• Quels sont les principes économiques de John Keynes?

    La contestation du marché autorégulateur : Les théories économiques de John Maynard KEYNES 

      Selon John Maynard Keynes les marchés ne s’autorégulent pas : il n’y a pas de mécanisme automatique qui mène un marché vers le plein emploi des ressources. Le marché laissé à lui-même ne peut donc atteindre un optimum. Il en découle une nécessaire intervention de l’Etat. Quant à la théorie de Keynes sur la monnaie, elle énonce que la demande de monnaie est fonction de trois facteurs : le besoin de transaction (échange de biens et de services), le besoin de précaution (sécurité) et le besoin de spéculation.

    Quels sont les principes économiques de John Keynes?

    A – La critique de la théorie néo-classique 

    John M. KEYNES (1883 – 1946) publia en 1936 « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ». C’est un universitaire, théoricien et homme d’action. Contestateur du marché autorégulateur et a une influence considérable tout au long du 20ème siècle.

    1   – La crise de 1929 

    Ce qui a permis à KEYNES d’être mis en avant, c’est le krach de 1929 qui remettra en question tout ce qui a été dit auparavant :

    Ø  Jeudi 24 octobre 1929 : « jeudi noir », effondrement boursier

    Ø  Crise boursière affecte la consommation et les investissements

    Ø  Faillites d’entreprises, puis de banques dans la continuité.

    Ø  Crise financière devient une crise économique majeure

    Ø  Les solutions néo-classiques inefficaces pour résoudre cette crise

    Ø  Remise en question de l’orthodoxie néo-classique L’orthodoxie = théorie considérée comme dominante

    2   – Le rejet de la loi des débouchés 

    La loi des débouchés de SAY (Production = Revenu = Dépenses). Keynes estime que le revenu distribué ne sera pas obligatoirement dépensé (épargne possible). Il considère que la monnaie n’est pas neutre...

     

    3   – La monnaie n’est pas neutre 

    A l’opposé des néo-classiques, la monnaie est un tout sauf neutre. Keynes tente de répondre à la question :

    Pourquoi les agents économiques détiennent de la monnaie plus qu’ils n’en besoin pour assurer leurs paiements ? 

    Les motifs sont de faire face aux dépenses imprévues (dépend du revenu) mais aussi qu’on veut de la monnaie pour spéculer car la monnaie est une réserve de valeur parfaitement liquide et sans risque de perte de capital (si pas inflation) mais qui dépend du taux d’intérêt.

    Rappel : Pour les classiques, la monnaie est neutre et favorise les échanges.

    Le taux d’intérêt détermine le choix entre épargne et consommation

    Pour Keynes : la monnaie n’est pas neutre, elle peut-être désirée pour elle même. Le taux d’intérêt détermine « préférence pour la liquidité » (spéculation).

     

    4   – La défaillance du marché 

    Le marché ne peut pas en permanence garantir une situation de plein emploi.

    2 éléments sont importants :

    Ø  La notion d’équilibre de sous-emploi est possible car :

    o    Pessimisme des chefs d’entreprises

    o    Emplois proposés insuffisants

    Ø  Le chômage involontaire

    o    Soutien de la consommation nécessaire

    o    L’État à un rôle majeur pour l’activité économique

     

    B – La théorie keynésienne 

    1   – Analyse macroéconomique 

    L’analyse des comportements individuels suffit à comprendre l’évolution d’une variable économique pour les néo-classiques.

    L’addition des comportements individuels ne permet pas toujours de comprendre une société dans son ensemble. Il estime que cela n’est pas pertinent.

    Le salaire pour les néo-classique correspond au coût pour l’employeur mais un revenu pour l’employé.

    Les problèmes sont posés en termes de revenu global, de demande globale, d’emploi global…

    Il utilise des agrégats pour ajuster la politique de l’État.

     

    2   – Principe de la demande effective 

    Keynes considère que le niveau de l’emploi est déterminé par la production, qui dépend de ce qu’il appelle la demande effective.

    La demande effective représente la demande solvable attendue :

    Ø  Demande de biens de consommation des ménages

    Ø  Demande de biens d’équipement des entreprises (investissements)

    Pour la calculer, on va utiliser le niveau de consommation (« propension à consommer) + Niveau des investissement (liés à l’efficacité marginale du capital »)

    Ex : Si 80% du revenu est utilisé pour consommer, la propension sera de 0,8 et ce qui reste sera la propension à épargner (ici, 0,2).

    Pour les entreprises, les investissements vont dépendre des rendements comparés aux taux d’intérêts facturés par les banques… Ces éléments vont déterminer un certain niveau de l’emploi.

    Il n’y a aucune raison pour que cette demande effective corresponde systématiquement à la production d’atteindre le plein-emploi. Il estime que la situation d’équilibre peut être un équilibre de sous-emploi.

    Propension à consommer X Revenu = Niveau de consommation 


    Offre et demande de monnaie = Taux d’intérêts Prévisions des entrepreneurs = Taux de profits espérés 

    Taux d’intérêts + Taux de profits = Niveaux d’investissements 

     

    NIVEAUX D’INVESTISSEMENTS + NIVEAU DE 

    CONSOMMATION = DEMANDE EFFECTIVE (qui détermine la production et le niveau de l’emploi) 

    L’État doit soutenir l’activité économique à travers la dépense publique, notamment par les allocations, revenus minimums (SMIC, RSA), la redistribution (allocations chômage, maladie, retraite), les politiques fiscales avantageuses...

    Pour les entreprises, on peut distribuer des subventions, accorder des avantages fiscaux.

     

    3   – Principe du multiplicateur 

    Pour relancer l’économie selon Keynes, il défend une intervention de l’État lorsqu’il y a situation de chômage. Keynes va démonter qu’une variation de l’investissement public entraine une variation plus que proportionnel du revenu. Il estime que seul l’État peut pallier les déficiences du marché.

    L’activité économique repose sur le niveau de demande effective anticipée selon lui. Si les ménages consomment plus, il y aura donc augmentation des ventes de la part des entreprises, ce qui va inciter à investir plus pour reconstituer les stocks. Si il y a plus d’investissements, les entreprises vont embaucher plus, et s’il y a plus d’embauches, il va y avoir une distribution de l’emploi…

    Si le pays est en situation de crise, seul l’État peut donner ce « coup de pouce » aux ménages pour qu’ils consomment plus.

    Production Y = Consommation (C) + Investissements (I) Revenu (R) = C + Épargne (S) 

    Ex : Ménage consommant 80% du revenu (PAC de 0,8) et donc une propension à épargner de 0,2.

    Relance budgétaire de l’État grâce aux investissements publics : +100 Accroissement des revenus de 100 (plus de salaires versés entre autre)

    Hausse de la consommation de 80 (100 x 0,8)

    Embauches pour produire plus et revenu distribué augmenté Nouvelle hausse de la consommation (80 x 0,8 = 64) Nouvelle hausse de la production et du revenu

    Au final, multiplicateur : k = 1/(1-c)  (1-0,8)=0,2 

    Keynes va considérer que les investissements de l’épargne sera compensé par la hausse de la consommation et plus de production.

    Au final et à partir de l’exemple précédent :

    Ø  Investissement de départ : +100

    Ø  Montant cumulé des revenus redistribués : 100xK = 500

    Ø  Consommation globale de la période : 500x0,8 = 400

    Ø  Épargne globale de la période : 500-400 = 100

    Après la 2nde guerre mondiale, cette relance à permis à la France de relancer son économie… Aujourd’hui, cette relance est beaucoup moins efficace du fait que l’économie est mondialisée et profiterait surtout aux autres pays.

    L’ampleur du multiplicateur dépend de la part de l’augmentation du revenu utilisée à l’augmentation de la consommation (propension marginale à consommer).


    Si en moyenne les ménages voyaient leurs revenus augmenter de 4%, il n’augmenterait pas forcément leur consommation de 4%.

     

    4   – Préférence pour la « liquidité » 

    Keynes estime que la monnaie peut être désirée pour elle même. Il estime que certains ménages peuvent spéculer (faire de l’argent avec de l’argent). Le motif de spéculation, c’est la préférence pour des encaisses liquides par rapport à d’autres actifs financiers (comme des obligations)

    Taux d’intérêt = rémunère le fait d’accepter de se priver d’argent liquide

     

    5   – Intervention de l’État 

    Une intervention discrétionnaire de l’État est nécessaire pour :

    Ø  Maintenir la croissance économique (à l’aide des politiques monétaires, budgétaire et fiscale)

    Ø  Palier les insuffisances du marché

    C’est la notion d’État providence et qui par conséquent s’oppose à la notion d’État gendarme (ne pas confondre avec État policier).


    V – Les synthèses contemporaines 

    A – Postkeynésiens et néo-keynésiens 

    1   – Les postkeynésiens 

    Ce courant se développe dans les années 30

    Ø  Très proche des idées de Keynes

    Ø  Rejet total de l’analyse microéconomique

     

    2   – Les néo-keynésiens 

    Ce courant se développe dans les années 40 (École de la synthèse)

    Ø  Synthèse néo-classique et keynésianisme

    Ø  Analyse qui doit être complété par la microéconomie Les principaux auteurs majeurs de ce courant sont :

    Ø  John HICKS : Modèle IS-LM (Prix Nobel d’économie en 1972)

    Ø  Paul SAMUELSON (Prix Nobel d’économie en 1970), l’utilisation des mathématiques qui permet de modéliser les phénomènes économiques.

    John Richards Hicks (1904-1989) : Économiste anglais, un des plus influents du 20ème siècle  Il va modéliser la pensée keynésienne en environnement classique via le modèle « IS-LM » (IS = Investissements et Épargne ; LM = Préférence pour la liquidité et la monnaie)

    Paul SAMUELSON (1915-2009) : Économiste américain – « Économiste généraliste » - Auteur majeur

    Il publie ne 1948 un article scientifique qu’il transformera en livre (Economics : an Introductory Analysis). Ouvrage qui fera sa fortune et le plus vendu des livres d’économie au monde. En français, « l’Économie » est réédité.

    Contribution majeure à la diffusion de la pensée keynésienne, qu’il va modéliser à l’aide des mathématiques.

    Très nombreuses publications (plus de 500 articles dans les revues scientifiques) sur tous les domaines de l’économie + 2 livres majeurs.

     

    B – Le monétarisme : début des années 70 

    1   – Théorie quantitative de la monnaie 

    A la fin des années 60, début des années 70, Milton FRIEDMAN va critiquer assez violement l’interventionnisme keynésien. Issue de l’école monétariste.

    Pour celui-ci, l’inflation est un phénomène purement monétaire. Toute augmentation de la quantité de monnaie supérieure à l’augmentation de la production conduit à une hausse des prix.

     

    2   – Théorie du revenu permanent 

    Friedman estime que les ménages consomment en fonction de l’ensemble des revenus constatés pour les années antérieures mais aussi pour l’avenir.

    Ø  Aides ponctuelles de l’État sont inefficaces

    Keynes parle lui de « Revenu courant » : les ménages consomment en fonction du revenu de la période courante, hausse du revenu = hausse de la consommation (moins proportionnelle) (« loi psychologique fondamentale »).


    C – Les nouvelles écoles 

    Ø  La nouvelle École classique (NEC) à partir de la fin des années 70 :

    o    Rejet du keynésianisme

    o    Modèle macroéconomique, déduit à partir d’analyses microéconomiques

    o    Anticipations qui sont rationnelles, tout comme les agents économiques

    Ces principaux auteurs sont : KYDLAND / PRESCOTT / BARRO

    Ø  La nouvelle économie keynésienne à partir des années 80 :

    o    Courant de pensée en réponse à la NEC

    o    L’information est imparfaite pour les agents économiques

    o    L’État ne se substitue pas au marché mais PEUT intervenir

    Ces principaux auteurs sont : Joseph STIGLITZ (salaire d’efficience) et George AKERLOF (asymétrie d’information)

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