• L'échange et la monnaie

    La problématique de l’échange 

                Nous partons d’une théorie importante : celle de Léon Walras qui fut à la fin du 19ème le chef de file de l’école de Lausanne. Il écrivit : « éléments d’économie politique pure » (1876). Walras a marqué la science économique. Il a été confronté dans sa modélisation économique à la question de l’échange et de la monnaie. Mais il n’a pas su la résoudre. Pourquoi ? Il faut pour l’expliquer partir de l’économie d’échange pur : dans cette économie la situation de départ est telle que les individus sont dotés de biens et ils st insatisfaits de leurs dotations initiales et vont donc vouloir échanger ces biens contre d’autres. Au départ, il n’y a pas de monnaie. La question est de savoir comment cette économie peut être monétarisée. Il va alors introduire la notion de « numéraire ».

     Résultat de recherche d'images pour ""la monnaie est" aristote"

     

    §1. Les notions de numération et d’unité de compte.

     

     

    A

    B

    C

    A

    1

    R (A, B)

    R (A, C)

    B

    R (B, A)

    1

    R (B, C)

    C

    R(C, A)

    R(C, B)

    1

    On a alors 6 rapports d’échanges à calculer. Walras nous dit que ce n’est qu’une apparence. Si les individus st bien informés, donc deux biens quelconques devraient s’échanger partout selon le même rapport. C’est une hypothèse forte. Il faut penser à la loi de Jevons de la tendance vers le prix unique.

    Si les opérations d’arbitrage st toutes effectuées il y aura une forme de simplification dans ce tableau. Si R (A, B) on peut en déduire R (B, A) car c’est l’inverse. Il suffira donc de connaitre 3 rapports d’échange donc 6/2.

    Si n= 100 biens et qu’on applique l’hypothèse de Walras on aurait encore 4950 rapports d’échange à calculer c'est-à-dire 9900/2. (100 fois 100 = 10000 moins la diagonale = 9900).

    Si on choisit un bien (supposons le C) qui sert de numéraire. Il va servir à évaluer, à dénombrer et bien dans ce cas il suffit d’établir pour 3 biens seulement deux rapports d’échanges R (A, C) et R (B, C).

    Si R (A, C) = 10

    R (B, C) = 5

    R (A, B)  = 10/ 5.

     

    Si on a N biens, il nous suffit de connaître (N-1) rapports d’échange pour déduire tous les autres. Le numéraire joue le rôle d’une unité de compte. Dans cette économie, on a un numéraire qui est une unité de compte. Cette économie est telle pour autant une économie monétaire ? Et bien non.

     

    Il y a un certain nombre d’observation spécifique. On peut remarquer d’abord dans ce contexte que n’importe quel bien peut servir de numéraire. Au fond, pour Walras, le numéraire est une sorte d’instrument d’analyse pour l’observateur extérieur. Par exemple, pourquoi est ce que le bien C serait choisi au lieu du bien A ou B ? Il y a dans la démonstration de Walras aucun élément de confiance qui est attaché, et on a vu dans les étapes historiques à quel point la monnaie est un choix de confiance. Le choix du numéraire est complètement indépendant de tout phénomène de confiance. Maintenant, faisons crédit à Walras, et admettons que le C corresponde à un bien qui suscite plus la confiance que les autres.

    Il y a une critique qui apparaît assez évidemment. Le choix du numéraire suppose que tous les arbitrages possibles aient été réalisés. Cela reviendrait au même de dire que tous les échanges possibles ont été effectué de la meilleure manière. Mais alors on n’est plus en troc, donc on à plus de problème d’échange, vu que tous les échanges ont été réalisés parfaitement. Hélas, le numéraire ne nous explique pas comment on a pu sortir du troc. En d’autres termes, pour récapituler, dans cette démonstration de Walras, le numéraire est une conséquence des échanges réalisés, mais ce n’est pas une condition suffisante pour que l’échange puisse s’effectuer.

     

    Cela revient à dire que en admettant même que le numéraire corresponde à une unité de compte historiquement choisie et vérifiée, l’unité de compte ne suffit pas pour faire de cette économie une économie monétaire. L’unité de compte, en d’autres termes, n’est pas la monnaie, et là la démonstration va en être faite de manière directe :

     

    § 2 : L’unité de compte n’est pas la monnaie 

    Ce paragraphe peut être considéré encore comme une critique adressé à la théorie de Walras, mais il est intéressant de faire un petit détour.

     

    A) Le concept d’équilibre général 

    C’est là un volet extrêmement de la notion économique. L’ouvrage de Walras de 1876 n’est autre qu’une théorie de l’équilibre général. En fait, Walras est un néo-classique, il était un classique donc comme auparavant Adam Smith, Ricardo…comme tous les grands classiques, il était favorable à ce que l’on appeler à l’époque au laisser faire, à la liberté du commerce et de l’industrie (ce que l’on appellerait aujourd’hui l’économie de marché) : c’était donc un anti mercantiliste. Il formulait néanmoins une critique au classicisme, car il s’opposait à la théorie de la valeur, notamment celle de Ricardo. Les auteurs néoclassiques s’opposaient à cette théorie de la valeur travail, pour proposer une théorie de la valeur fondé sur l’utilité des biens.

     

    Sa démarche part de l’individualisme méthodologique : l’individu a une fonction de satisfaction qui fait apparaître ses besoins. Les économistes appellent cela une fonction d’utilité, et l’individu supposé rationnel va rechercher le maximum de satisfaction, le maximum d’utilité. Le problème, ce n’est pas tellement qu’il a des besoins, mais qu’il y a des contraintes, qui symbolise l’idée de clarté. L’individu va rechercher le maximum de satisfaction sous contrainte de budget. C’est une sorte de calculateur, l’individu. Le raisonnement ne s’arrête pas là.

    Les individus vont se rencontrer sur des marchés, et donc s’il y a N biens, il y aura N marché. Les individus peuvent être offreur sur certains marchés, et demandeurs sur d’autres. Evidemment, cela peut se symboliser par des symboles d’offre et de demande. Au fond, c e qui est important sur un marché, certains voudrait acheter le plus possible le moins cher possible et d’autre vendre le plus possible et le plus cher possible. Vont-ils trouver une sorte de compromis ? C’est toute la réponse de la théorie, qui va se traduire par l’émergence d’un prix d’équilibre, qui est un compromis entre les offreurs et les demandeurs.

    Derrière les courbes de demande sur les marchés se cachent les satisfactions des individus. Forcément, dans la formation du prix, dans le prix il y a bine cette idée que l’on cherche à satisfaire des individus. L’économie est en équilibre général quand les N marchés sont simultanément équilibré. Cela veut dire que finalement on abouti à une forme de nouvelles situations de l’économie avec un ensemble de prix d’équilibre, et cet ensemble de prix d’équilibre va nous expliciter que une table de telle caractéristique vaut deux chaises et demi, etc. Ce sont ces prix relatifs, fondés sur le critère de l’utilité, qui sont le reflet de la valeur des biens. Les prix nous indiquent les rapports d’échange entre les biens.

     

     

    B) De l’impossibilité de réaliser les transactions à l’équilibre 

    Prenons 3 biens. Pour simplifier, on va supposer que dans cette économie imaginaire il y a trois individus (I, II et III).

     

                            I                       II                      III

     

    A                     +1                   -1                    0

     

    B                     0                     +1                   -1

     

    C                     -1                    0                     +1

     

    Si on prend le cas de I, il veut se dessaisir d’une unité de C et voudrait à la place une unité du bien A. On suppose que dans cette économie, il y a des prix relatifs, qu’il y a un numéraire, qui est le bien C. On va aussi supposer que tous les biens sont égaux et que leur prix sont aussi égaux.

    R (A ; C) = 1

    R (B ; C)=1

    Il faut admettre qu’aucun individu n’est suffisamment puissant pour faire le prix et l’imposer aux autres. Les individus sont donc « concurrents » entre eux.

    On voit que c’est un équilibre général ici. Nous sommes dans le contexte d’une économie décentralisée. Les individus, pour obtenir satisfaction, vont se rencontrer deux à deux pour faire des échanges.

    Supposons que les individus I et III se rencontrent pour échanger. III veut beaucoup de C, dont veut se débarrasser I. mais III veut se débarrasser de B, dont A n’en a rien à faire. Ici, aucun échange ne peut s’effectuer alors, si on marche deux par deux.  Imaginons que l’on est un acte de nominalisme juridique qui définisse le franc, et cette loi nous dit que un franc se définit de telle manière : un franc= 1/100 de C.

     

    La question fondamentale est de savoir comment on peut échapper à cette situation de blocage pour arriver à un équilibre général. Walras n’a pas pris en considération un élément important lorsque l’on parle d’échange et d’économie d’échange qui est l’acte d’échange lui-même. Le fait est que faire des échanges c’est une activité, et comme toute activité, celle qui consiste à échanger est couteuse. Pour Walras, ces couts de transaction sont nuls. Il a oublié d’en tenir compte hélas, alors que en réalité ils sont très élever.

     

    § 3 : La nécessaire intégration des couts de transaction 

    La concurrence parfaite n’a jamais existé, n’existe pas et n’existera jamais. Dans cette hypothèse, on est dans un monde parfait, ce qui n’est évidemment pas le cas dans la réalité. Tous les individus ne sont pas de la même façon informé, ni parfaitement.

     

    Partons toujours d’après l’hypothèse d’une économie de troc. Ici les individus vont se rencontrer deux par deux pour effectuer des échanges. De fait, l’échange se fera bien contre bien. Pourquoi de façon immédiate ? Il n’y a aucune raison d’attendre dans ce genre de situation, car ils ne se connaissent pas, il n’y a pas de confiance entre les individus. De fait, pour que l’échange se fasse, si on analyse les choses de plus près, deux conditions doivent être réunies. La première condition privilégie le critère de l’espace. Cela veut dire que les individus doivent se trouve dans une position telle que l’un des partenaires dans l’échange a exactement ce que l’autre désire, et réciproquement. Il faut que pour que la concomitance des prestations se fasse une double coïncidence des désirs. Dans le cas très simple de ce que l’on avait envisagé, pourquoi n’échangeaient il pas ? Parce qu’il n’y avait pas une double coïncidence des désirs.

    Si on prend cette première condition, il y a des coûts de recherche : en effet, il faut rechercher notre partenaire d’échange.

    CR=CT+CI.  (Coût de transport et coût d’information).

    Plus on va passer de temps à chercher, moins on va passer de temps à produire.

    Deuxième critère à prendre en considération après l’espace est le temps.

    CA=CAO+CAS

    CA=Coût d’attente

    CAO=Coût d’attente objectif

    CAS=Coût d’attente subjectif.

    Supposons que l’on est quelques tonnes de pommes de terre et que l’on veuille les échanger contre d’autres biens. Supposons que pour une raison ou une autre je ne parvienne pas à échanger. Le problème est que si je n’arrive pas à les écouler, je suis obligé de les garder, or elles vont un moment germer et je vais devoir les jeter. On a donc un coût de stockage des biens. Le problème est que la durabilité des biens diffère. De fait, plus le bien que je veux échanger sont périssables, plus il faudra que je prenne de précautions pour les stocker. La préservation est donc coûteuse. Tout cela relève des coûts d’attente objectifs.

    On a ensuite les CAS. L’homme qui veut échanger des pommes de terre veut consommer autre chose, mais il n’arrive pas à les échanger. Donc il va consommer des pommes de terre, alors qu’il voudrait consommer autre chose.

    Finalement, à la question posée initialement, lorsque les individus sont dans un monde de troc, les hommes sont confrontés à la gamme de tous ces coûts (C= cr +ca). Tous ces coûts se mesurent en temps consacré aux échanges. Plus C est élevé, plus les échanges sont coûteux. De plus, il faut faire ici une remarque : les coûts peuvent être aussi diversement appréciés par les individus pour une raison importante : chaque individu ne donne pas forcément la même valeur au temps.

    Comment chaque individu, face à ces données et ces caractéristiques de l’échange par troc, va-t-il se comporter rationnellement ? C’est là que se pose un vrai problème. Imaginons que l’individu qui veut échanger un bien se dise « j’attends que l’on vienne me demander d’autres biens », ces coûts d’attente vont augmenter, ne fusse que parce qu’il faut stocker ces biens, d’autant plus si ils sont périssables. Il va donc réduire les coûts d’attente, par le fait d’aller chercher auprès des uns et des autres s’ils veulent échanger. Mais si on recherche des partenaires, nos coûts de recherche vont augmenter. Donc s’il baisse ses coûts d’attente, il augmente ses coûts de recherche et vis versa.

    Donc comment réduire C ?expliquer cela, c’est réussir à expliquer comment on a réussi à évoluer dans une économie monétaire.

    « Histoire de la monnaieL’évolution vers l’économie monétaire »
    Blogmarks