• Les facteurs criminogènes (ou causes du phénomène criminel)

    Les causes du phénomène criminel (facteurs criminogènes) 

    Après avoir étudié les manifestations du phénomène criminel, il convient de s’interroger sur les causes du phénomène criminel et d’étudier ce que l’on appelle communément les facteurs criminogènes. Ces données sont issues de différentes analyses criminologiques qui permettent d’expliquer l’évolution de la délinquance dans son ensemble, c’est la macro criminologie ; mais qui contribue également la survenance d’un crime en particulier et ça c’est de la micro criminologie. 

    A) Les facteurs sociaux 

    1) L’influence du milieu humain 

    a) Le facteur physique et géographique 

    Il peut paraître original d’invoquer le critère physique et géographique au titre des facteurs criminogènes. Pourtant, il y a 150 ans, des criminologues se sont employés à démontrer que des phénomènes naturels comme par exemple le vent, la pluie, la chaleur ou le froid pourraient avoir un impact sur la criminalité.  

    Ils appellent cela la météorologie criminelle. Mais ces premières analyses sont en fait à l’origine des premières statistiques. Certes, il faut se prémunir des idées reçues, pourtant, on peut noter certaines coïncidences voire certaines constantes. Par exemple, plus d’agressions contre les biens dans les milieux froids alors que dans les pays chauds c’est plus d’infractions contre les personnes. 

    b) Le facteur démographique 

    --- L’âge et le sexe de la population : de même, les études criminologiques se sont intéressés à l’étude d’une population donnée et sachant que l’âge critique de la délinquance se situe à la sortie de la minorité, selon les époques, on constate tantôt une baisse tantôt une augmentation de la délinquance lorsqu’une tranche de la population atteint l’âge critique de la délinquance. Le meilleur exemple est lorsque les enfants du baby boom ont atteint cet âge charnière (années60-70), il y a eu une recrudescence de la délinquance. Pour le sexe, on peut se demander si la délinquance est la même chez l’homme et chez la femme. La réponse est négative tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. Les statistiques sont sans appel, la femme est beaucoup moins criminelle que l’homme et ne représente que 15 à 20% des délinquants. Pourquoi une sous-criminalité chez la femme ? Les premières explications avancées sont peu crédibles parce que c’est une espèce d’infériorité biologique de la femme. La vraie réponse doit être recherchée dans ce qu’on appelle l’enfermement social de la femme. C’est que pendant des décennies, la femme était cantonnée à une carrière domestique tandis qu’aujourd’hui elle a accès à l’éducation, au milieu professionnel, etc... Au niveau qualitatif, la délinquance féminine se caractérise par la réalisation de certaines infractions spécifiques dites de marâtre (infanticide, violences sur enfant, etc...). 

    --- Localisation de la population : Il faut bien sur distinguer la criminalité urbaine de la criminalité rurale. La première est bien plus importante que la seconde en raison d’une forte concentration de population. Des analyses criminologiques anciennes sont aujourd’hui reprises et démontrent qu’il y a un lien entre la criminalité et la densité démographique. Cependant, à population équivalente, les villes n’ont pas le même taux de criminalité. Par exemple, cela dépend du type d’habitat comme les zones pavillonnaires américaines sur des kilomètres qui sont moins criminogènes que les grandes tours de banlieues. 

    2) L’influence des structures humaines 

    Indépendamment des facteurs humains, l’homme façonne le milieu dans lequel il vit afin de mettre en place une certaine organisation sociale et ici aussi, des facteurs criminogènes peuvent être recherchés au sein de ces différentes structures. 

    a) Le facteur économique 

    Le facteur économique joue un rôle indéniable sur l’évolution de la délinquance et pour s’en convaincre, il suffit de reprendre le clivage classique qui oppose le modèle de type socialiste au modèle de type capitaliste. 

    --- Dans un pays socialiste : la répartition des richesses, la participation du citoyen au système de production étatique ainsi que la distribution dite communautaire incite, il est vrai, plus au partage qu’à l’appropriation, pourtant il y a quand même de la délinquance. Mais celle-ci reste quand même inférieure à celle d’un pays capitaliste. 

    --- Dans un pays capitaliste : par opposition, dans un pays capitaliste, la séparation du capital et du travail, le culte de la propriété privée génère un instinct d’appropriation. De même, on remarque que la délinquance peut varier selon l’Etat de santé de l’appareil économique. Par exemple, en période de prospérité, il y a moins de délinquance qu’en période de crise. En vérité, même en période de prospérité, il y a quand même de la délinquance sauf qu’elle se présente sous des formes différentes. 

    b) Le facteur social 

    Le facteur social joue bien sur un rôle déterminant sur les différentes manifestations de la délinquance mais il faut savoir qu’au grès des époques, les analyses sur ce facteur criminogène ont considérablement varié. Affirmer que le facteur social est un facteur criminogène renvoie à la catégorie sociale à laquelle appartient le délinquant. Dès l’origine, le criminologue était convaincu que la délinquance provenait forcément des catégories sociales défavorisées ce qui revenait à dire que le niveau de vie prédisposait à la délinquance. En fait, ce n’est que dans les années 70 que l’on a pris conscience que les personnes évoluant dans un milieu social aisé pouvaient également sombrer dans la délinquance. Bien sur, le type d’acte de délinquance perpétré n’est pas le même. Il s’agit plutôt de la délinquance d’affaire. C’est ce que l’on appelle la délinquance en « col blanc ». Autre facteur criminogène : le facteur migratoire avec les immigrés qui sont plus vulnérables. 

    c) Le facteur politique 

    L’adoption d’un système politique n’est pas sans incidence sur la délinquance. Le clivage principal nous conduit à opposer Etat totalitaire et Etat démocratique. 

    --- Etat totalitaire : les contrôles sont tels et la réaction sociale est tellement efficace qu’en principe la délinquance est étouffée. En fait, ce sont les structures étatiques en place qui vont se rendre elles- mêmes coupables d’infractions pour pouvoir se maintenir au pouvoir. 

    --- Etat démocratique : les libertés individuelles sont davantage protégées (opinion, réunion, manifestation, association) mais, pour autant, poussées à leur paroxysme, certains vont user voire abuser de ces libertés pour revendiquer certains idéaux. 

    On pourrait aller encore plus loin dans l’analyse et ne pas se limiter à ce seul clivage pour constater que périodiquement, si la structure étatique est remise en cause, c’est à dire ébranlée, un événement exceptionnel va désorganiser temporairement la société et être générateur d’un flot particulier de délinquance. 

    d) Le facteur culturel et intellectuel 

    Il peut paraître surprenant de traiter le facteur culturel parmi les facteurs criminogènes et pourtant, des analyses contemporaines révèlent de nombreuses interférences entre les médias au sens large et la délinquance. 

    --- Les médias : ce sont la presse écrite mais surtout la télévision sans oublier la radio. Ces médias contribuent très largement aujourd’hui à une diffusion massive d’information sur la délinquance. L’effet positif est que nous sommes tenus au courant mais s’il y a un risque d’habitude mais de manière négative, ces informations peuvent être des sources de renseignements voire pour certains des sources d’inspiration. 

    --- Le multimédia : il a également un impact sur la délinquance. L’effet positif est qu’il permet une diffusion généralisée d’informations mais, à contrario, c’est que les nouvelles technologies sont devenues un nouvel instrument de délinquance. C’est ce qu’on appelle la cybercriminalité. Par exemple, la pédophilie par internet. 

    Plus largement, on peut rechercher certains éléments criminogènes dans certains spectacles ou divertissements ou encore dans la littérature ou le cinéma. Par exemple, les différentes interventions télévisées de Dieudonné. Dans la littérature, un bouquin intitulé « suicide mode d’emploi ». 

    B) Les facteurs individuels 

    Les facteurs individuels de criminalité sont au contraire des facteurs criminogènes propres à chaque individu envisagé isolément. Les criminologues ont pour habitude de les répertorier en deux catégories. Dans la première catégorie, ils étudient ce qu’ils appellent des facteurs endogènes, c’est à dire des facteurs qui sont inhérents, innés, spécifiques à un délinquant donné. Dans l’autre catégorie, ils envisagent ce que l’on appelle des facteurs exogènes, c’est à dire des facteurs qui résultent de la confrontation d’un délinquant donné dans un milieu donné. 

    1) Les facteurs endogènes 

    a) Le facteur temporel 

    Ici, il s’agit d’étudier le ‘influence de l’âge sur le comportement délinquanciel du sujet. Des études criminologiques révèlent une évolution de la délinquance en fonction de l’âge du sujet. Ces études sont apparues vers 1830. Elles révèlent que si la délinquance est plus ou moins exceptionnelle pendant la petite enfance, la délinquance va être multipliée par 10 au moment de l’adolescence. Plus tard, elle continuera à progresser jusqu’au seuil fatidique des 23/25 ans puis elle va commencer progressivement à régresser. « A partir de 60 ans, le délinquant prend sa retraite ». 

    b) Le facteur héréditaire et racial 

    La vraie question qu’il faut se poser est de savoir s’il existerait un gêne du crime. Les premières analyses criminologiques ont essayé de démontrer que certains facteurs criminogènes pouvaient se situer au niveau du corps et ont donc fait des études scientifiques en ce sens. Leur objectif était de combattre l’idée selon laquelle la délinquance proviendrait d’un problème d’éducation. Pour eux, la délinquance doit être recherchée au niveau des caractéristiques biologiques. Ces analyses ont été critiquées en leur temps et toujours aujourd’hui car pour certaines d’entre elles, on sombre vite dans l’amalgame ou dans la dérive. 

    c) Le facteur psychologique voire psychiatrique 

    La psychologie est à distinguer de la psychiatrie parce que c’est une science qui permet de répertorier les délinquants en fonction de l’attitude adoptée au moment du passage à l’acte. Par exemple, des délinquants sont complètement amorphes au moment de passer à l’acte alors que d’autres sont dans un état d’excitation. 

    La psychiatrie, pour sa part, est une science permettant de diagnostiquer une pathologie éventuelle. Bien sur, les criminologues se sont beaucoup intéressés à ce que l’on appelle la personnalité criminelle. Pour ce faire, ils ont essayé de comprendre les différentes manifestations du phénomène criminel en s’aidant de la psychologie et de la psychiatrie. Il en ressort de diverses études sur l’anormalité concluant que le facteur psy est forcément un facteur criminogène. 

    2) Les facteurs exogènes 

    Les facteurs exogènes sont considérés comme des facteurs criminogènes de nature individuelle car ils s’intéressent à l’environnement proche du délinquant. Autrement dit, l’environnement dans lequel un délinquant donné va vivre et évoluer. Cet environnement n’est pas statique. Il va être ponctué de divers évènements qui vont le faire évoluer et qui peuvent s’inscrire dans une certaines dynamique. Le délinquant va percevoir d’une certaine façon cette dynamique. 

    a) Le facteur familial 

    La famille joue indéniablement un rôle structurant sur la personnalité du jeune et les criminologues ont pour habitude de mesurer l’influence familiale à deux niveaux. Le premier est ce qu’ils appellent l’influence directe. Ils expliquent que le comportement délinquanciel d’un proche parent va se reporter sur le jeune ou sur le descendant dont la construction de la personnalité va être perturbée car les règles familiales qu’on lui inculque sont en décalage par rapport aux règles sociales qu’il est censé respecter. Et à la question de savoir pour quel modèle va-t-il opter, la réponse est qu’il va choisir la facilité, la proximité. La deuxième influence relevée par les criminologues, c’est que le milieu familial va avoir une influence indirecte au point de bouleverser complètement le jeune. 

    b) Le facteur professionnel 

    Le facteur professionnel peut également se révéler un facteur criminogène car c’est lui qui va conditionner le milieu social de l’individu. Initialement, on pensait qu’un travail avec peu ou pas de qualification, faiblement rémunéré, exposait l’individu à la précarité et donc à la délinquance. Pourtant, depuis quelques années, on remarque, également, que des personnes diplômées évoluant dans un milieu professionnel aisé avec une rémunération confortable, peuvent également sombrer dans la délinquance. 

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