développement des villes. A l’extérieur cela correspond à des départs comme s’il y avait un trop plein de population en Europe. C’est particulièrement vrai dans les îles britanniques dont on a dit la précocité de la révolution démographique. Ceci entraîne également des inégalités sociales très forte, ajoutons à cela la crise irlandaise à la veille de 1848. Beaucoup d’anglais et d’irlandais partent, encouragés souvent par leurs gouvernements, et c’est ainsi qu’est peuplée l’Amérique du nord, où les Etats-Unis qui existent déjà accueillent ces populations par millions. Chaque année au tournant du siècle il y avait 1 à 2 millions d’immigrants aux Etats-Unis. Pour faire court, aujourd’hui l’Europe se pose des problèmes d’immigration, à l’époque c’est elle qui envoyait des populations. A la différence d’aujourd’hui il y avait une terre d’accueil.

Cette population européenne va vers l’Amérique du nord, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Argentine, et donc ajoute à cette expansion européenne une expansion des hommes, de la population européenne dans certains pays qui deviennent des populations européennes.

C. La volonté politique : le cas de la France

C’est comme si Les rapports de force qui existent en Europe à la même époque s’exportaient dans le monde. C’est justement un peu le cas avec la France. Le positionnement de la France en Europe a beaucoup souffert des guerres napoléoniennes. Et la rivalité, on le sait, est ancienne avec l’Angleterre. Et donc une bonne partie de la volonté française de conquête coloniale, c’est surtout un souci de ne pas laisser le monde à l’Angleterre. Il y a concurrence, compétition, en Afrique et en Asie en particulier. Nous verrons que cela produit parfois des crises qui plongent les deux pays parfois au bord de la guerre.

Après 1870, il y a une concurrence nouvelle aussi avec l’Allemagne. La paix de Francfort qui détermine les conditions de l’après guerre est signée le 18 mai 1871, et la France en particulier doit à la Prusse (désormais appelée Allemagne puisque récemment unifiée) une indemnité de 5 milliards de francs. C’est la règle : le pays vaincu doit payer.

Pour retrouver la puissance face à l’Allemagne, on pouvait toujours essayer de faire une armée et de s’attaquer directement à l’Allemagne : cette idée avait ses partisans qui avaient les yeux fixés sur « la ligne bleue des Vosges ». D’autres avaient un calcul différent en pensant qu’on pouvait en imposer à l’Allemagne en développant un empire colonial, une expansion mondiale, c’est-à-dire développer une puissance quasi-planétaire.

La France avait déjà à cette date des positions non négligeables : les Antilles depuis le XVIe siècle (mais elles ne sont pas stratégiques si l’on peut dire), quelques têtes de pont en Algérie depuis 1830, une petite tête de pont au Sénégal (dans les années 1850) et également en Cochinchine (autour du port de Saigon en 1863). L’idée est de s’accrocher à ces points et aller plus loin dans les terres

Il n’en reste pas moins que cette conquête coloniale en France a été l’objet d’un débat constant : il y ceux qui sont partisans de cette expansion et ceux qui s’opposent. Il y a des pros et des anti-colonialistes. Cela produit des débats importants à l’assemblée nationale, en particulier en juillet 1885 quand s’oppose Jules Ferry et son adversaire Clemenceau qui lui s’oppose à cette conquête coloniale. C’est à l’occasion de ce débat en particulier du 28 juillet 1885 que Jules Ferry prononce un discours qui va rester comme une sorte de manifeste des partisans de la conquête coloniale. C’est un débat qui se déroule à propos d’une affaire du Tonkin (actuel nord du Vietnam). Ferry était président du conseil sortant, il ne l’est plus, et a donc la parole assez libre : il développe une argumentation en trois point pour justifier l’expansion :

  1. trouver des débouchés pour la population européenne
  2. il dit très clairement que l’Europe qui se construit une industrie a besoin de ressources et de débouchés, et on ne peut les trouver que dans le reste du monde
  3. et puis il y a un troisième argument qu’aujourd’hui il faut manier avec prudence : « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Le mot race était utilisé plutôt dans le sens culture à l’époque (car le nazisme est passé par là depuis). Race doit se traduire par « civilisation » : ceci manifeste un sentiment de supériorité tout a fait réel, qui est l’arrière plan de cette colonisation.

 

Cette colonisation a des groupes de pression, qui s’appelle le parti colonial : ce n’est pas un parti politique mais un ensemble de gens influents qui penchent en direction de la conquête coloniale et qui s’expriment à travers un certain nombre de comités : comité d’Asie française, comité d’Afrique française, etc. On est bien dans un esprit de conquête.

§II. Les étapes de l’expansion

A. Une histoire ancienne

D’une certaine manière l’expansion européenne est une affaire ancienne. Commençons par l’Asie, puisque c’est là que ça a commencé. L’Europe n’a pas attendu le 19e pour partir à la conquête du monde. Il y a depuis le 16e siècle en particulier toute une aventure maritime qui s’est développée à partir de l’Europe en direction des terres les plus lointaines. Cette aventure maritime a d’abord été le fait des espagnoles et des portugais, pionniers en la matière, et dont les premières navigations (à voile bien sur) ont permis la découverte de l’Amérique. Colomb voulait contourner l’empire musulman et a buté sur une terre inconnue). Contournement de l’Afrique : Magellan.

Assez rapidement un premier partage du monde dès la fin du XVe entre espagnols et portugais. L’arbitre était le pape ; en gros à l’ouest de l’atlantique il y a les espagnols, à l’est de l’atlantique les portugais. Ce partage était essentiellement non pas un partage total mais un partage des navigations. Mais les empires espagnols et portugais vont conduire une bonne partie de la population : toute l’Amérique du sud est espagnole (sauf le Brésil portugais), une partie de l’Afrique, et une partie de l’Asie. Quand les français et les anglais se sont éveillés à la conquête colo au 19e, ils n’étaient pas les premiers.

Français et anglais au 18e s’intéressent en particulier à l’Amérique du nord, c’est-à-dire Canada et les futurs Etats-Unis. Dès la fin du 18e siècle, le continent américain est organisé en Etats qui portent la marque de l’Europe, même si certains Etats se sont rebellés contre la puissance coloniale, c’est-à-dire l’Angleterre. C’est dans le contexte de l’expansion démographique que ces Etats se sont peuplés.

L’Angleterre s’intéressait aussi à l’Inde (tout comme la France d’ailleurs) : les deux se sont battues militairement pour le contrôle de ces territoires, c’est-à-dire le Canada et l’Inde. On pouvait considérer la guerre de libération américaine de la fin du XVIIIe siècle comme une des causes de la révolution française dans le sens où elle avait pesé sur le budget royal. 25 ans avant 1789, c’était achevée la guerre de 7 Ans opposant l’Angleterre et la France à la fois en Europe et dans le monde ; celle-ci s’achève en 1763 et sanctionne l’échec français en particulier en Inde. La France doit laisser toute l’Angleterre sauf 5 comptoirs, le plus important étant Pondichéry ; la France doit laisser le Canada à l’Angleterre, en laissant une population : celle qui peuple aujourd’hui le Québec. Elle laisse le contrôle de ces Etats à l’Angleterre.

Que reste-t-il de ces premiers empires ? Il reste des comptoirs en inde et des îles qui sont toujours d’ailleurs des territoires européens aujourd’hui, en particulier français : Réunion, Antilles et Guyane sont des traces de ces premiers empire. La France en revanche a dû abandonner la Louisiane en Amérique du Nord. C’était un territoire complètement libre qui était aux mains de la France, revendu pour une poignée de dollars aux Etats-Unis.

Des autres empires, si l’on quitte l’empire français et anglais, il ne reste pas grand-chose. L’empire espagnol correspond à des pays qui se sont rendus indépendants au début du 19e siècle. C’est une des conséquences indirectes des guerres napoléoniennes : en effet les français ont occupé l’Espagne et le Portugal pour faire respecter le blocus continental, moyennant quoi les différentes colonies espagnoles et portugaises d’Amérique Latine se sont retrouvées privées de métropole et ont commencé à prendre l’indépendance : elle le sont devenues très rapidement après.

Il reste quelques points d’appui à l’Espagne jusqu’en 1898. A cette date l’Espagne, à la faveur d’une courte guerre contre les Etats-Unis, perd ses différents appuis coloniaux : c’est une guerre dont l’objectif était d’abord Cuba, mais aussi Hawaii ou aussi les Philippines (du nom de Philippe II roi d’Espagne). Il reste des colonies portugaise sen Afrique (Angola, Mozambique) : ce seront les dernières à devenir indépendantes pratiquement, dans les années 1970.  

B. L’attrait de l’Asie 

 

Dans cet attrait de l’Asie, il y a d’abord l’Inde. Elle est toujours un objectif important en Angleterre, les anglais se sont convaincus assez vide que l’Inde regorgeait de richesse : le coton indien alimente la révolution industrielle en Angleterre mais se forme assez vite l’idée d’une inde fabuleuse, source de richesses fabuleuse, dans laquelle il faut être. Par ailleurs l’Inde apparaît comme une base d’expansion pour aller plus loin : c’est la route des détroits qui conduisent au Pacifique ou à la Chine, ou un vieux trafic d’opium existe depuis longtemps. Il crée pas mal de problème avec la chine.

Sur cette route entre l’Inde et la Chine, apparaît un milieu d’exploration ou l’on recherche les voies d’accès vers la Chine suspectée d’entretenir d’énormes richesses. C’est cet attrait pour la chine, au-delà de la création du port de Saigon, qui explique l’implantation française en Cochinchine. Il y a donc une sorte de course au territoire et à l’influence qui conduit vers la chine. Dès le 13e siècle, les voyages de Marco Polo avaient popularisé une image très attractive de cet empire chinois. On connaissait aussi la route de la soie, route caravanière, qui traverse le continent, court à travers l’Asie centrale pour rejoindre la méditerranée orientale. Les portugais sont passés par là et s’installent à Mackau (a coté de Hong-Kong) et c’est resté portugais jusqu’en 1999.

Les moyens dont les européens disposent leur permettent d’imposer une présence en Chine inégalée. La date à retenir est celle de 1842 : c’est à cette date que se déroule ce que l’on a appelé la guerre de l’opium, au cours de laquelle les anglais imposent, les armes à la main, l’ouverture de la chine au commerce à la chine.

C. La course à l’Afrique

Là aussi elle part de base relativement anciennes. Ces positions anciennes sont des positions littorales, c’est-à-dire côtières pour l’Afrique. Les européens ont abordé l’Afrique par la mer et les portugais, en particulier, connaissent bien le secteur et depuis longtemps (XVIe siècle). Ils arpentent les cotes africaines, lesquelles sont bien connues des portugais. L’intérieur de l’Afrique est plutôt connu par les voyageurs musulmans.

La présence de la France, quant à elle, est plus récente, mais elle s’appuie sur quelques points qui sont des grands points. En résumant chronologiquement les choses, il y a d’abord eu l’Egypte du Général Bonaparte qui n’est pas resté longtemps. L’expédition en Egypte qu’il avait conduite avait emmené pas mal de savants et en particulier Champollion. Plus important sans doute est l’Algérie où la France est implantée depuis 1830 et, qu’à partir de la cote, elle commence à s’implanter bien sûr dans l’intérieur. Enfin Dakar et le Sénégal où la France installe un comptoir en 1858. Les anglais enfin sont également présents en Afrique, et la colonie du cap au sud est anglaise et c’est le congrès de vienne de 1815 qui reconnaît la souveraineté anglais sur cette colonie.

A partir de ces points d’appuis, l’Afrique de la seconde moitié du 19e siècle est parcourue par de multiples expéditions (de ceux que l’on appelle les explorateurs, les missionnaires). « La ruée vers l’Afrique » se fait à la fin du XIXe siècle, de la côte vers l’intérieur : c’est à celui qui pourra accaparer une partie du continent. C’est une course entre les pays européens, en particulier la France et l’Angleterre. Et même lorsque l’Allemagne voudra se lancer à son tour dans la conquête coloniale elle trouvera tout de même en Afrique quelques espaces où satisfaire cette ambition. C’est à qui se taillera le maximum de territoires en Afrique.

Il y a tout un travail de cartographie et tout un arbitrage des conflits qui s’opère, non pas entre les pays européens et les royaumes africains (car ils existent bien sur) mais ils sont faibles d’un point de vue militaire, souvent ne connaissent pas l’écriture et ne peuvent pas tenir le choc de ces pays du nord. L’Afrique est donc un enjeu entre les pays européens.

§III. Le partage du monde

A. Des empires planétaires

Ce partage du monde concerne essentiellement l’Asie et l’Afrique. Pour les raisons que l’on a indiqué précédemment, il n’y a plus grand-chose à faire en Amérique. De ce coté là en effet il y a en Amérique du Nord les Etats-Unis bien sûr qui s’agrandissent, ou plutôt dont la frontière (frontière humaine) s’étend progressivement vers le Pacifique. Mais les Etats-Unis sont un Etat fédéral indépendant et il ne peut plus s’agir d’aucune conquête nouvelle européenne.

Au Canada. Celui-ci est sous domination absolue anglaise, et le Canada va s’organiser. Au départ c’est un certain nombre de colonies différentes : ces colonies vont s’unir en un seul ensemble en 1867, et c’est à ce moment là qu’apparaît le terme de dominium pour ces colonies anglaises, qui sont de peuplement européen. Dominium pourrait se traduire par « puissance ».

L’Amérique du sud, ou ce que l’on appelle globalement l’Amérique Latine (Amérique du sud + Amérique centrale) est composée d’Etats indépendants. Les européens y sont présents par le commerce sans doute, mais politiquement les Etats-Unis depuis longtemps ont essayé de faire comprendre et avec un certain succès aux européens que c’était leur zone d’influence : c’est en particulier la doctrine développée par le président Monroe en 1823 : « l’Amérique aux américains ».

Ces empires planétaires, car il s’agit de cela, se sont construit hors continent américains. Celui-ci, par sa population et son découpage politique d’origine européenne, c’est le reste de la planète.

L’empire le plus vaste est donc l’empire britannique, celui sur lequel le soleil ne se couche jamais. En effet il comprend des colonies situées en Asie, des colonies situées en Afrique, sans compter ce qui lui reste en Amérique. Rien que sur l’Asie, toute une bonne partie de l’Asie du Sud est anglaise : nous sommes à la veille de 1914. Le lien entre les différentes parties de l’empire est la mer.

D’un point de vue géopolitique cependant cet empire britannique est centré sur l’inde : l’océan indien est un peu un océan britannique : au nord il y a ses Indes qui, pour les anglais, sont le cœur de l’empire. Ils considèrent l’inde comme une des bases de leur puissance au 19e siècle. A l’ouest de l’Inde, l’Afrique orientale (de l’ouest) est essentiellement aussi colonisée par les anglais. A l’est c’est la Malaisie, et l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ceci ne les empêche pas d’avoir d’autres possessions sur le continent américain.

L’empire français pour sa part est centré sur l’Afrique. Pourtant, l’Indochine française existe avec 5 pays : trois qui forment l’actuel Vietnam (au sud la Cochinchine, au centre l’Annam, et au nord le Tonkin) et puis deux autres qui sont le Laos et le Cambodge qui complètement le dispositif. En dehors de cet élément asiatique qui donne une dimension planétaire à l’empire, le gros est l’Afrique. Elle n’est pas, à la différence de ce que font les anglais, une colonie de peuplement, sauf partiellement l’Algérie.

L’Afrique se compose de deux territoires qui ont des statuts différents : les colonies et les protectorats. La colonie, pour dire les choses simplement, est un territoire qui est directement administré par la France, le territoire est considéré comme souveraineté française (c’était le cas en Asie de la Cochinchine, c’est le cas en Afrique de l’Algérie) : plus tard l’Algérie sera un département français. le protectorat fonctionne un peu autrement : est maintenu l’administration nationale, l’administration sortante (cas du Maroc et de la Tunisie) : elles gardent leur structure politique interne mais l’Etat est « protégé » par la France, c’est-à-dire que c’est la France qui s’occupe de la politique étrangère de ces pays et de leur défense, autant dire qu’ils sont effectivement dans l’empire mais ils gardent une autonomie de fonctionnement (la décolonisation de ces ays se fera de manière très différent selon qu’ils étaient colonie ou protectorat : dans les anciennes colo : guerre ; dans les anciens protectorats, ça c’est passé beaucoup plus simplement). Le débat est constant cependant en France pour savoir si ces colonies doivent être « assimilées » ou si l’on droit respecter les cultures des Etats de l’endroit.

Les autres empires, c’est notamment l’empire russe. Il est absolument gigantesque, continental, ils n’ont pas besoin de bateau pour aller d’un bout à l’autre de l’empire : de Moscou à Vladivostok, il faut une semaine de train quand on aura construit le transsibérien. C’est un empire continental qui n’en soumet pas moins des populations qui n’ont rien à voir avec les russes, comme les population d’Asie centrale, redevenues indépendantes depuis les années 1990. Dans le partage du monde, les frontières de ces empires sont toujours des lieux de tensions, et en particulier les frontières de l’empire russe touchent les frontières de l’empire britannique. Les russes et les anglais n’ont aucune frontières communes sauf dans leurs empires : cela fait l’objet de négociations et parfois de conflits militaire. Au sud de l’empire russe : un petit couloir qui permet un passage vers l’Afghanistan à la chine. Ce couloir évite les contacts directs et des sources de tension, de guerre tout simplement. Ce petit couloir est toujours une excroissance de l’Afghanistan vers la chine.

 

On ne parle plus pratiquement en 1898 de l’empire espagnol. L’empire portugais demeure, notamment en Afrique et un petit peu en Asie. Deux empires récents essaient de se constituer : l’empire allemand. Les allemands sont venus très tard à la colonisation mais là aussi c’est un lien avec l’histoire européenne. L’unification allemande est récente, c’est un fait après 1870, tout comme l’unification italienne elle aussi récente. Il n’est pas surprenant de trouver après 1870 des allemands et des italiens qui cherchent aussi à se tailler une part du gâteau. Les allemands obtiennent quelques territoires en Afrique (là ou il y a de la place), également aussi dans le pacifique (mais c’est pas commode pour eux). Les italiens s’intéressent à l’Éthiopie dans la corne de l’Afrique dont ils essaieront de faire la conquête (défaite d’Adoua le 1er mars 1896, seule défaite européenne). Ils vont aussi en Libye.

B. Le partage territorial

En Afrique, en Asie, principalement toujours. Vers 1895, il n’y a pratiquement aucun africain qui existerait de manière indépendante sauf l’Éthiopie qui vient d’imposer une défaite à l’armée italienne et qui résiste à la conquête italienne. Egalement un petit Etat, le Libéria, qui est en fait curieusement dirigé par les retours d’anciens esclaves américains. Il y a quelques liens avec les Etats-Unis, ils sont indépendants sans l’être complètement.

Sur cette carte de l’Afrique il faut savoir qu’il y a eu un partage négocié entre les 2 puissances coloniales du moment, c’est-à-dire la France et l’Angleterre. Ce partage franco-anglais de l’Afrique a été négocié en 1890. En gros, l’Afrique de l’ouest est à la France, tout comme le nord. Cela ne va pas sans conflit, comme l’affaire de Fachoda en 1898 (du coté des frontières de l’Egypte et du soudan actuel). Une équipe française s’installe dans une zone qui n’état pas réservée à la France. L’expédition anglaise de Kitchener est beaucoup plus puissante que la colonne française de Marchand. Les deux restent face à face, personne ne voulant céder le terrain à l’autre : moment de très grande tension qui a failli déboucher sur une guerre entre Londres et Paris. Le lieu pour lequel on a le plus discuté est pour le Congo. L’administration a été confiée au roi des Belges.

Partage territorial également en Asie du Sud. C’est un véritable carrefour des civilisations, et nous y retrouvons pratiquement toutes les puissances européennes sauf l’Allemagne qui est arrivée trop tard pour pouvoir faire quelque chose. Le Siam, actuelle Thaïlande, échappera à la colonisation sous le fait de deux facteurs : (1) un facteur international (tampon entre les empires anglais et français) et 2) la classe politique thaïlandaise a su habilement garder sa position et garder son indépendance.

Certains pays gardent une indépendance quand même mais sont partagés en zone d’influence. C’est par exemple le cas du Siam mais aussi le cas de la Chine. Elle figurait souvent comme un énorme gâteau.

 C. Un croisement d’influences économiques et financières 

En quelques mots, indépendant du reste du monde, indépendant de la colonisation stricto sensu, l’expansion commerciale européenne est considérable. Il n’est plus question de traite d’esclave etc. : tout cela est oublié et surtout interdit. Mais le commerce mondial explose littéralement sur 50 ans entre eux les années 1830 et les années 1870. Ce commerce mondial est multiplié par 6, ce qui fait une croissance de près de 5% par an, ce qui est considérable. Toutes les grandes routes maritimes sont de plus en plus actives et là où il n’y a pas colonisation il y a concurrence commerciale, par exemple en Amérique du Sud, où les commerçants allemands et anglais sont en rivalités très forte. Un livre anglais stigmatise l’Allemagne : c’est le sens du livre Made in Germany, pour faire peur sur la montée en puissance de ce commerce allemand.

Sur la question des investissements, ils se font dans l’empire et en dehors de l’empire. Les anglais investissent beaucoup dans leur empire, les français non. Les capitaux anglais, français, allemands, se répartissent dans le reste du monde et en particulier par un moyen qui parait presque invisible : les emprunts d’Etat. Le monde entier se modernise, se couvre de chemins de fer, mais tout cela coûte très cher y compris pour l’empire russe qui est décalé par rapport à l’Angleterre et la France. Pour se moderniser, ces empires empruntent de l’argent aux banques européennes. Les pays européens sont dans le coup : c’est eux qui autorisent ces placements d’emprunts d’Etat sur leurs places boursières : la bourse de Londres, Berlin, Paris, est très recherchée. Le Maroc aussi développe beaucoup d’emprunts. Bien souvent c’est par le biais de ces emprunts que l’Europe va plus loin dans sa domination du monde. Un pays comme la Chine emprunte, donc elle a du mal à rembourser ses intérêts, donc on lui prête de l’argent pour qu’elle rembourse ses intérêts. Cercle vicieux.

Couverture du Petit Journal.
La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix.

 

Il y a un décalage fantastique entre la puissance d’un coté et la misère de l’autre. Bientôt l’Europe va s’embraser, ce sera la Première Guerre Mondiale.

Section 2. Le système européen et son évolution

---[ mercredi 7 mars 2007 ]---

Nous parlons de système à partir moment où les relations internationales ont pris un caractère systématique précisément et que toute évolution fait évoluer l’ensemble des relations. Le système européen actuel se résume à l’Union Européenne. Fin 19e il est conflictuel et oppose 2 parties de l’Europe : la question est de savoir comment ce système européen accouche de la Première Guerre Mondiale. C’est une question traditionnelle de l’histoire des relations internationales. Pierre Renouvin, que nous avons situé comme à l’origine de l’école française de l’histoire des relations internationales, a précisément commencé ses travaux sur l’examen de ces causes de la Première Guerre Mondiale. la Première Guerre Mondiale est un séisme à l’échelle des siècles, ces causes sont à trouver dans ce système européen du 19e siècle.

Entre les Etats européens et les alliances européennes, il y a bien sur des enjeux, lesquels sont nécessairement au cœur des relations internationales. Chaque pays suit la politique de ses propres intérêts, donc son en conflit avec d’autres pays : sur les mêmes problème l’ensemble des pays n’a pas la même vision. L’ensemble des conflits débouche sur 1914.

 §I. Une situation évolutive

A. Les Puissances 

Ce sont les acteurs de ces relations internationales : Allemagne, France, Angleterre, Russie, Autriche-Hongrie, Italie.

L’Angleterre. C’est la puissance des puissances au 19e siècle en Europe. Elle est sortie vainqueur des guerres napoléoniennes écartant la France de la course au développement industriel, provisoirement du moins. Elle a le plus grand empire colonial et sa domination est à la fois économique, maritime, impériale : c’est le pays qui effectivement domine la planète dans le courant du 19e siècle. C’est le lieu de la première révolution industrielle, l’Angleterre montre l’exemple de la machine à vapeur, du charbon, de l’industriel textile etc. Symbole de cette puissance : une femme, la reine Victoria (on parle d’Angleterre victorienne). Elle règne 64 ans et symbolise à elle seule l’Etat britannique dans cette période. Elle arrive sur le trône en 1837 en effet et y reste jusqu’en 1901. Elle est remplacée par Edouard VII en 1901 qui reste 9 ans sur le trône (1901-1910), puis Georges V.

L’Angleterre est la patrie du libéralisme en Europe, à la fois politique et économique : « laissez faire, laissez passer », telle est la doctrine. Pas de droit de douane aux frontières. Pour autant l’Angleterre a quand même quelques problèmes, à la fois dans les îles britanniques et dans l’empire.

Dans les îles britanniques, le problème majeur est celui de l’Irlande et de la revendication irlandaise : on n’ose pas trop parler d’indépendance mais au moins d’autonomie. La population irlandaise est différente de la population britannique, et se sent colonisée ; elle a de plus mal vécu la crise économique du milieu du 19ème siècle.

Dans l’empire, l’armée britannique a très mal affronté la guerre des Boers ( ??). Elle oppose l’empire colonial britannique installé en Afrique du sud et l’armée coloniale hollandaise. Il faut préciser rapidement que les anglais et hollandais se sont souvent rencontrés sur les mers : d’une manière générale les anglais se sont substitués aux allemands (Afrique du sud, Ceylan, Malaga en Indonésie). Ici cela conduit à un conflit sanglant particulièrement tragique.

Deuxième Puissance qui arrive tardivement et talonne l’Angleterre : l’Allemagne. Elle s’est unifiée dans la seconde moitié du siècle et qu’on peut parler de l’Allemagne au singulier à partir de 1870. C’est la puissance au plus fort dynamisme économique et démographique : ils sont environ 53,6 millions d’habitants en 1900. Ils occupent en Europe une position centrale bien sur, leur croissance industrielle s’appuie sur la Ruhr. Ils disposent d’une solide base pour une croissance industrielle et une forte volonté en matière économique, qui conduit en particulier à une certaine agressivité commerciale en Europe et dans le monde entier (cf. la tension entre les commerçants britanniques et allemands).

D’autre part les allemands sont d’autre part parvenus aux conquêtes coloniales aux endroits où les autres ne se sont pas encore servis. Même en chine l’Allemagne arrive à obtenir une zone d’influence dans le nord est du pays, et en Afrique quelques territoires (notamment en Afrique méridionale).

Du coté des dirigeants, il faut retenir deux empereurs qui se succèdent : Guillaume 1er, dont le chancelier était Bismarck. Bismarck reste chancelier jusqu’au moment ou le successeur de Guillaume 1er apparaît sur le trône : Guillaume II. Bismarck lui fait de l’ombre, et quitte la chancellerie en 1880.

La France de la troisième République. Un nationalisme toujours ombrageux, et en particulier des partis nationalistes de plus en plus actifs : les ligues apparaissent à la fin du siècle et certaines sont parfois à 2 doigts de menacer l’équilibre de la république. Cette république à ses scandales (affaire Dreyfus bien sur) et ses succès, comme quelque chose d’unique en Europe (loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905). Et la république, qui a perdu des territoires face à l’Allemagne, mais dont la dynamique impériale reste très forte. Dynamique impériale qui se résume dans une expression : « la plus grande France », c’est-à-dire la France elle même bien sûr, et son empire (lequel est essentiellement africain malgré des positions en Asie, c’est-à-dire en Indochine).

Sur le plan économique la France est un petit peu en retrait par rapport à la France et l’Angleterre mais va être le lieu des nouvelles transformations économique : le lieu de la seconde révolution industrielle, ce qui va lui assurer un dynamisme : moteur a explosion, voiture, avion, pétrole, électricité hydraulique. Sur ce plan la France est assez en pointe.

A l’inverse la Russie, dominée par l’agriculture et les grandes propriétés foncières, qui a cependant aboli le servage en 1858. Mal en a prit à Alexandre II puisqu’il est assassiné un peu après. Ensuite Alexandre III, puis Nicolas II, dernier tsar de Russie (1894-1917). Notons un accident politique important en Russie en 1904-1905, à la fois international et intérieur. Sur le plan extérieur : défaite militaire contre le japon (guerre sur terre mais surtout sur mer) première fois ou un pays asiatique imposait une défaite sur un pays blanc.

Sur l’Autriche-Hongrie : empire à dominante agraire à la différence des 3 du nord-ouest (Angleterre, Allemagne, France). Désir d’industrialisation, mais pesanteurs très fortes du coté des nationalités. La structure politique fait de plus en plus problème. En 1867 le partage entre une Autriche et une Hongrie s’opère et on parle de double monarchie à partir de ce moment là.

L’Italie : dominante agraire, malgré une petite industrie au nord. Trois rois considérés du Piémont : Victor Emmanuel II, remplacé par Humbert 1er, assassiné en 1900, remplacé par Victor Emmanuel III. Le problème qui se pose à l’Italie est le statut du pape : l’unification italienne s’était faite largement contre la volonté du pape et la volonté française (car celle-ci protégeait les intérêts de l’Etat de l’Eglise). Le problème est réglé à la fin des années 1920.

 B. L’héritage du congrès de Vienne 

L’idée est de s’assurer des alliés et de tout faire pour neutraliser la puissance que l’on considère menaçante. Au lendemain du congrès de Vienne c’est la capitale autrichienne qui est à la manœuvre et le chancelier Metternich. Cf. l’alliance des trois empereurs. Elle n’a pas disparu mais va être revitalisée non pas par vienne mais par Berlin. C’est Bismarck qui est cette fois à l’initiative et qui va construire un nouveau système d’alliance dont l’adversaire est clairement la France. Bismarck qui avait été ambassadeur à Saint-Pétersbourg et à Paris, a été chancelier pendant 28 (24 ??) ans (1862-1890, ??) et son obsession permanente est d’isoler la France : il considère la France révolutionnaire comme une réalité ; elle continue à faire peur, malgré le second empire et d’autres développement. Bismarck met au point « l’alliance des trois empereurs », sur le modèle de la Sainte-Alliance (dès le lendemain du congrès de vienne). Cette alliance donc relie la vieille Russie (capitale Saint-Pétersbourg), l’Autriche-Hongrie fragilisée, autour de Berlin. Notons que c’est une alliance triangulaire : d’une part entre l’Allemagne et la Russie (alliance militaire scellée en 1873) et d’autre part entre l’Autriche-Hongrie et la Russie (alliance politique principalement mais qui ne va pas sans jalousie).

A vraie dire cette alliance ne fonctionne pas bien et on le voit dans les crises franco-allemandes du milieu des 1870’s : la France se renforce, il y a à nouveau menace de guerre, et les empereurs ne s’entendent pas vraiment… les anglais jouant le rôle de modérateur. La politique britannique étrangère consiste toujours à cette époque à empêcher sur le continent la naissance d’une puissance. Les anglais s’associent à la puissance qui ne monte pas face à la puissance qui monte : politique d’équilibre européen, de neutralisation des puissances européennes par ce système.

Ainsi on a parlé du système bismarckien :

 C. Le système bismarckien 

Ce système bismarckien, premier système européen à fonctionner à nouveau, s’organise sur un front de tensions (cf. paragraphe 2), lesquelles se développement à la fois dans la péninsule des Balkans et également dans les empires où la France est en tension forte avec l’Angleterre, voire l’Allemagne. Ce front de tensions balkanique en particulier est lié à l’affaiblissement de l’empire ottoman et les progrès des petits royaumes chrétiens qui se constituent entre l’empire ottoman et l’empire d’Autriche-Hongrie. Principalement, la Roumanie se consolide (la France a joué un rôle dans sa création), la Serbie autour de Belgrade, ainsi que la Grèce plus au sud (indépendance un peu plus ancienne). Il a fallu des arbitrages et ce congrès de Berlin (juin 1878) pour codifier en quelque sorte ces nouvelles relations.

En fait ces alliances évoluent de manière un peu contradictoire :

L’alliance entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie se fait d’une certaine manière contre la France mais aussi contre la Russie, c’est en particulier la volonté autrichienne. Pourquoi contre la Russie ? Parce que l’Autriche considère la Russie comme un concurrent dans les Balkans. Les russes aiment entretenir et développer un certain trans-slavisme et l’Autriche redoute la désintégration. Le traité des trois empereurs tout de même prend vigueur, un nouveau traité signé en 1981 dont l’objectif final, stratégique, reste de neutraliser la France.

Mais finalement ce n’est pas cette alliance des trois empereurs qui va s’imposer mais une alliance un peu différente. L’Italie s’imbrique dans l’alliance des pays allemands. Pourquoi ? On retrouve-là aussi des tensions extérieures. Le roi Humbert s’inquiète des progrès de la France en méditerranée, et en particulier de l’établissement du protectorat français sur la Tunisie. L’Italie prend peur. Cette fois ce n’est pas la peur d’une France révolutionnaire mais d’une France impériale qui conduit l’Italie à se rapprocher de son vieil ennemi, l’Autriche-Hongrie d’une part et d’autre part de l’Allemagne. La Russie est laissée un peu de coté et on assiste à un revirement qui fait la Russie se marginaliser au profit de l’Italie. Dans les années 1880 on arrive à la triple alliance, non plus celle des trois empereurs, mais une alliance nouvelle entre l’ancienne grande puissance du continent et les deux nouveaux pays unifiés et potentiellement puissant que sont l’Allemagne au nord et l’Italie au sud. Le 20 mai 1882 : l’alliance est conclue, cette fois c’est une alliance durable car elle va rester solide, du moins en principe, pendant plus de trente ans.

 §II. Enjeux territoriaux

A. Les Balkans 

Le problème des Balkans est d’être une zone de fracture entre l’empire ottoman d’une part, l’Autriche-Hongrie d’autre part et enfin l’empire russe. Ce qui se passe dans les Balkans à cette époque conduit à un mot nouveau : la « balkanisation ». C’est justement ce qui caractérise la situation des Balkans dans la période qui nous intéresse. La situation des Balkans est à la fois une situation locale et une situation internationale.

Les données locales du problème. Tout d’abord L’affaiblissement de l’empire ottoman, que l’on nomme « l’homme malade de l’Europe », c’est un pays sur le déclin. C’est un pays qui a du concéder l’indépendance à plusieurs royaumes chrétiens : Grèce (1830), Roumanie (capitale Bucarest), Serbie (autour de Belgrade). Les indépendances sont reconnues par le congrès de Berlin de 1878. Les autres pays balkaniques ont parfois une définition difficile à présenter. Ce sont plus ou moins des royaumes indépendants ou des principautés indépendantes, mais qui ne le sont pas encore totalement. Ils paient tribut pour les uns à l’empire ottoman, pour les autres à l’Autriche-Hongrie. Ils sont partagés mais progressent et se renforcent.

Dans cette péninsule balkanique qui se constitue en Etats nouveaux en quelque sorte, la définition des frontières est quelque chose d’extrêmement délicate. En particulier autour d’une grande plaine assez riche sur le plan agricole, la Macédoine (devenue indépendante récemment). La frontière entre la Bulgarie et la Serbie reste une frontière incertaine où d’ailleurs les représentations de l’autre sont importantes. Sur les cartes Serbes, les bulgares sont des serbes ; sur les cartes bulgares, les serbes sont des bulgares. Ils parlent grosso modo la même langue mais ils ont une représentation de l’autre qui crée d’importantes différences. A cela on ajoute des différences de religion : dans la plupart des cas nous avons à faire à des peuples chrétiens, et dans la majeure partie des cas des chrétiens orthodoxes qui utilisent l’écriture cyrillique, mais aussi des musulmans notamment en Bosnie Herzégovine. Du temps de la domination ottomane elle avait choisit l’islam.

Les données internationales du problème. C’est que l’intérêt des Puissances est de se tailler des zones d’influence et, si l’on peut dire, se partager les dépouilles de l’empire ottoman. L’Autriche-Hongrie a obtenu au congrès de Berlin la Bosnie-Herzégovine qu’elle contrôle militairement et qu’elle décide d’annexer en 1908, date importante dans la marche à la guerre. D’autres peuples sont comme la Serbie aux frontières de l’Autriche, mais les cousins ou les frères jumeaux des serbes (c’est-à-dire les croates) sont dans l’Autriche : là aussi le serbo-croate est une langue quasi commune mais qui n’est pas écrite avec le même alphabet dans les deux pays, et les religions sont différentes : catholique en Croatie, orthodoxe en Serbie (religions à vérifier). La France pour sa part n’est pas absente du débat même si elle n’est pas frontalière. Elle est assez proche de la Roumanie (par origine, car c’est Napoléon III qui avait favorisé la création d’un Etat roumain), et elle est également proche de la Serbie. Quant à l’Angleterre, elle est assez implantée en Grèce mais c’est peut être dans l’immédiat moins important.

Cette balkanisation désigne une situation dans laquelle les petits Etats sont opposés les uns aux autres et que ces petits Etats eux même sont soutenus par des grandes puissances elles mêmes opposées les unes aux autres. Ca crée une situation assez complexe, sorte de sac de nœuds. C’est une situation très propice à l’éclatement de conflits militaires. C’est ce qui va se produire en effet.

L’Autriche-Hongrie prend une option forte sur les Balkans en organisant la Bosnie-Herzégovine, les guerres balkaniques marquent les années 1912 et 1913. Elles sont une sorte de préalable, répétition locale, à ce qui sera le début de la Première Guerre Mondiale.  Il y a deux guerres balkaniques :

  1. en 1912, la première. Est une avancée dans l’indépendance des pays balkaniques contre la Turquie. En bref les nouveaux Etats des Balkans plus ou moins indépendants, autonomes, se regroupent dans la ligue balkanique, qui regroupe pratiquement tous les pays balkaniques contre la Turquie. En octobre 1912 la ligue attaque la Turquie avec un certain succès : les armées turques doivent se replier vers le cœur de l’empire. Il y a des pourparlers à Londres qui permettent de découper des nouvelles frontières, mais celles-ci ne satisfont pas tous les pays qui ont fait cette guerre car il s’est agit de partager la macédoine. Et la Bulgarie n’est pas contente de son sort. Elle es retourne donc contre ses anciens alliés des pays balkaniques (c’est-à-dire la Serbie et les autres) pour une seconde guerre balkanique :
  2. elle se déroule dans l’été 1913 et se termine par un compromis internationalement signé.

 

Après ces 2 guerres le problème des Balkans se déplace en quelque sorte puisque l’empire ottoman est contraint de reculer. Il se déplace vers l’Autriche-Hongrie avec l’émergence de l(idée yougoslave. Comme il y avait une idée tchécoslovaque, l’idée yougoslave est l’idée de réunir dans un seul Etat plusieurs peuples yougoslaves (= slaves du sud), c’est-à-dire en particulier la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie (au moins ces trois là). Cette idée fédératrice peut aussi être interprétée comme un irrédentisme serbe, c’est-à-dire une volonté de rassembler autour de ses frontières.

L’Autriche-Hongrie voit cela d’un très mauvais œil et ça met le feu au poudre en 1914 : pour la réalisation de cette Yougoslavie, il faut démembrer l’Autriche-Hongrie, ce dont on ne veut pas entendre parler à Vienne évidemment. Croatie est en Autriche, Serbie est en dehors. C’est le problème balkanique majeur qui va rester pendant jusqu’en 1914.

 B. Les conflits coloniaux 

Donne des possibilités économiques qui sont au cœur des problèmes. Ces conflits coloniaux concernent principalement l’Afrique du nord, de l’Egypte au Maroc.

Il y a la Tunisie que les italiens considèrent comme étant presque un du, comme quelque chose qui a vocation à leur appartenir un jour mais qui relève de l’empire ottoman. La Tunisie est un motif important dans la diplomatique italienne : elle est tiraillée entre deux politiques étrangères, l’une tournée vers l’Europe, l’autre plutôt tournée vers la méditerranée (c’est encore vrai aujourd’hui). Là c’est le sud, c’est-à-dire la Tunisie, qui va amener l’Italie à s’allier avec l’ennemi d’hier, c’est-à-dire l’Autriche-Hongrie, et aussi avec l’Allemagne. La Tunisie voit la France s’y installer en 1881 (le 12 mai 1881 la France impose son protectorat, traité du Bardo). Evidemment l’Italie est très fâchée et derrière ce traité du Bardo et l’installation de la France (qui a déjà l’Algérie) en Tunisie, il y a un troc territorial entre l’Angleterre et la France, mais l’Italie n’en fait pas partie.

C’est avec la neutralité anglaise que la France s’installe en Tunisie. Ce troc est un troc d’influence (comme toujours à l’époque) entre l’Egypte et la Tunisie. L’Egypte, qui est dans la mouvance de l’empire ottoman aussi, mais ou la présence anglaise et français sont importante, précisément depuis 1869 (percement du canal de Suez). L’Egypte a besoin de beaucoup d’argents, et contracte des emprunts auprès des grandes banques européennes (paris, Londres, Berlin). La question a partir de là est qu’un prêt enchaîne ce pays, et le problème est de savoir in fine qui garde le contrôle de l’Egypte pour l’Angleterre et la France. C’est là qu’on négocie en coulisse et qu’est échangée en quelque sorte l’influence anglaise en Egypte contre l’influence française en Tunisie.

A l’autre bout du Maghreb se situe le Maroc. Il reste l’un des derniers pays non colonisé de l’Afrique. Le royaume est ancien et solide mais commence à être grignoté par la France par différent moyen, il garde cependant son autonomie, voire son indépendance. Cela dit là aussi le Maroc a besoin d’argent, et emprunte bien sur à Berlin, Paris, Londres. C’est sans compter cette fois avec l’arrivée de l’Allemagne, puissance coloniale tardive. Guillaume II à Berlin, constatant que le Maroc reste, d’une certaine manière souverain, se dit que c’est un bon endroit pour contrecarrer la puissance française et éventuellement imposer celle de l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle il y a 2 crises marocaines :

  1. la première en 1905, l’empereur guillaume II se rend à Tanger au Maroc au Nord le 31 mars 1905 et inaugure la première crise marocaine. Idéalement il voulait barrer la route à l’influence française, et fait un discours tout a fait dans ce sens. Il appelle la protection du sultan et à en faire un sultan absolument libre. La France dans la logique même considère ce discours comme une forme d’agression. S’en suivent de très fortes tensions entre la France et l’Allemagne à propos du Maroc, tensions dans lesquelles toutes les armes (sauf militaire) sont utilisées, en particulier l’arme boursière. Il s’agit de couler l’ennemi par tous les moyens disponibles, notamment les moyens boursiers. Après une longue tractation, une conférence internationale départage les 2 et favorise les 2 : conférence d’Algésiras, localité proche de Gibraltar, dont l’acte final garanti la prépondérance française au Maroc. Conférence dans la première moitié de 1906. Ca ne suffit pas à régler les tensions internationales
  2. une seconde crise du Maroc en 1911 dans le contexte financier indiqué : les emprunts concédé au Maroc assurent une influence française au Maroc et cette fois l’Allemagne envoie un bateau de guerre devant Agadir (sud du Maroc) : le Panther. La présence d’un bâtiment de guerre sur les cotes marocaines fait craindre un débarquement de troupes. Nouvelle crise internationale, nouvelles négociations, nouveau troc territorial. L’Allemagne voulait ces terres, un petit empire. L’accord est trouvé le 4 novembre 1911 : l’idée est le Maroc contre le Congo. L’Allemagne s’engage à laisser la prépondérance française au Maroc, et la France s’engage à laisser une petite place à l’Allemagne, en particulier près du Cameroun (Etat sous domination allemande à l’époque). Moyennant quelques territoires en pleine souveraineté en Afrique équatoriale, la France obtient la neutralité de l’Allemagne au Maroc. Le Maghreb est désormais sous la coupe de la France.

 

C’est au lendemain de cet accord territorial, de cette seconde cries du Maroc en 1912, que le protectorat français est imposé au Maroc. Ceci fait du Maroc le dernier pays qui pouvait sembler être libre encore à ne plus l’être.

 C. Les litiges territoriaux en Europe 

Tout est lié dans un jeu d’influences qui voit se rencontrer les Puissances, principalement dans les Balkans et principalement dans les empires. S’y ajoutent quelques litiges territoriaux en Europe même, litiges classiques. Ceux-ci sont liés soit aux dispositions du congrès de vienne de 1815, soit aux suite de l’unification allemande (car celle-ci s’est faite en débordant pas mal sur les voisins). Différentes minorités nationales ici ne sont pas satisfaites des frontières telles qu’elles se sont progressivement reconstruites en Europe. Les zones contestées :

  • Coté français, ça reste l’alsace lorraine, point de discorde majeur entre la France et l’Allemagne.
  • Il y a l’équivalent du coté du Danemark.
  • Coté Italie Autriche, il y a aussi des litiges importants entre l’Istrie (c’est-à-dire le nord-est de l’Italie, justement vers la Croatie actuelle). Les italiens ne sont pas satisfait de l’unification et considèrent qu’il y a encore des territoires qui leur reviennent
  • Enfin, il y a des minorités frontalières qui progressivement ne se satisfont pas du tout de leur sort. Elles sont dominées par les Etats voisins : ce sont principalement les polonais. Quand la Pologne disparaît comme Etat, les polonais sont toujours là. L’idée de la nation polonaise également progresse
  • Entre l’Autriche-Hongrie et la Russie, les frontières ne sont pas très claires pour les populations slaves du nord (tchécoslovaques en particulier), pour les polonais aussi.

 

Si on combine tout ça, c’est-à-dire les tensions balkaniques, les tensions coloniales, et les problème qui subsistent en Europe, avec des puissances qui chaque jour sont plus puissantes, il y a tout en effet pour développer un face à face important.

 §III. Vers un face-à-face 

C’était jusque là une mondialisation des stratégies, des influences, des tensions. La planète est comme un échiquier sur laquelle on déplace des pions. Dans cette mondialisation des stratégies, les opinions sont mobilisées, et elles vont être de plus en plus dans les nouveaux accords diplomatiques qui se mettent en place au tournant du 20e siècle. A cette date, une alliance se constitue : la triple entente, alliance tripartite entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie. Une contre alliance se constitue et regroupe France, Russie et Angleterre.

 A. L’alliance franco-russe 

Le contexte a un coté surprenant. De voir s’allier ce qui apparaît comme l’empire le plus rétrograde de l’Europe où le servage existait il y a peu et ou l’industrie est à peine développement et ou les relations sociales restent fortes, et la république française (seule république en Europe). Pour en arriver là il a fallu que les 2 pays voient leurs intérêts converger. Quels sont les intérêts des uns et des autres

Les intérêts de la Russie sont un besoin très fort de capitaux et on n’échappe pas à ça pour la période. Pourquoi ? Pour la modernisation du pays, à la fois du système de transport (construction de voies ferrées), de l’Etat. Ce besoin conduit la Russie à se tourner vers les lieux où se trouvent les capitaux. Il y aurait Berlin mais la Russie commence à se méfier de l’Allemagne, mais la France aussi : point de rapprochement. Cette commune crainte de l’Allemagne permet aux deux pays de se rapprocher. Ce n’est plus la France qui fait peur mais l’Allemagne, laquelle monte en puissance notamment sur le plan économique. Elle fait de l’ombrage sur les autres puissances européennes. C’est sur cette situation, ce croisement d’intérêts entre la France et la Russie, que l’alliance va se faire.

Cette alliance a plusieurs aspects :

  • Un accord financier. Il est trouvé en 1891 entre Paris et Saint-Pétersbourg. Mais surtout en 1893. le lien financier entre la vieille Russie et la république française (pays dont les banques sont parmi les plus puissantes de la planète à l’époque). Un accord financier va se construire. Pourquoi faut il un accord politique pour emprunter de l’argent ? Parce que l’Etat russe veut emprunter de l’argent sur le marché parisien, mais pour que la Russie place des emprunts sur la bourse de paris il faut que le gouvernement français soit d’accord. C’est là que l’accord politique intervient et celui-ci est trouvé en 1893 après quelques hésitations. La Russie emprunte 418 millions de francs or à 4%, sous la conduite d’un groupe financier, qui est la banque d’affaire Paribas. La Presse naturellement est mobilisée et se félicite de l’événement, les petits porteurs et les gros se précipitent. Mais cet emprunt lancé en 1893 est le premier d’une longue série qui va voir la Russie trouver de l’argent sur la place de Paris pour ses propres besoins. Le chantier est considérable en Russie, en particulier en terme d’infrastructure de transport, et compte tenu du climat c’est difficile de construire tout ça. Le réseau ferré double entre 1894 et 1905 : c’est l’aventure du transsibérien, relie la Russie de Moscou à celle de Vladivostok. 8 jours de transports.
  • Un accord militaire. Entre la Russie et la république française. Fait suite à beaucoup de négociations secrètes, négociation d’Etat major, etc. l’événement se produit en octobre 1893 quand une flotte russe vient à Toulon. On appelle ces journées les journées triomphales. On voit même les marins russes venir à Paris en train depuis Toulon. Une convention militaire est signée entre la république française. Le 15 décembre 1893 un traité est signé : en fait il s’agit surtout d’un échange de lettres officielles, qui restent secrètes, entre paris et Saint-Pétersbourg.

 

Derrière cet accord financier et cette visite stratégique de la flotte russe, il y a bien sur une volonté politique. L’intérêt pour la France est que l’Allemagne est désormais encerclée. La France relève donc la tête sur le plan international face à l’Allemagne.

 B. Le rapprochement franco-britannique 

C’est un tournant spectaculaire tellement les deux pays sont hostiles depuis longtemps. Il n’y a pas eu de guerre proprement dite entre l’Angleterre et la France, mais les guerres napoléoniennes ne sont pas très loin et la tradition d’hostilité demeure entre Londres et Paris. Le « splendide isolement » britannique regarde avec mépris la France ainsi que l’ensemble du continent européen. Mais l’Angleterre aussi commence à se méfier de l’Allemagne et on retrouve là aussi la convergence d’intérêts. L’Allemagne talonne l’Angleterre sur le plan économique et pourrait lui ravir la première place en Europe.

Il y a un grave conflit colonial entre l’Angleterre et la France. Les deux pays étaient concurrents et conservent des points de friction. Nous avions évoqué la question de l’Egypte (Fachoda en 1898) et le troc d’influences qui voit l’influence française et anglaise se croiser entre la Tunisie et l’Egypte puis entre la Tunisie et le Maroc.

Que reste-t-il comme contentieux colonial ?

  • Des questions frontalières en Afrique noire, notamment du coté de la guinée en Afrique de l’ouest et du Tchad en Afrique centrale. Ces frontières restent conflictuelles, il faut retracer, renégocier.
  • En Asie, en Indochine, c’est la question du Siam (actuelle Thaïlande) qui est restée indépendante mais ou la France et l’Angleterre se sont taillées des zones d’influences respectives comme en Chine. Là aussi il faut être sur que l’on ne va pas se battre au Siam.
  • On ajoute encore deux éléments qui peuvent paraître anecdotique. La Nouvelles-Hébrides, pas très loin de la Nouvelle-Calédonie, lieu d’hostilité. On s’entend sur ce que l’on va appeler un condominium franco anglais, c’est-à-dire une gestion commune. Les îles seront administrées conjointement, c’est-à-dire police commune. On rajoute une histoire de droit de pêche à Terre-Neuve.

 

Comment va se conclure l’entente cordiale, tournant fondamental dans les relations internationales en Europe ? Cette entente couronne ce rapprochement entre l’Angleterre et la France. Les 2 pays ont compris leurs intérêts : se rapprocher. Mais il faut convaincre l’opinion, car celle-ci n’est pas prête. Le roi Edouard VII d’Angleterre est accueilli par quelques manifestations hostiles mais est finalement acclamé. Le Président de la République française, Loubet, se rend à Londres deux mois plus tard, le voyage se place très bien. Finalement, le 8 avril 1904, sont signées trois conventions, qui à elles trois forment l’entente cordiale. En 2004 on célébrait le centenaire de l’entente cordiale avec un certain faste. Depuis 1904 l’Angleterre et la France sont alliées. Ces conventions signées à Paris en 1804 concernent tous les contentieux coloniaux. L’un des accords concerne l’Amérique et l’Afrique noire, l’autre accord concerne la zone Asie pacifique (du Siam aux Nouvelles-Hébrides), le troisième concerne l’Afrique du Nord (question du Maroc et de l’Egypte).

 C. Deux systèmes diplomatiques concurrents 

Deux systèmes d’alliances concurrents s’opposent donc, 2 systèmes diplomatiques concurrents. Sur la méthode utilisée pour arriver à ces deux systèmes : la négociation entre des pays hostiles entre eux. La méthode adoptée est d’abord une politique de gestes symboliques : on fait comprendre à l’autre et aux opinions dans quel sens on souhaite aller. Il n’y a pas d’alliances à trois, pas de signature d’un traité triangulaire. Il y a deux alliances bilatérales, trois plus tard. Une depuis 1893 la France et la Russie, l’autre qui lie depuis 1904 la France et l’Angleterre. La Russie y ajoute des conventions coloniales aussi avec l’Angleterre. Cela fait un réseau à trois mais jamais les trois ne se sont assis ensembles autour de la même table. Cette alliance à trois forme bien sur la triple entente, liant de manière bilatérale la France, le Royaume-Uni et la Russie.

Les alliances sont souvent le fruit d’échanges de lettres, souvent secrètes. Il y a des traîtres aussi dans ces alliances. Dans la triple alliance qui unit l’Allemagne l’Autriche-Hongrie et l’Italie, l’Italie va conclure peu avant 1914 un accord secret avec la France au terme duquel l’Italie en gros celle-ci s’engage à ne pas entrer en guerre si l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne le font.

Ces alliances fonctionnent à tout niveau : sur le niveau militaire (échange entre les Etats majors), échange de visites officiellesèalliance politique. On constate qu’effectivement avec ce nouveau système international on est passé d’une situation d’isolement à l’autre. La France était la puissance isolée (c’était la politique de Bismarck qui avait peur de la révolution et des conquêtes impériales), maintenant c’est l’Allemagne qui fait peur.

Il reste la complexité de la vie internationale en 1914, reste une toile de fond d’enjeux territoriaux et d’influence ; il reste que c’est l’Europe qui fait le monde. Tous ces enjeux et ces tensions sont rassemblés en deux systèmes d’alliances concurrents.

 Chapitre 4. Le premier conflit mondial (1914-1918)

Section 1. Le choc des nations

§I. L’évolution des alliances en Europe

A. Les tensions économiques et financières 

La période qui nous intéresse est celle d’une très grande croissance économique et une logique de croissance d’une certaine manière qui ébranle les rapports de force. Le concept est que la poussée économique est très forte après 1895. il y a d’ailleurs et on l’oublie souvent entre les pays (y compris entre la France et l’Allemagne) des tendances au rapprochement entre les banques et les entreprises industrielles, de rapprochement commercial aussi. Les risques de déstabilisation viennent essentiellement de la différenciation des niveaux économiques et des effets sociaux de la croissance évoquée. Il y a dans les pays européens une perception forte, presque nu mythe, de la puissance allemande. Il y a aussi une perception forte de la puissance financière française.

Ces crises sont ponctuées de rapprochements réels entre les deux pays, et d’une manière générale les relations sont plutôt bonnes. Les milieux d’affaire français et allemands s’entendent relativement bien dans la mesure où il y a une certaine complémentarité dans les économies des deux pays, entre la puissance industrielle allemande incontestable et la puissance financière française. Il y a donc de très forts échanges commerciaux entre les deux pays, des ententes entre groupes industrielles, et même les crises du Maroc ne débouchent pas sur des ruptures fortes sur le plan économique.

 

Il y a par contre des tensions plus fortes entre l’Angleterre et l’Allemagne. Ces tensions sont liées essentiellement à la montée en puissance de l’Allemagne qui damne le pion à l’Angleterre et qui se manifeste par des tensions commerciales. Dans le monde entier sur le continent américain, en Amérique du Sud, le représentant commercial anglais et talonné par le représentant allemand. Les chiffres sont nets : si on compare la valeur du commerce des deux pays en 1890 et en 1913, en milliards de francs or.

 

Angleterre

Allemagne

1890

8

4

1913

16

12,5

 

En 1890 : le commerce anglais a une valeur 2 fois supérieure au commerce allemande. En 1913 : le commerce anglais domine encore mais beaucoup plus légèrement.

On le devine, la croissance du commerce allemand est beaucoup plus forte que celle du commerce britannique. Le commerce bien sûr, ce sont les débouchés de l’industrie et donc c’est toute l’économie des pays qui est en jeu. Les deux pays ont des zones d’influence : par exemple les allemands sont très puissants économiquement parlant dans l’empire ottoman, les anglais le sont en Asie, etc. C’est cette situation d’une certaine manière qui va amener un événement qui va venir compléter ce que nous avons dit au sujet de la formation de la triple entente.

 B. L’accord anglo-russe et la Triple Entente 

Après 1904 donc et l’entente cordiale franco-anglaise, le système des alliances est encore incomplet. Dans les deux cas, l’élément solide de la Triplice est l’alliance germano-autrichienne. L’Italie est un maillon plus faible. Dans le cas de la Triple Entente, le double élément fort (France-Angleterre et France-Russie, sans traité triangulaire) et une forte hostilité entre les anglais et les russes mais qui va basculer en entente.

Cette hostilité se manifeste en particulier en 1904-1905 à l’époque de la guerre entre le Japon et la Russie. Les deux pays en viennent aux armes pour le contrôle de certaines régions en extrême Orient, en particulier la Corée. Les choses se passent très mal pour les russes puisque l’armée de terre est un peu loin du front pacifique et la Russie décide d’envoyer la flotte de la baltique pour essayer de faire entendre raison aux japonais. Bien mal lui en a pris. La flotte de la baltique fait pratiquement le tour du monde pour arriver dans les mers japonaises. Le canal de Suez était un itinéraire possible, mais les anglais ne veulent pas laisser passer les bateaux russes car les anglais sont en gros alliés au Japon. Les bateaux russes contournent l’Afrique pour rejoindre le pacifique. Finalement ils arrivent en vue des cotes japonaises où ils sont fortement attendus : dans le détroit de Tsushima, à l’approche entre le Corée et le japon, une flotte japonaise attend la flotte russe et l’amiral Togo coule pratiquement toute cette flotte.

Ce grand succès naval du Japon est largement du à un armement anglais et certains d’ailleurs considèrent que la victoire de Tsushima est autant une victoire du matériel anglais qu’une victoire japonaise, ce qui fait que les russes sont très nerveux avec les anglais. Un incident le montre de manière significative en mer du nord en octobre 1904 : des bateaux de guerre russes ouvrent le feu sur des bateaux anglais. Naturellement on indique que c’est un malentendu mais les faits ont quand même eu lieu. Forte sensibilité, tension, nervosité, entre les russes et les anglais.

Néanmoins 2 ans après ces événements les deux pays arrivent à un accord. Les russes et les anglais, un petit peu comme les français et les anglais avec l’entente cordiale, trouvent un accord colonial. Car si les russes et les anglais étaient nerveux, c’était en grande partie parce que leurs empires se touchaient (en inde en particulier) et qu’il y avait des frictions possibles un tout petit peu partout dans le monde. L’accord colonial est signé le 31 août 1907, c’est-à-dire environ 3 ans après l’entente cordiale. Les lieux concernés par cet accord colonial sont largement en Asie : Afghanistan (cf. le petit bout de terre qui sépare les deux empires), en Perse, dans le Golfe persique, au Tibet et en Chine. Cet accord de 1907 complète les accords de 1893 entre la France et la Russie, l’entente cordiale de 1904, et constitue vraiment l’entente cordiale même si on ne prend pas la peine de se réunir à trois.

Sur la géopolitique de cette entente cordiale : Angleterre première flotte, France seconde flotte, mais la Russie est la première force terrestre. Les trois empires alliés couvrent pratiquement la moitié du monde. Dans la Triplice (c'est-à-dire Allemagne, Autriche et Italie), correspondent aux empires centraux, très européens, et très peu coloniaux.

C. La neutralité italienne et la Triplice

C’est une vieille alliance constituée qui succède à l’alliance des trois empereurs et qui officiellement reste solide. La Triplice est en effet renouvelée, c’est-à-dire que les trois rois et empereurs qui la composent apposent leur signature à nouveau sur le traité en 1907. Vue de l’extérieur elle ne donne pas beaucoup de signes de fragilité. Pourtant, le contentieux entre Rome et Vienne se reforme en quelque sorte. L’unité italienne s’était fait contre l’Autriche avec l’aide de la France, ensuite l’Italie s’était rapprochée de l’Autriche essentiellement parce qu’elle craignait la France en Tunisie, mais finalement le protectorat français en Tunisie est imposé en 1881 et on commence à l’oublier.

Du coup, la crainte de l’Autriche revient en Italie, d’autant plus que l’Italie est très proche des Balkans et a des intérêts dans cette région, qui vont la pousser à une certaine hostilité à l’égard de l’empire autrichien.

A cette monté du contentieux entre l’Italie et l’Autriche s’ajoute un rapprochement curieux mais réel entre l’Italie et la Russie. On essaye par des stratégies de contournement de neutraliser un peu l’adversaire le plus proche. On note en particulier une rencontre entre le tsar Nicolas II qui se déplace en Italie et le roi Victor Emmanuel en 1909. On peut noter qu’à cette date la Russie est déjà engagée dans son accord avec l’Angleterre, et avec la France. Cet accord resté secret entre la Russie et l’Italie concerne essentiellement l’empire ottoman et les pays balkaniques. Les russes et les italiens s’entendent sur un maintient de l’intégrité de l’empire ottoman (c’est-à-dire de ses frontières et de son existence), sur un les droits italiens sur la tripolitaine (c’est-à-dire entre la Tunisie et l’Egypte) sur laquelle les italiens ont jeté leur dévolu, et conviennent de se consulter en cas de nouvelle initiative autrichienne.

On le voit la Triplice, d’apparence solide, espèce d’axe centrale en Europe entre Russie et France, est un peu branlante par le sud, c’est-à-dire par l’Italie.

§II. La montée des tensions

A. La question serbe

Point de focalisation des tensions et finalement du déclenchement de la guerre. Les Puissances intéressées sont les grandes puissances européennes, ou les grandes puissances continentales européennes. La Russie bien sur, mais qui veut la paix dans les Balkans tout en préservant son influence. Pourquoi veut elle la paix ? Pour lui permettre de développer une politique asiatique, celle justement qui vient contrebalancer l’influence japonaise en extrême orient. La Serbie elle-même est favorable à l’alliance franco-russe et les deux pays apparaissent un peu comme les parrains de la Serbie. La Russie protège cette population slave, et la France la protège également. L’alliance franco-russe joue en faveur de la Serbie. Serbie ou d’ailleurs une certaine libéralisation économique s’effectue à la faveur d’un changement dynastique qui voit une famille remplacer l’autre et qui voit les besoins serbes sont importants et sont satisfaits progressivement par la France.

La Serbie a des besoins financiers importants (comme tous les pays qui ne sont pas sur le devant de la scène économique) et ce sont des banques françaises mais aussi allemandes (curieusement) qui viennent satisfaire ces besoins de la Serbie. Et l’Autriche-Hongrie fait pression pour limiter au maximum les achats de la Serbie en particulier sur le plan des armements. Il y a une forte compétition dans cette partie du monde en particulier entre la firme tchèque Skoda et le groupe industriel français Schneider. Grâce au soutien politique français d’ailleurs c’est Schneider qui emporte les marchés et qui monte en puissance.

La pression est telle entre la Serbie et l’Autriche-Hongrie que les deux pays entrent dans une véritable guerre commerciale qui constitue une rupture de fait, déjà. On n’est pas en guerre proprement dite, mais dans une guerre commerciale. Cette guerre commerciale peut prendre des aspects un peu anecdotiques : on a parlé de la guerre du porc, l’Autriche-Hongrie interdit les importations ou le commerce de bétail vivant entre l’Autriche et la Serbie, ce qui sur le plan économique pose de gros problème à la Serbie.

A ce contexte de crise sur la Serbie, s’ajoute la crise bosniaque, qui éclate en 1908, essentiellement de la décision autrichienne d’annexer la Bosnie-Herzégovine en 1908 que les troupes autrichiennes occupaient déjà depuis l’accord de Berlin de 1878. Pourquoi est ce que l’Autriche annexe la Bosnie-Herzégovine ? Essentiellement parce qu’elle ambitionne de construire une voie ferrée en direction de la Salonique sur la mer Égée en Grèce. Pour sécuriser cette voie elle a besoin de contrôler tous les territoires traversés. Ce qui est inquiétant dans cette annexion du 5 octobre 1908, c’est que la première modification de souveraineté territoriale depuis longtemps qui se fait en dehors d’un contexte de guerre ou en dehors d’un contexte de négociation. C’est une action de force, en temps de paix, sans concertation. C’est ça bien sur qui fait la gravité de la crise de 1908.

Là-dessus s’ajoutent les guerres balkaniques (évoquées en chapitre 3, section 2) et l’émergence de l’idée yougoslave, dont on rappelle qu’elle prévoit de développer un Etat unique entre les différentes composantes connues des slaves du sud, c’est-à-dire la Croatie qui se trouve en Autriche (ce qui évidemment inquiète l’Autriche), la Bosnie-Herzégovine qui vient d’être annexée par l’Autriche, et la Serbie qui est en dehors. Notons que cette idée yougoslave de fédérer dans un même Etat ces trois composantes slaves du sud se confondent un peu quand même avec les ambitions de la Serbie qui ainsi pourrait acquérir une influence qu’elle n’a pas encore. Bien sur cette idée yougoslave menace l’Autriche.

B. Les opinions mobilisées

C’est quelque chose d’essentiel car la guerre mondiale va faire son lit dans cette mobilisation des opinions.

On revient à l’idée de nation, laquelle a traversée le 19e siècle jusqu’à bouleverser la carte européenne. Elle peut avoir des côtés pervers et justement elle va en avoir, en ce sens que la mobilisation des opinions dans le sens de la nation ne concerne plus seulement les petites nations qui veulent se libérer des grands empires (ça pouvait apparaître assez sain et c’était une politique soutenue par la France, avec Napoléon III en particulier) mais va aussi s’emparer des grands empires, en particulier de l’Allemagne et de la France. Ce a quoi on assiste c’est que l’idée de guerre progresse, se banalise dans les opinions publiques, des opinions publiques qui commencent a exister du fait du développement de la presse écrite e particulier.

L’idée se banalise parce qu’à chaque crise internationale, qu’il s’agisse de Fachoda en 1898, de Tanger en 1905 (première crise marocaine), de Bosnie-Herzégovine en 1908, d’Agadir en 1911 (2e me crise marocaine), des Balkans en 1912-1913, l’idée se développe que l’alternative à la solution pacifique est la guerre. L’idée se développe qu’une guerre est possible, faisable, voire qu’elle est nécessaire. Cette accoutumance à l’idée de guerre est nourrie par le récit des violences qui accompagnent ces différentes crises internationales. Les atrocités de l’époque étaient les Balkans, la presse était remplie d’atrocités supposées venues des Balkans. Ce qu’on a appelé les « atrocités bulgares » à l’occasion des guerres balkaniques couvraient la presse française ou allemande dans cette période. A partir du moment ou l’idée de guerre se répand, on cite le philosophe Alain : « si un peuple croit que la guerre sera inévitable, elle sera inévitable ». L’élément opinion, peuple, national, devant ici prépondérant.

Il faut dire que cette idée de guerre qui monte satisfait les nationalités. Deux interprétations et deux lectures de l’idée de guerre :

  1. une lecture qui y est favorable, celle des nationalités
  2. une lecture qui s’en méfie, celle des internationalistes.

 

Les nationalistes se sentent flatté par l’idée de guerre. Renan : « qu’est ce qu’une nation ? » au 19e siècle. Une des plus pertinentes définition de la nation qu’on ait pu formuler dans un discours à la Sorbonne : « une nation est une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a fait et de ceux qu’on est disposés à faire encore ». il y a au début du siècle une véritable mystique nationaliste en Allemagne, en Russie, en France, et les partis nationalistes qui exaltent la nation. Ce sont pour l’essentiel des partis nationalistes qui aliment ce nationalisme : en France c’est l’action française de Charles Maurras, et chaque pays européen a ses groupes nationalités entre lesquels une véritable surenchère se développe. Il y a un nouvel esprit public qui s’accompagne d’exaltation de certaines qualités qui existent en elles-mêmes, comme l’ordre et la discipline, le sport. C’est l’époque ou se développe le scoutisme (né en 1911 en Angleterre). C’est l’époque ou un poète comme Charles Péguy glorifie « le vieil honneur militaire ». se développe aussi, et on en a la trace dans de nombreux romans, l’idée de sacrifice, l’idée de pureté, et pourquoi pas l’idée de mort qui transcende l’idée de patrie. Il y a dans les milieux nationalistes une certaine idée de rédemption par la guerre, voire de désir de guerre.

A l’opposé de ces milieux nationalités, il y a ceux qui combattent l’idée de guerre et qui se rangent parmi les internationalistes, c’est-à-dire les socialistes (le mot communiste n’existe pas encore). Pour eux, ce qui est important ce ne sont pas les luttes nationales. Ce qui est important est la lutte des classes, et un journal en particulier de ces milieux socialistes ‘appelle en particulier la « guerre sociale ». L’analyse qui est faite dans ces milieux se fonde sur l’antagonisme social et pas sur l’antagonisme national. Avec cette idée de Jaurès, qui sera reprise par d’autres (y compris par Lénine) : « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » ( ?? gg check), et la CGT première grande confédération syndicale française préfère la guerre sociale, c’est-à-dire « la révolte des exploités contre les exploiteurs ». Cette nouvelle analyse s’inscrit contre le développement de l’idée de guerre. Le mot d’ordre est lancé en 1912 : « guerre à la guerre » : faisons tout ce qui est imaginable pour empêcher la guerre.

Dans les congrès de l’internationale socialiste, on va même jusqu’à formuler l’idée d’une guerre générale européenne pour empêche une guerre de se déclencher.

On le voit, l’idée de guerre se développement jusqu’à créer des tensions et des prises de positions inverses. De leur coté les militaires se préparent.

C. Les militaires sur le pied de guerre

C’est une vérité pour les années qui précèdent 1914. Précisons que la guerre à l’époque est une question d’hommes, beaucoup plus qu’une question de matériel. On a vu par exemple en 2003 lorsque les Etats-Unis ont attaqué l’Irak, noyant Bagdad sous un déluge de feu avec des bateaux qui tirent depuis le golfe persique. Avant 1914 c’est l’inverse : les armes sont performantes certes mais ce qui compte c’est le nombre d’hommes qu’on peut mettre dans la guerre. C’est la raison pour laquelle, fort de cette montée du nationalisme dans les opinions publiques te de la crainte d’une véritable guerre, les Etats prennent des dispositions pour augmenter le nombre de soldats disponibles. C’est ainsi  que le 7 août 1913 reste promulguée en France la loi dite « des trois ans ». Elle portait les effectifs militaires français en temps de paix à 820 000 hommes. En temps de guerre la mobilisation générale permet d’avoir des troupes beaucoup plus nombreuses.

La Russie, dans le même état d’esprit, peut aligner en temps de paix 1,3 millions d’hommes. La caricature est celle d’un rouleau compresseur du fait de ce nombre de soldats portant l’uniforme. L’Allemagne dans le camp d’en face 850k hommes, l’Autriche-Hongrie 350k. Du coté de l’entente seule le Royaume-Uni fait un peu exception : il développe la première marine de guerre du monde n’a qu’une armée de terre relativement faible : 170k H. sa puissance militaire est sur les océans.

A cette préparation des hommes s’ajoute la course aux armements car ceux-ci comptent quand même bien sur. Course aux armements navals : marine de guerre, qui se développe principalement entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Les différents pays d’ailleurs ont des spécialités qu’ils cherchent à consolider. En France ce qui est de bonne qualité c’est l’artillerie de première ligne, légère, facilement transportable. La spécialité allemande au contraire est l’artillerie lourde, grande industrie oblige. Les états majors européens préparent la guerre : c’est d’ailleurs leur métier. Le plan français, appelé le « plan 17 », est un plan évidemment qui prépare une mobilisation dirigée contre une attaque allemande ; le chef de l’état major français s’appelle Joffre. Le plan allemand, dit « plan Schlieffen », est un plan original parce qu’il tient compte évidemment de la situation géopolitique de l’Allemagne, qui a deux pays hostiles : à l’est la Russie, à l’ouest la France. Le plan prévoit de fonctionner sur les deux fronts ce qui est plus compliqué que sur un seul front.

Quant au rapport des forces, si on veut l’évaluer, il est assez équilibré finalement entre les pays de l’entente et les pays de la Triplice. Si on fait la somme des populations, des ressources alimentaires (qu sont importante dans la guerre), des capacités énergétiques (en particulier des productions de charbon), des capacités minières, des capacités sidérurgiques, on obtient un relatif équilibre entre l’entente et la Triplice, équilibre qui évidemment n’est pas de très bonne augure. Dans cet équilibre on observe quand même la suprématie de deux pays : suprématie allemande du cote de la Triplice, suprématie anglaise du coté de l’entente, dont l’industrie est très puissante, autant sinon plus que l’industrie allemande, et qui possède une marine puissante.

§III. Les entrées en guerre

Elles n’apparaissaient pas obligatoires. Il faut les analyser dans une chronologie fine : comment l’engrenage s’est fait ? C’est bien sur l’histoire de l’été 1914.

A. L’été 1914

La guerre est d’abord une crise régionale, laquelle se déroule naturellement dans les Balkans autour de la question serbe. Là aussi l’histoire est connue : à Sarajevo capitale de la Bosnie, le 28 juin 1914, l’archiduc François Ferdinand est assassiné par un homme du nom de Gavrilo Princip. Cet assassinat politique ne suffit pas, mais il faut regarder le contexte. L’assassinat a été filmé. Qui est Princip ? On le dit membre d’un groupe terroriste qui s’appelait la « Main noire ». Ca fait peur, clandestin, et on avance bientôt l’idée que la Main noire est liée aux services secrets de la Serbie : si c’est vrai, ça se complique, car c’est un peu une déclaration de guerre. Cela dit les preuves n’arrivent pas vraiment, on ne laisse pas de preuve de ce genre de chose, sauf l’assassiné. C’est une déclaration de guerre masquée mais réelle de la Serbie à la Bosnie, et c’est l’analyse que va en faire l’Autriche.

Un mois après, c’est-à-dire le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie envoie un ultimatum à la Serbie dont les termes demandent simplement une sorte de démilitarisation de la Serbie, mais les termes de cet ultimatum font qu’il est calculé pour être refusés par Belgrade. C’est évidement le cas, la Serbie ne peut accepter l’ultimatum autrichien, et c’est juste après cet ultimatum refusé par la Serbie que, selon une mécanique bien réglée, les déclarations de guerre vont se faire en fonction des accords militaires des Etats majors qui existent au sein de la Triplice et au sein de la Triple Entente. En une semaine, l’Europe bascule dans la guerre. Attention tout de même, personne n’imaginait – même les esprits les plus fous – que cela puisse se dérouler comme ça. A l’époque on entre en guerre pour des guerres courtes. Les huit jours en question se déroulent de la manière suivante. C’est un mouvement tournant par l’est :

  • La Russie est le premier à se mobiliser pour défendre la Serbie. La Russie et la France apparaissent comme les parrains de l’Etat serbe et c’est assez naturel que la Russie élève la voix. Le 29 juillet, elle décrète donc une mobilisation partielle de sa population sous l’uniforme. Cela dit, le lendemain, puisqu’il ne se passe rien, la Russie décrète la mobilisation totale. Ça commence à sentir tout de même un peu le Russie : ce conflit austro-serbe commence à s’étendre par la Russie, puis par l’Allemagne
  • Berlin, en effet, vient immédiatement au secours diplomatique d’abord de l’Autriche, et enfin l’ultimatum à la Russie pour lui demander de démobiliser ces troupes ; cet ultimatum date du 31 juillet. Ne voyant rien venir, l’Allemagne à son tour décrète la mobilisation générale : un deuxième pays devient prêt à faire la guerre. Et de fait, les allemands prennent les devants et 24h plus tard, le 1er août 1914, déclarent la guerre à la Russie. Ce qu’il faut comprendre ici est qu’à partir du moment où les pays européens déclenchent une mobilisation. Qui a le pouvoir ? essentiellement l’état major, les officiers, l’armée : le plan Schlieffen commence à être appliqué, des troupes allemands se portent vers la frontière Russie.
  • La France est alliée de la Russie et selon la convention d’état major entre les deux, la France décrète la mobilisation générale le 1er août, ce qui fait que l’Allemagne est en guerre à la fois contre la Russie et avec la France, qui lui a déclaré la guerre. Le plan Schlieffen peut s’étaler dans toute sa technicité. A vrai dire, l’Allemagne prend quand même la précaution de déclarer la guerre à la France 2 jours plus tard, le 3 août, après avoir exigé de la Belgique un libre passage pour ses troupes (laquelle était considérée comme un Etat neutre). Dès lors, l’Angleterre se sent menacée, car l’Angleterre aime que les deux rives de la Manche soient des rives amies et qu’il n’y ait pas de tensions dans la manche. A son tour, Londres déclare la guerre à L’Allemagne le 4 août.

 

Dès lors on applique des conventions prévues depuis longtemps sans savoir à quoi on s’engage. Le seul élément différent est la non entrée en guerre de l’Italie. Les italiens ont confirmé la Triplice quelques années avant, ils n’entrent pas en guerre, les français ne sont pas surpris ni les russes car c’est ce qu’ils avaient négocié.

La mobilisation est générale dans un pays essentiellement rural en France : ce qui se passe dans les villages compte bien sur. La France est déjà couverte de chemin de fers, donc dans toutes les communes françaises on affiche un placard qui est déjà prête intitulé « ordre de mobilisation » avec des indications. Or le mois d’août est le moment des moissons, et la population française est essentiellement paysanne : la population française part quand même. On a dit que la mobilisation s’était faite dans la gaîté, la fleur au fusils, mais la patrie est en danger. Les intellectuels nationalistes se précipitent, et le 4 août Péguy écrit : « nous sommes partis soldats de la république pour le désarmement général et la dernière des guerres ».

En tous cas, en quelques jours, tout le monde est au front, et cette fois ce n’est plus 820 000 hommes qui sont sous les drapeaux, mais 3,6 millions pour la France.

B. L’Union sacrée

C’est une union quasi mystique, religieuse, pour la défense de la patrie. En France, les forces politiques s’opposaient sur l’idée de guerre. Les socialistes en particulier, dont le leader est Jean Jaurès, combattent cette idée de guerre et restent fidèle à la lutte des classes contre les luttes nationales. Se passe un événement tragique, un assassinat : celui de Jean Jaurès. Le 31 juillet, en pleine mécanique évoquée précédemment, dans un petit restaurant (le croissant) qui se situe sous le journal de la SFIO, l’humanité, Jaurès est assassiné par deux coups de révolvers par Raoul Villain. L’assassinat de Jaurès apparaît comme un nouvel orage qui éclate à l’intérieur même de la France.

On s’est longtemps demandé si la situation aurait été différente avec un Jaurès vivant : on n’en sait rien, car Jaurès lui même semble-t-il était en train d’évoluern et toute cette mécanique vers la guerre commençait a lui poser problème. En tout cas, ce qu’on sait, est que les socialistes se rallient à l’idée de guerre, abandonnant la posture pacifiste et révolutionnaire qui était la leur. On s’en rend compte tout de suite dès les obsèques de Jaurès ou le leader de la CGT, Jouhaux, rend hommage à Jaurès lors de ses obsèques parisiens. Lors du discours de Jouhaux (discours dont la logique est intéressante), il oublie de parler de la lutte des classes et il revient à une rhétorique finalement qui est un peu celle des années de la Révolution française. Il dénonce « le hideux militarisme prussien, les empereurs : on se croirait en 1792 ». Il y a un glissement du capitalisme vers la nation : on ne lutte plus contre le capitalisme, mais pour la nation.

Et donc les socialistes rejoignent d’une certaine manière l’Etat d’esprit des nationalistes. Quand Péguy déclare vouloir « mourir pour porter remède au mal universel ». Désir de guerre à nouveau. Péguy sera tué dans la bataille de la Marne. Ce retournement des socialistes s’opère également dans les autres pays européens, en particulier en Allemagne.

Le terme « Union sacrée » est forgé par Raymond Poincaré. Il va conduire la nation toute entière vers la guerre, seule une petite minorité s’oppose à l’idée de guerre. Très concrètement, comment se forge l’union sacrée ? Pour faire de la guerre il faut de l’argent, et en France c’est l’Assemblée Nationale qui décide l’attribution des crédits. La chambre des députés est convoquées pour voter des crédits de guerre : sans crédits, pas de guerrE. Pour voter les crédits, il faut une majorité, et le ralliement des socialistes ici est essentiel. Ils vont voter les crédits de guerre, donc accepter la guerre, d’entrer dans l’union sacrée, et même accepter de participer au gouvernement.

C. Les premières opérations

Elles se déroulent bien sûr sur le front russe, puisque l’Allemagne a prit l’initiative et s’est lancée à l’assaut du rouleau compresseur russe. Les premières offensives russes sont couronnées de succès contre l’Allemagne. Le chef d’état major, Hindenburg, concentre des troupes et inflige finalement une vraie défaite militaire à la Russie fin août 1914 : bataille de Tannenberg. L’armée russe accuse le coup et donc l’armée allemande peut se retourner d’une certaine manière sur le front occidental, c'est-à-dire contre la France.

Sur le front occidental, que passe-t-il ? Le Plan 17 a été qualifié par dérision, par la suite, de « plan sentimental » : on concentre les troupes sur la frontière d’Alsace-Lorraine, et les troupes françaises y sont postées attendant de pied ferme les troupes allemands. Les troupes allemandes contournent les troupes françaises par la Belgique, et ce contournement par la Belgique bouscule la neutralité belge. Les troupes belges tentent de s’y opposer mais ne font pas le poids. Dans la rapidité du plan Schlieffen, les troupes françaises sont menacées d’encerclement par les troupes allemandes qui déboulent du nord. Paris même est menacée et laisse à l’état major le soin de diriger les défenses. Gallieni est en charge de ce plan, il a fait toute sa carrière dans les conquêtes coloniales. Les troupes allemands ne s’intéressent pas à Paris (et c’est peut être là leur erreur). On se félicite de la défense de Paris, le 13 septembre 1914.

L’histoire ensuite porte des noms connus : « course à la mer ». L’armée allemande se trouve bloquée à l’est de Paris, chacune des deux armées va essayer de contourner l’autre en direction du nord. Il faut absolument empêcher l’autre de passer.

La flotte anglaise concentre ses navires devant les ports allemands, interdisant de fait à la marine allemande de sortir tout simplement. L’Allemagne a une certaine fragilité de ce point de vue là car elle n’a que des ports au nord sur la baltique : il est facile pour une flotte de bloquer les ports allemands.

Conduit Un front fixe qui va durer à la fois sur terre et sur mer.

 

Ce conflit qui était attendu dans les esprits, sinon désiré, aussi tragiquement curieux cela puisse parait, c’est que personne n’avait envisagé quelle guerre on pouvait éventuellement désire ; c’est là que l’aboutissement des tensions d’ordre économique, nationales, coloniales, va conduire à cette guerre stupéfiante. On entre dans un état de guerre plus que dans une guerre d’événement.

Section 2. La guerre en échec

 

§I. L’installation de l'Europe dans la guerre

A. Une réalité militaire : la guerre de position

La guerre redevient un Etat. elle devient une situation permanente pendant la guerre redevient un Etat permanent. Cette installation de l’Europe dans la guerre est en réalité militaire. C’est aussi une réalité politique, et aussi et sans doute une réalité économique et sociale.

L’installation de l’Europe dans la guerre. La réalité militaire est bien sur cette guerre de position qui se met en place dès l’automne 1914. C’est une guerre de type inconnu. C’est une guerre durable, c’est du jamais vu. Quels sont ces aspects ? Tout d’abord la transformation même de l’idée de frontière. On ne parle plus de frontière mais de front (racine commune), des fronts, c'est-à-dire des lieux gardés par des militaires qui se font face et qu’on ne franchit pas ou difficilement. Tout autour des empires centraux (c'est-à-dire all, Autriche-Hongrie), autour des cotes, il y a un front infranchissable qui ne sépare plus l’Europe en Etat distinct mais qui compartimente en bloc absolus. Même la circulation entre les pays alliés, c'est-à-dire entre France et Angleterre et la Russie, devient difficile. Pourquoi ? Parce que l’armée allemande a fait un choix, celui du sous-marin, et évidemment la guerre sous marine entrave la circulation maritime.

Pour les communications télégraphiques en gros ça va. Les câbles télégraphies qui sont en général placés au fond des océans, ne sont pas touchés par les armées et les télégrammes diplomatiques circulent toujours. Le caractère infranchissable des lignes ressort d’une anecdote. En 1917, Lénine, réfugié en suisse, va rejoindre la Russie ou se déroule un certain nombre d’événement qui vont déboucher sur la révolution d’octobre. Il rejoint sa patrie, doit traverser l’Allemagne, y parvient, mais les allemands acceptent de le faire passer car il va créer des troubles en Russie. Il traverse l’Allemagne en wagon blindé de la frontière suisse jusqu’à la frontière russe.

De part et d’autre de ces fronts, les armes apparaissent impuissantes. Faute de pouvoir contourner le front, l’obsession de chacune des armées porte un nom : l’obsession de la percée. Il faut percer le front, percée d’une certaine manière toujours vaine car on n’arrive pas à percer. Ceci entraîne des pertes très lourdes, et ce dans une ambiance que l’on pourrait qualifier d’apocalyptique. Les militaires vivent dans des tranchées, c’est ok au printemps mais bof en hiver, surtout qu’on creuse des tunnels sous les tranchées pour poser des mines. Avant les percées on fait des préparations d’artillerie. Ca peut durer plusieurs heures voire plusieurs jours, et c’est un cauchemar pour l’adversaire.

il y a quelques combats aérien ; l’aviation en effet est très récente, la notion même de bombardier n’existe pas, les aviateurs se sentent cavalier du ciel, et il y a une fraternité entre aviateurs ; elle sert plutôt à l’observation dans un premier temps. A la fin de la guerre on assiste aux premiers combats aériens voire aux premiers bombardements

Il y a des batailles sur l’eau, dont la bataille de mai 1916, bataille du Jütland. Cette bataille part d’une ruse anglaise qui laisse sortir les bateaux allemands. Ce qui est nouveau ce sont les sous-marins, nouveaux armements, on savait le faire mais a titre expérimental. Maintenant on sait en faire des armes, peu perfectionné, mais néanmoins puissants.

Ce qu’on retient de toute cette réalité militaire, c’est une violence de type tout à fait nouveau. Les descriptions par la littérature de l’expérience des combats (Henri Barbusse, Le feu), Barbusse essaye de rendre le caractère indicible de cette violence qui effectivement apparaît inédite. La bataille de Verdun : 10 mois, véritable percée. La doctrine est d’amener le plus d’hommes possibles pour faire une percée. Au total, 500 000 morts et laisse un paysage quasiment lunaire qu’on peut visiter aujourd'hui. La bataille est entretenue car du coté français, la résistance permet d’assurer une rotation des hommes. Toute une génération de soldat est passée par Verdun en passant par la voix sacrée.

Ce qui apparaît aussi dans cette réalité militaire sont les écarts croissants entre le front et l’arrière. Il y a des contacts, certes, des informations qui passent, car il y a des nouveaux militaires qui arrivent : la conscription prend de nouvelles classes d’âge. il y a ceux qui bénéficient de permission et qui peuvent rentrer quelques jours ou quelques semaines. Il y a les prisonniers.

Le contact dominant laisse penser à un fossé qui se creuse entre l’arrière et le front. D’autant que la censure et le contrôle de l’information sont absolus. Les seuls informations qui passent sont des info à caractère « positif », il ne s’agit pas démoraliser la nation : « le bourrage de crâne ». Cela dit il y a quand même des gens qui résistent. Par exemple en 1915 le Canard enchaîné est créé précisément pour lutter contre ce bourrage de cadre et donner des infos qui ne sont pas nécessairement positive. Il sera rapidement interdit et apparaîtra sous d’autres formes ;

Ce qui est inquiétant dans cet Etat d’esprit qui se développement est la haine de l’ennemi, de l’autre : caractéristique de la Première Guerre Mondiale. En particulier entre germains et slaves, l’un comme l’autre considèrent l’autre comme un ensemble de barbares primitifs à l’égard desquels il n’y a aucun cadeau à faire : toute violence est bonne à faire.

B. Une réalité politique

Elle porte le nom d’union sacrée. Situons nous en France pour voir comment les choses fonctionnent.

Les institutions fonctionnent, et la chance est que les grandes élections se sont déroulées à la veille de l’entrée en guerre. Les présidentielles qui n’étaient pas au suffrage universel ont porté à la présidence de la république en février 1913 Raymond Poincaré. Des élections législatives pour constituer la chambre des députés ont eu lieu au printemps 1914. Néanmoins le gouvernement a cru bon prendre quelques mesures de circonstances pour apaiser la situation sociale tendue en France pour différentes raisons ; on n’est pas très loin de la loi de 1905 et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat : le gouvernement suspend les lois en faveur des religions. D’un point de vue politique, le ministère de l’intérieur et de la guerre entretenaient une liste de français dangereux en cas de mobilisation : on appelle ça le Carnet B avec 2501 noms, très précisément, de gens qu’il fallait arrêter d’urgence en cas de mobilisation. Par exemple dans les îles britanniques, l’ira est en guerre ouverte contre Londres, elle accepte de suspendre ses activités tant que le conflit dure.

Cet effort d’apaisement au niveau du gouvernement se concrétise par des gouvernements d’union nationale. L’union sacrée est concrétisée par le vote des crédits de guerre : il faut décider de mettre de l’argent dans la guerre, ouvrir les crédits, et voter à la majorité leur emploi dans le conflit. Tout le monde vote ces crédits, y compris les députés socialistes et les plus radicaux. La chambre des députés elle même est plutôt orientée à gauche pendant toute cette période et c’est un gouvernement de gauche présidé par Viviani qui entame le conflit. Ce gouvernement mis en place en juin 1914 devient le gouvernement d’union sacrée, toujours sous la présidence de Viviani, sous la présidence de poincaré. Ce ministère d’union sacrée va s’appeler le ministère de défense nationale. La formule est la suivante : ce gouvernement comprend des républicains modérés (sorte de centre-droit), des radicaux, des socialistes indépendants, et puis des socialistes tout court, c'est-à-dire des membres de la SFIO. Trois noms à retenir : Albert Thomas, qui représente la SFIO dans le gouvernement et qui est sous secrétaire d’Etat à l’artillerie et à l’équipement militaire : il fait la guerre, prépare les armements. Un autre ministre socialiste, Marcel Sembat, ministre des travaux publics. Le chef de cabinet s’appelle déjà Léon Blum. Un autre ministre du gouvernement mais sans portefeuille : Jules Guesde, qui représente la tendance la plus marxiste de la SFIO : c’est tout un symbole de l’avoir au sein même du gouvernement d’union sacrée.

Il reste quand même en France comme dans les autres pays européens des gens qui refusent cette US et qui relèvent d’un pacifisme révolutionnaire. Ce pacifisme révolutionnaire se retrouve dans une rencontre internationale en suisse en septembre 1915 : conférence de Ziemmerwald, 30 délégués représentants 11 pays qui sont en guerre sont présent, dont 2 allemands, 2 français, des italiens, des russes (Trotski et Lénine). En ressort un manifeste anticapitaliste réclamant le droit des peuples à disposer d’eux même.

C. Une réalité économique et sociale

C’est une guerre industrielle. Le nouveau front, c’est l’industrie. Puisque les militaires sont impuissants les uns les autres à se dominer mutuellement, il faut trouver des ressources ailleurs, produire des armements en grande quantité pour alimenter les percées et les tendre plus efficaces. Il n’y a pas que l’industrie bien sur.

Cette réalité économique et sociale c’est d’abord les problèmes alimentaires, car il faut nourrir la population et ces millions de militaires (ouvriers et paysans) qui pendant ce temps là ne produisent pas. Les pays européens connaissent des situations de pénurie voire de famine assez importante, surtout à partir de 1917. On va donc chercher des aliments de substitution, comme du pain avec des céréales pauvres (le « Pain K » en Allemagne). On va utiliser tous les moyens pour s’assurer des subsistances, élever des poules à domicile, des légumes dans les jardins publics, etc. Ces pénuries ont parfois atteint une telle gravité qu’elles ont entraînée des grèves ouvrières. En Russie on a enregistré des grèves ouvrières dont la revendication était de pouvoir aller à domicile pour pouvoir cultiver de quoi manger. Ceci entretient une situation sanitaire fragile.

Chaque pays en guerre a pris des mesures propres : le dirigisme économique (interventionnisme d’état). Il faut comprendre qu’on était dans des économiques libérales, que celles-ci s’imposent à tous, mais que celles-ci ne fonctionnent plus et que l’Etat est obligé d’intervenir. C’est la première fois que l’Etat intervient depuis Napoléon (en France, en Allemagne et en Angleterre). L’Etat cherche à coordonner la production, les stocks, la circulation et des chemins de fers, essentiel dans une situation pareil. Coordonner la production des usines d’armement, voire intervenir de manière autoritaire dans les conflits sociaux.

Phase de réorganisation de la main d’œuvre dans les pays en guerre, développement de la main d’œuvre féminine pendant que les hommes sont au front. Plus original : le développement d’une industrie de guerre, c'est-à-dire bien sur produire des canons etc., mais pas seulement. On est en particulier en France dans un moment ou la deuxième révolution industrielle est en route. C’est la révolution du moteur à explosion, etc. quelques entrepreneurs sont dans cette direction. L’Etat de manière audacieuse va s’adresser à ces gens là, en France en particulier. Compétence propre, dynamisme propre, d’organiser la guerre. Ce sont André Citroën, qui organise une usine Quai de javel à Paris dans le 15e. En quelque semaine seulement. Il utilise la taylorisation pour fabriquer des armements. L’usine du quai de javel conçue en quelque semaine peut fabriquer chaque jour 20 000 obus de 75 envoyés vers le front. Louis Renault réfléchi à la production de munitions, d’avions, de char léger. Marius Bernier, marque de camion, fait de même. Enfin le nom de Marcel Boussac, à qui on demande de coordonner l’industrie textile dans les Vosges et de se lancer dans l’industrie aéronautique. Il s’agit d’alimenter le front en armement et de réfléchir à des outils nouveaux pour faire la guerre.

§II. La mondialisation du conflit

Le conflit est mondial dans la mesure ou l’Europe dirige le monde mais aussi par la généralisation des entrées en guerre.

A. La mobilisation des empires

Les empires couvrent une bonne partie de la planète. Curieusement dans cette situation extrêmement difficile, les opinions publiques voire les gouvernement découvrent ou redécouvrent les empires. Jusqu'alors la conquête coloniale avait été une œuvre d pionnier, d’experts, de spécialistes. On se rend compte tout à coup que la France n’est pas seulement l’hexagone mais est aussi un empire, que l’Angleterre n’est pas seulement un archipel mais un immense. Ces empires sont appelés à entrer dans la guerre. Quelles contributions ?

La participation tout d’abord des troupes coloniales. L’empire britannique fait venir des quatre coins du monde des troupes fraîches qu’elle va engager sur les théâtres européens, en particulier depuis les dominium (grandes colonies de peuplement européen) : Canada, Australie, Afrique du sud, nouvelle Zélande. Tous ceux qui ont fuit l’Europe la rejoigne. L’empire français s’est mobilisé de la même manière, en particulier soit sur le front (comme militaires) soit à l’arrière dans les emplois abandonnés pour les opérations militaires (genre les mines). On utilise des travailleurs qu’on fait venir des quatre point de l’empire pour travailler (310 000 travailleurs). 535 000 combattants sont utilisés dans ce conflit.

Participation enfin, au-delà des hommes, des ressources coloniales. On fait donc venir des denrées alimentaires de l’empire. 2,5 millions de tonnes de marchandises diverses sont acheminées en métropole. On essaye de mobiliser de l’argent : les souscriptions sont lancées dans les « provinces lointaines » comme on disait pour des emprunts d’Etat. L’Etat a besoin d’argent et va chercher de l’argent partout où il peut se trouver en petite quantité. 2,5 millions de franc or sont levés dans l’empire.

B. La généralisation des entrées en guerre

 

Le monde et le premier conflit mondial

 

 

 

 

 

 

Dans cette guerre qui n’arrive pas à se décider à bouger, on observe et là aussi c’est bien logique, l’ouverture période de nouveaux fronts, de nouveaux théâtres. On se donne de nouveaux alliés, on ouvre de nouveaux fronts. On a un peu l’impression que la guerre est le lieu ou il faut être dans cette période et tout le monde y va. Les buts de guerre n’apparaissent clairs à personne. Les quelques tentatives de négociations menées posent cette question. Elles sont le fait de l’empire d’Autriche notamment. ( ??).

Les pays neutres sont autant de lieux où des émissaires de différents pays peuvent se rencontrer. La neutralité de la Belgique a été violée au début de la guerre, mais il reste la suède, la Norvège, les pays balte, et la suisse bien sur. Rien de décisif n’apparaît.

Les nouvelles entrées en guerre concernent plutôt l’Europe du sud et l’Europe méditerranéenne. Le pays qui le premier, et ce n’est pas le moindre, bascule dans la guerre est l’empire ottoman. C’est un mauvais coup pour la France car la France est un vieil allié de la Turquie depuis François 1er. L’empire ottoman est truffé de capitaux allemands et s’engage du coté des empires centraux le 2 novembre 1914. c’est important pour l’avenir des relations dans cette partie du monde jusqu’à aujourd'hui, parce que l’empire ottoman donc n’est pas seulement la Turquie mais l’ensemble du bassin méditerranée oriental, tout le proche orient (Israël, Syrie, Irak, actuels etc.). Donc a partir du moment ou la France et l’Angleterre se trouvent en situation de guerre contre l’ottoman, ils s’efforcent de saper les bases géopolitique de l’empire ottoman (en poussant les arabe à la révolte contre les turcs notamment) ; ils envisagent un démembrement de l’empire ottoman, on a déjà des accords entre les anglais et les français qui tracent les cartes de l’empire ottoman. Dans l’est de l’empire ottoman se situe une population majoritairement arménienne, des chrétiens, sont proches de la Russie, et sont engagés contre l’Allemagne ; évidemment ils sont en fâcheuse posture et l’autorité turque procède à leur extermination : 1,5 millions de mort.

Sur le fait juif, c'est-à-dire l’idée d’encourager une immigration juive au proche orient. Il y a déjà eu édité par Theodor Herzl un ouvrage à ce sujet. Le 2 novembre 1917, la déclaration Balfour (du nom du secrétaire of foreign office), déclaration encourageant la création d’un « home national » juif.

Les conflits d’aujourd'hui trouvent leurs racines dans les rapports de force pendant la Première Guerre Mondiale.

 

Le deuxième pays à entrer en guerre : l’Italie. L’Italie entre en guerre contre ses anciens alliés, c'e